COLL Fernand, Adolphe

Par Gilles Morin, Georges Portalès

Né le 18 juin 1907 à Toulouse (Haute-Garonne), mort le 20 mars 1981 à Ramonville-Saint-Agne (Haute-Garonne) ; ouvrier ; militant socialiste et syndicaliste de la Haute-Garonne ; Secrétaire national adjoint des Jeunesses socialistes et secrétaire adjoint de la Fédération socialiste SFIO de la Haute-Garonne (1936-1940).

Fils de Louis Coll et de Marie Durand, Fernand Coll naquit rue de la République à Toulouse en 1907. Après son certificat d’étude il entra en apprentissage dans l’entreprise aéronautique Dewoitine.

À partir de 1929, il travailla à la Cartoucherie de l’arsenal de Toulouse (ATE) comme ajusteur-fraiseur. Il était responsable syndical de la CGT de l’entreprise.
En janvier 1931, Fernand Coll fut élu secrétaire de la fédération des Jeunesses socialistes (JS) de la Haute-Garonne, fonction qu’il conserva jusqu’en 1936 au moins. Il était par ailleurs membre du comité national mixte (CNM) des JS. Au congrès national de 1935 et 1936, il présenta le rapport sur les Jeunes gardes socialistes (JGS) qui affrontaient dans la rue les organisations « fascistes » et surtout assuraient la sécurité des réunions du parti et des jeunesses et protégeaient les vendeurs de journaux. En 1935, il expliquait que les JGS n’étaient ni une troupe de choc ni une troupe d’assaut, ni un élément d’attaque pour affronter les forces militaires et policières du pouvoir en place, ne devant pas se substituer « à l’action massive du prolétariat pour assurer la prise du pouvoir à la faveur d’un putsch ou d’un coup de main ». En 1936, il insistait sur la dimension antifasciste du mouvement et sur le côté spectaculaire des JGS. Rappelant l’attentat contre Léon Blum, il écrivait « Si les fascistes ne rencontraient aucune résistance, ils seraient encouragés et deviendraient vite de plus en plus arrogants et audacieux ». En 1936-1937, il était secrétaire national adjoint du CNM (conseil national mixte) des JS et fit partie de l’équipe dirigeante nationale avec Bernard Chochoy et Augustin Laurent qui organisa l’exclusion des JS de la Seine à majorité pivertiste. Ils furent maintenus en 1938-1939.

Fernand Coll pris aussi progressivement des responsabilités dans la fédération adulte de la Haute-Garonne. Lors du congrès fédéral de juin 1935, membre suppléant de la commission exécutive fédérale depuis trois ans, il protesta contre sa reconduction en cette qualité (de suppléant) en arguant de sa très grande activité propagandiste. Il démissionna mais fut réélu membre titulaire grâce à la démission d’un ancien et il siégea comme délégué au congrès national. Il soutenait alors la motion de Vincent Auriol* contre celle de la Bataille socialiste.

Il participa activement à la victoire du Front populaire et devint secrétaire adjoint de la Fédération socialiste SFIO de la Haute-Garonne en 1936-1940, permanent payé par la SFIO. Il collaborait directement avec le cabinet de Paul Faure*, ministre d’état du Gouvernement de Léon Blum. Pacifiste comme la majorité des responsables des Jeunesses et des responsables fédéraux de la Haute-Garonne, il se lia politiquement pour plusieurs années au secrétaire général du parti.

On repère les prises de positions politiques personnelles de Coll à plusieurs reprises dans les années qui précèdent la guerre, ce qui témoigne de la place qu’il occupait alors dans le parti. Coll intervint au meeting des JS et du PS du 12 mai 1936 contre la loi des deux ans. Délégué des JS au congrès de l’entente des JS du Lot en mars 1937, il s’opposa à l’intervention de Michel Collinet* qui voulait parler au nom de la Gauche révolutionnaire et des JSR exclus du parti. En 1938, à l’issue du congrès de Royan, il fut nommé délégué permanent à la propagande en remplacement de René Cabannes*qui prenait sa retraite et le demeura jusqu’en 1940. Secrétaire fédéral à la propagande en décembre 1938, il défendit la motion paul-fauriste au congrès fédéral. Il aurait été secrétaire de Paul Faure.

