ROUSSELIER Maurice, Charles, Abel dit Rivier

Par Stéphane Weiss

Né le 11 février 1914 à Bordeaux (Gironde), mort le 9 janvier 1958 ; polytechnicien, ingénieur ; chef régional FFI de la Région R5.

Maurice Charles Abel Rousselier est né le 11 février 1914 à Bordeaux. Il est entré à l’École polytechnique dans la promotion de 1933. Durant ses deux années à Polytechnique, il a pris au Centre polytechnicien d’études économiques, d’inspiration marxiste, et au groupe des Ricards qui proposait, sous une signature collective des articles pour la presse communiste. Dans cet environnement, il a côtoyé Raymond Aubrac, Jean-Pierre Vernant et Robert Rossi, également polytechnicien, qui sera son adjoint à Toulouse en 1943. À sa sortie de Polytechnique, il choisit l’Armée de Terre et intégra en 1935, comme sous-lieutenant, le corps du génie puis celui des transmissions. Il fut promu lieutenant en octobre 1937. Il servit en 1939 dans une compagnie de transmission radio. Il resta dans l’Armée après l’été 1940, affecté dans la région de Montpellier à un Groupement des contrôles radioélectriques. Il démissionna en octobre 1941. Son engagement politique est alors resté inaperçu : le rapport au Secrétaire d’État à la Guerre de Vichy, rédigé en octobre 1941 au sujet de sa démission de l’Armée, n’en fait nullement état.
Retourné à la vie civile, comme ingénieur à Toulouse, il s’engagea dans une activité résistante, dans le cadre du mouvement Libération-Sud, par l’entremise de Raymond Aubrac. Il y embrassa des responsabilités croissantes en région toulousaine, comme chef régional de l’Armée secrète pour la Région R4 en 1943, puis dans le cadre de la Région R5 (Limousin, Dordogne et Indre). Il y fut désigné commandant FFI régional par le COMAC au printemps 1944. Le Délégué militaire régional Eugène Déchelette a reconnu sa désignation le 10 juillet. Maurice Rousselier arbore alors le grade de colonel FFI.
Au sein de la Région R5, l’unité des forces résistantes est restée précaire, sur fond de répression adverse. Dans la plupart des départements, des états-majors créés au titre de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA), des Francs-Tireurs Partisans et des Corps Francs de la Libération fonctionnaient séparément, tandis que plusieurs missions alliées ont court-circuité les efforts centralisateurs. Cette configuration fragmentée a placé le DMR Déchelette au centre du jeu. Le rôle de Maurice Rousselier apparaît initialement restreint à des arbitrages politiques. Cette configuration n’était toutefois plus valable en septembre 1944. Rousselier s’est en effet placé au centre du jeu, en mettant à profit l’absence du DMR Déchelette du 25 août au 12 septembre. En deux semaines, Rousselier a concentré l’ensemble des outils d’exercice du commandement militaire régional dans le seul giron de l’état-major FFI régional.
Dès le 6 septembre, Rousselier a adressé à l’état-major national FFI lié au COMAC, à Paris, un rapport témoignant d’une situation bien en main. Il a notamment pris le contrôle des services administratifs et techniques hérités de l’ex-armée d’armistice : les Commissariats régionaux militaires de Limoges et Châteauroux, aux effectifs réduits mais détenteurs de précieux stocks (habillement, vivres, carburant...) et de capacités budgétaires. Cette manne a permis à l’état-major de Maurice Rousselier de distribuer des effets d’habillement (près de 194 000 effets comptabilisés dès le 22 septembre) aux formations FFI placées sous son égide et d’assurer leur ravitaillement. Maurice Rousselier a également agi au plan politique. Le 8 septembre, il plaça d’office en disponibilité, donc hors jeu, les militaires n’ayant pas exercé de fonctions au titre des FFI. Il s’est posé comme un échelon régional incontournable. Lorsque le lieutenant-colonel Jacques Rollot, émissaire du ministère de la Guerre, aborda Limoges le 18 septembre, la seule autorité qu’il identifia, hormis le commissaire régional de la République, fut Maurice Rousselier. La Région R5 comptait 40 000 FFI en armes et 25 000 hommes non armés à la mi-septembre.
