MICHEL-LÉVY Roger

Par Stéphane Weiss

Né le 24 juillet 1911 à Paris, mort des suites de tortures dans la nuit du 12 au 13 février 1944 à Besançon (Doubs) ; inspecteur adjoint des Eaux et Forêts ; résistant au sein de l’administration des Eaux et Forêt, puis de l’Organisation de résistance de l’Armée (ORA).

Roger Michel-Lévy était né au sein d’une famille de confession juive, caractérisée par l’exercice de hautes fonctions. Son arrière-grand-père, le médecin-général Michel Lévy (1809-1872), responsable des services de santé militaires au Second Empire, s’était vu autorisé par l’empereur Napoléon III à léguer à sa descendance le patronyme Michel-Lévy. Son grand-père, Auguste Michel-Lévy (1844-1911), titulaire de la chaire de géologie au Collège de France, était un géologue de renom, initiateur de la carte géologique de la France au 80 000e et de la minéralogie micrographique. Son père, Albert Michel-Lévy (1877-1955), conservateur des Eaux et Forêts et docteur en sciences naturelles, s’était également consacré à la géologie, devenant professeur titulaire de la chaire de pétrographie de la Faculté des sciences de Paris (il fut démis de cette fonction par les lois raciales du gouvernement de Vichy, avant une réintégration à titre exceptionnel par un décret du 30 janvier 1942).
Roger Michel-Lévy s’orienta vers une carrière forestière, à l’instar de son père. Élève à l’École nationale des Eaux et Forêt de Nancy en 1933, il devint garde général des Eaux et Forêt, avec un premier poste à Villers-Cotterêts en 1936 puis à Besançon en 1937. Lors de la mobilisation de 1939, il fut rappelé sous les drapeaux le 26 août et affecté comme lieutenant au 18e Régiment du Génie. Il fut fait prisonnier en juin 1940. Libéré, il rejoignit Besançon en avril 1941, où il reprit ses fonctions comme garde général puis comme inspecteur adjoint des Eaux et Forêts.
La rubrique nécrologique que lui a consacré la Revue des Eaux et Forêts en 1945 relate que « dans le cadre même de son activité administrative, il ne manqua pas de possibilités de combattre l’ennemi, défendant notre patrimoine forestier [contre des exploitations destinées à une exportation du bois en Allemagne], créant des occasions de travail propres à assurer la sécurité des jeunes gens menacés de déportation [au titre du Service de travail obligatoire] ». Affilié à l’Organisation de Résistance de l’Armée, il participa, sous le couvert de ses fonctions aux Eaux et Forêts, à l’organisation des Forces françaises de l’Intérieur dans le département du Doubs.
En février 1944, il fut pris dans un vaste coup de filet visant les responsables de l’ORA dans la région de Besançon. Il fut arrêté à son bureau bisontin (au 21 rue de la Préfecture) par la Feldgendarmerie le 11 février au matin. La rubrique nécrologique que lui a consacré la Revue des Eaux et Forêts rapporte, avec précaution, les propos d’un sous-officier allemand ayant assisté à l’interrogatoire, accompagné de tortures, subi par Roger Michel-Lévy : « A toutes les questions qui lui furent posées […] Roger Michel-Lévy répondit par cette seule phrase toujours répétée : "Je suis de la Résistance" ». Transféré à la prison de Besançon, Roger Michel-Lévy y succomba dans la nuit du 12 au 13 février des conséquences des sévices subis lors de son interrogatoire. Il fut aussitôt enseveli au cimetière de Saint-Ferjeux le 14 février.
Une plaque en sa mémoire a été apposée le 8 septembre 1989 place de la Révolution à Besançon, sur le mur de l’actuel Conservatoire national régional de musique, danse et art dramatique, dont le bâtiment avait été le siège des autorités allemandes sous l’occupation : « Ici a été torturé le 11 février 1944 Roger Michel-Lévy Inspecteur des Eaux et Forêts, mort pour la France à l’âge de 32 ans le 13 février 1944, victime du nazisme ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article203248, notice MICHEL-LÉVY Roger par Stéphane Weiss, version mise en ligne le 18 mai 2018, dernière modification le 6 décembre 2020.

Par Stéphane Weiss

SOURCES : Nécrologie parue dans la Revue des Eaux et Forêts, Tome LXXXIII, 1945, p. 418-419. — Georgette Elgey, Françoise Job, Famille Michel Lévy, Archives Juives, 2004/1 (Vol. 37), p. 128-129. — Stéphane Weiss, Sur les traces des cadres forestiers français tombés durant la Seconde Guerre mondiale, Revue forestière française, vol. LXII, n° 5, 2010, pp. 575-584.

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