COLLET Robert, Louis, Pierre

Par Jean Maitron

Né le 28 septembre 1895 au Mans (Sarthe), mort le 9 février 1980 au Mans ; professeur au lycée technique du Mans ; résistant ; militant socialiste, secrétaire fédéral (1947-1965) ; maire du Mans.

Le grand-père paternel de Robert Collet, né en 1832, tira un « mauvais numéro » et fit six années de service en Algérie. Blessé et réformé à Magenta en 1859, il bénéficia d’un emploi réservé, celui de receveur buraliste dans le village sarthois de Saint-Mars-la-Brière. Républicain, admirateur de Victor Hugo et de Clemenceau, anticlérical, il fut suspendu de ses fonctions par l’Ordre Moral puis réintégré après le 16 mai. Son fils, père de Robert Collet, instituteur au Mans, fut au temps de l’Affaire Dreyfus, le premier secrétaire de la section mancelle de la Ligue des droits de l’Homme ; il était marié à une institutrice.
Robert Collet fut reçu à l’École normale de la Sarthe en 1912. Il ne fit que deux années d’École normale et le 15 décembre 1915, comme tous les jeunes de sa classe, il fut appelé au service militaire et combattit durant trente-neuf mois dans la division marocaine du 8e Zouaves. Blessé une première fois en Artois, à Souchez, il fut un des rares rescapés de ce que, dans Le Feu, Barbusse appelle les « alvéoles des zouaves ». Le 28 septembre 1915, il repartit au Front et, en mars 1916, fut blessé une seconde fois au Mort-Homme à Verdun. Il repartit une troisième fois en 1917 et le 19 juillet 1918, conduisant sa section de zouaves, fut blessé pour la troisième fois : perte de l’œil droit et grave mutilation de la jambe gauche. Il fut décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre.
En octobre 1919, Robert Collet adhéra à la section socialiste du Mans qu’il ne devait plus quitter si l’on excepte le creux de l’Occupation. « Comme beaucoup de camarades venus au socialisme à cette époque, écrit R. Collet, je ne savais pas grand-chose de la doctrine socialiste à part quelques rudiments qu’à l’orée de 1914, mes lectures d’étudiants m’avaient appris... et c’était peu. Mais quatre lettres SFIO - quatre lettres qu’il est de bon ton de discuter aujourd’hui - m’avaient séduit, entraîné comme elles avaient entraîné les hommes qui avaient alors rejoint le Parti. Ils avaient vu les terribles effets des nationalismes et ils étaient venus d’instincts au Parti qui, avec les quatre lettres de son slogan, affirmait sa volonté, sa vocation d’action internationale, sa volonté de contribuer à sauver de la Peur qui nous avait étreint pendant quatre ans, les générations qui viendraient après eux, leurs enfants et leurs petits enfants. Et, peu à peu, lentement, studieusement, sous la direction de maîtres qu’ils aimaient et respectaient, ils ont appris ce que le Socialisme représentait d’espoir. Pour moi, ces maîtres s’appelaient Olivier Heuzé, premier maire socialiste du Mans (1924), Henri Barbin, premier élu socialiste de la Sarthe (1919) et Henri Lefeuvre, le maire de 1939, mutilé de guerre, révoqué par Vichy et mort en déportation. »
Jusqu’en 1930, Robert Collet ne fut qu’un cotisant, ayant à achever ses études interrompues en 1915 et il devint professeur de lettres au lycée technique du Mans avec une classe de préparation aux Arts et Métiers. Vers 1930, il se lia d’une vive amitié avec Henri Lefeuvre dont il devint le principal collaborateur tant à la Fédération des œuvres laïques qu’à la Ligue des droits de l’Homme dont il était le Président fédéral et lui-même le secrétaire fédéral. Il fut également en relations avec Demartial qui s’attacha à étudier les responsabilités de la guerre. En 1927, à la demande d’un préfet républicain, Marcel Bernard, qui voulait être représenté par un enseignant mutilé, il fut présent à l’Office départemental des Mutilés et victimes de la Guerre. Il appartint enfin au Grand Orient de France.
Le 1er octobre 1941, quoique mutilé de guerre, Robert Collet fut révoqué par le même Pétain qui avait signé en 1918 sa promotion de Médaillé militaire, révoqué de ses fonctions professorales et de membre de l’Office des Mutilés. Il dirigea alors dans le département un réseau franco-anglais « Sussex » (BCRA) et eut la chance d’échapper à la Gestapo. Quoique n’ayant jamais été conseiller municipal, il fut désigné par le Comité de Libération pour faire fonction de maire en attendant le retour d’Henri Lefeuvre. Celui-ci ne revint pas, non plus que deux de ses adjoints SFIO. Roger Bouvet et Alexandre Oyon et une élection confirma alors le choix du Comité de Libération.
La vie de Robert Collet se confondit dès lors avec celle de la fédération socialiste et du Parti et il fut secrétaire général de la Fédération de 1947 à 1965 et membre de la Commission nationale des conflits de 1949 à 1972.
Conseiller municipal du Mans, il fut maintenu tête de liste à chaque élection. Il fut candidat au conseil général et aux législatives dans des cantons et une circonscription où il y avait peu de chance de succès. « J’ai toujours pensé, écrit Robert Collet, que pour un dirigeant socialiste, une candidature était une tribune pour développer la pensée et la propagande du Parti ». Son dernier acte militant fut de participer en 1977 « aux négociations qui ont abouti à l’union de la gauche (maire communiste) et sur la liste des personnalités recommandant cette liste : je suis le deuxième présentateur, le premier étant Christian Pineau ».
Robert Collet est Médaillé de la Résistance (11 juillet 1946), décoré de la Légion d’honneur et titulaire d’un diplôme des Services stratégiques américains. L’épouse de Robert Collet appartient également au Parti socialiste depuis 1944. Ils eurent un fils, une fille enseignante et quatre petits enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20362, notice COLLET Robert, Louis, Pierre par Jean Maitron, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 7 avril 2021.

Par Jean Maitron

ŒUVRE : Essai sur la vie politique au Mans et dans la Sarthe sous la IIIe République, 1870-1939, s.d., septembre 1955, 80 p.

SOURCE : Témoignage écrit de Robert Collet, 24 février 1979.

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