Franc-maçon, inité en juillet 1930, Fernand Coll appartenait à la Loge « La Française des Arts » dont il obtint le grade de Maître en 1948. Durant la guerre d’Espagne cette Loge prit fait et cause pour les républicains espagnols en lutte contre Franco. Fernand Coll intervint auprès de Pierre Cot, alors ministre de l’air, pour la fourniture d’avions en vue de former l’escadrille España initiée par André Malraux. Il accompagna André Malraux pour rencontrer le président Manuel Azana, lors de son voyage en Espagne en juin 1937. (page 27 du livre sur la Franc-maçonnerie cité en référence) .

Après la défaite des républicains espagnols début 1939 et la Retirada, Fernand Coll, Léo Lagrange* et Silvio Trentin* visitèrent les camps de concentration d’Argelès-sur-mer où étaient retenus, les républicains espagnols et leurs familles. Fernand Coll fit de cette visite un compte rendu lors d’une assemblée générale du parti socialiste au cours de laquelle il condamnait l’attitude inhumaine des autorités et de l’armée française envers les réfugiés.
En septembre 1939, après la déclaration de la guerre, Fernand Coll fut requis dans son emploi d’ouvrier fraiseur à la cartoucherie de Toulouse, En 1940 il devint secrétaire du syndicat ouvrier CGT de l’ATE et délégué ouvrier. Le gouvernement de Vichy tolèrait l’existence des syndicats qu’il muselait par ailleurs avec la « Charte du Travail » : le double jeux des syndicalistes est alors une pratique courante pour éviter la prise en main des syndicats par les collaborationnistes. Fernand Coll créa par ailleurs en 1940 une coopérative alimentaire à la Cartoucherie dont il était président du conseil d’administration, travaillant comme fraiseur, le matin, puis pour la coopérative, l’après-midi. Le responsable local de la légion le soupçonnait en raison de son passé politique et comme “franc-maçon notoire, mais Coll se référait à l’appui de René Belin*, ministre du Travail. La coopérative permit plus tard, entre autres, de fournir en denrées alimentaires les maquis de Gimont, de Saint Lys et de Saint-Gaudens en Haute-Garonne. Il aurait été suspendu sans traitement de juillet à septembre 1941 pour avoir fait une fausse déclaration concernant la nationalité de son père.

Pacifiste, Fernand Coll n’en participa pas moins aux activités résistantes. En 1942 il adhéra au mouvement Fédérer Libérer, initié par Silvio Trentin* : il devint le responsable du groupe de la Cartoucherie. Son frère Adolphe Coll *fut membre du Comité Directeur de ce mouvement, avec Achille Auban* et Paul Descours* entre autres.

Pour des motifs assez obscurs et contradictoires, Fernand Coll fut exclu à l’initiative d’Eugène Thomas* par la direction du parti socialiste clandestin dans lequel il militait. Selon le témoignage de Léon Achiary*, il aurait dû participer, avec l’ancien secrétaire fédéral Desbals*, à la diffusion du Populaire clandestin en 1941 mais y aurait mis beaucoup de mauvaise volonté. Selon une lettre d’Eugène Thomas, après plusieurs incidents, Coll aurait détruit le paquet de numéros du journal clandestin qui lui avait été remis parce qu’il contenait un court article contre Paul Faure. Ce fait l’aurait amené à prendre cette décision, que le socialiste nordiste disait regretter de ne pas avoir prise plus tôt. Au cœur de cette affaire trouble, il semble donc y avoir divergence sur la volonté d’ostraciser les paulfauristes considérés comme « attentistes » par les responsables du parti clandestin, alors qu’une partie des anciens militants toulousains n’avaient sentimentale pas rompus avec leur ancien mentor.