Maurice Rousselier bénéficia d’un favorable concours de circonstance car le ministère de la Guerre n’avait aucun candidat à lui opposer pour chapeauter la nouvelle 12e Région militaire regroupant l’essentiel de l’ancienne Région R5 : Corrèze, Creuse, Haute-Vienne, Dordogne et Indre. Le colonel Raymond Chomel, de l’ORA de l’Indre, avait été envisagé pour cette fonction mais, sur fond de désaccord avec Maurice Rousselier, il a entre-temps quitté la région pour organiser une brigade FFI qu’il mènera sur le front de Saint-Nazaire deux mois plus tard. Faute d’autre option, le 27 septembre, venant en visite à Limoges, le ministre André Diethelm adouba Maurice Rousselier à la tête de la 12e Région militaire, moyennant des gages sur le retour à l’ordre (arrêt des cours martiales départementales instaurées en septembre sous l’égide des états-majors FFI).
Cette désignation n’était pas synonyme d’alignement immédiat sur la ligne politique du gouvernement provisoire. Bien au contraire, Maurice Rousselier est resté un fidèle tenant du COMAC, dont les leaders parisiens, appuyés par le Parti communiste, menèrent jusqu’à la mi-octobre un bras de fer avec le général de Gaulle, en vue de maintenir la singularité des FFI et d’en faire le creuset de l’armée. À Limoges, Maurice Rousselier s’est inscrit dans la ligne du COMAC, par exemple au sujet des soldes, en instaurant en septembre un principe radical d’égalité absolue, quel que soit le grade, avec une solde mensuelle de 1 200 Francs, uniquement modulée en fonction des charges de famille. Rousselier a également donné corps à son autorité en développant un réseau de communications couplant moyens téléphoniques, télégraphiques et hertziens, connectés aussi bien à Paris qu’avec les régions voisines. Son influence était également financière, grâce à une mainmise sur une part des 2,28 milliards pris le 26 juillet à Neuvic (Dordogne) à bord d’un train.
Maurice Rousselier s’est distingué par un positionnement proactif. Devançant le programme gouvernemental de réarmement officialisé le 30 novembre 1944, Rousselier préconisa en octobre l’organisation de bataillons FFI standardisés, regroupés en brigades départementales et destinés à structurer une à plusieurs divisions. Ce projet, qui intégrait une dimension industrielle (avec un programme de production de 10 0000 mitraillettes à Limoges), a bénéficié d’un écho favorable au sein du ministère de la Guerre. En effet, le ministère de la Guerre confia en décembre à la 12e Région militaire la mise sur pied d’une nouvelle 23e Division d’infanterie. Ce projet tourna toutefois court. Le sujet des effectifs, qui ne semblait initialement pas limitant en 12e Région, y mit fin. La mise en œuvre des engagements individuels des FFI dans l’Armée, au mois d’octobre 1944, a en effet généré une forte décrue des effectifs régionaux. Or, dans les mêmes temps, Rousselier, malgré plusieurs tentatives d’ingérences, a perdu la main sur les éléments limousins et périgourdins partis vers les fronts de l’Atlantique et la 1re Armée. De plus, au fil des semaines, les effectifs restant de la 12e Région ont été siphonnés au profit d’autres commandements, non sans que Rousselier ait fait part de ses récriminations au ministère de la Guerre. Cette succession de transferts d’effectifs priva Maurice Rousselier de son principal levier d’action : son projet fit long feu tandis que la création de la 23e DI lui fut retirée à la mi-janvier 1945.
Maurice Rousselier a conservé le commandement de la 12e Région militaire jusqu’au 8 avril 1945. Il bénéficia d’une promotion au grade de lieutenant-colonel. En mai 1945, il fut missionné aux États-Unis pour un stage sur les techniques de transmission. En disponibilité dès août 1945, il quitta définitivement l’Armée en avril 1946. Il intégra l’équipe dirigeante d’Électricité de France, créée en avril 1946. Maurice Rousselier y dirigea le Service Projets, œuvrant notamment au programme d’équipement hydroélectrique français. Il est décédé le 9 janvier 1958.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article203249, notice ROUSSELIER Maurice, Charles, Abel dit Rivier par Stéphane Weiss, version mise en ligne le 18 mai 2018, dernière modification le 20 mai 2018.

Par Stéphane Weiss

SOURCES : Archives départementales de Seine-Saint-Denis, cotes 304J4 et 304J8 - Service historique de la Défense, cotes GR 8P9, 9P66 et 8Ye121528. — Laurent Douzou, La désobéissance : histoire d’un mouvement et d’un journal clandestins, Libération-Sud, 1940-1944, Éditions Odile Jacob, Paris, 1995. — André Philippe, La Résistance confisquées ? Les délégués militaires régionaux du général de Gaulle de Londres à la Libération, Éditions Perrin, Paris, 2013. — Stéphane Weiss, « L’établissement d’une autorité militaire dans le Sud-ouest en 1944-1945 », Guerres mondiales et conflits contemporains, PUF, n° 243, 2011 : p. 59-72.

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