Coll demanda sa réintégration à Toulouse en juillet 1946, avec l’appui de la section toulousaine. « Considérant l’activité du camarade Coll dans divers organismes clandestins depuis 1941, à Libérer et Fédérer, et en 1940 dans les syndicats », celle-ci jugeait qu’il « était digne de reprendre sa place au parti ». N’ayant pas été exclu par la commission des conflits, la décision revint à sa fédération. Il obtint sa réintégration et, siégea de nouveau au bureau fédéral en mai 1949, puis il fut secrétaire à l’organisation en 1950-1951.
Syndicaliste CGT jusqu’alors Fernand Coll rejoignit la CGT-FO à la scission et fut élu à la commission exécutive de l’Union Départementale de la Haute-Garonne dont il fut membre de 1948 à 1950, Puis, il démissionna de la Cartoucherie pour devenir agent immobilier, rue de la Colombette à Toulouse. Il entra ensuite comme salarié à la Mutualité agricole de Toulouse : il devint sous-directeur en 1950 et directeur en 1962. Il prit sa retraite en 1974 et fut élu alors président de la Mutualité Agricole.

Fidèle à son passé de syndicaliste, il participa , en septembre 1968 au siège de l’Union Départementale, au vingtième anniversaire de la création de la Confédération Générale du Travail Force Ouvrière.

Son frère, Adolphe Coll, né en 1912, colleur de papiers peints, fut secrétaire fédéral des JS en 1935. Il a été un héros de la résistance toulousaine mort en déportation : une rue de Toulouse porte son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20329, notice COLL Fernand, Adolphe par Gilles Morin, Georges Portalès, version mise en ligne le 14 janvier 2014, dernière modification le 16 janvier 2018.

Par Gilles Morin, Georges Portalès

SOURCES : Arch. Nat. F7/13034 ; F/7/14996 ; 72/AJ/37, témoignage d’Achiary ; 19940500, art. 208, n° 873. — Arch. OURS, correspondance Haute-Garonne et dossier Affaire Coll. — Arch. de l’Union départementale FO de la Haute-Garonne. — Le Progrès du Tarn, 1931. — Le Midi socialiste, 1936. — Compte rendu du congrès de Royan. — Bulletin d’information socialiste, n° 5, avril 1937. — Jean-Pierre Pignot, Aspects de la Résistance à Toulouse et sa Région « Libérer et Fédérer », Mémoire de Maîtrise soutenu par en novembre 1976, Université de Toulouse le Mirail. — Patrice Castel, Pierre Coll, Pierre Léoutre et Lucien Sabah in Antimaçonnisme, francs-maçons et résistants dans le Midi toulousain, De la persécution à la renaissance des loges (1940-1945), Collection Mémoire d’encre, Editions Les 2 Encres, Le Puy-Saint-Bonnet (Maine-et-Loire), août 2009. --- Paul Arrighi, Silvio Trentin, un Européen en résistance 1919-1943, préface de Rémy Pech, Editions Loubatières. — Paul Arrighi, Silvio Trentin, un combat politique en Vénétie, en Gascogne et dans le Midi Toulousain. Du début de son opposition au fascisme à son retour en Italie (1921-1943), Université de Toulouse le Mirail. — Christine Bouneau, Socialisme et jeunesse en France (1879-1969), acteurs, discours, moments et lieux, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, , 2009, 662 p. Aude Chamouard, Les maires socialistes en France dans l’entre- deux-guerres : Une expérience réformiste du pouvoir ?, Thèse dirigée par Marc Lazar, Professeur d’histoire à Sciences Po soutenue en juin 2010. — CD-ROM « La Résistance en Haute-Garonne » créé par l’Association Histoire de la Résistance en Haute-Garonne - dans le cadre de la Campagne Nationale de l’AERI (Association pour des Etudes sur la Résistance Intérieure). — Notes de Pierre Coll, fils de Fernand et neveu d’Adolphe Coll. — Entretiens et échange de correspondances entre Georges Portalès, Pierre Coll et Serge Vila-Mir* en novembre et décembre 2013.

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