COLLETTE-KAHN Suzanne [née COLLETTE Suzanne, Adèle, Sophie], épouse KAHN

Par Gilles Morin

Née le 8 décembre 1884 à Lille (Nord), morte le 8 août 1975 à Paris (XVIe arr.) ; professeure agrégée d’allemand ; secrétaire adjointe du syndicat national des professeurs de lycée ; militante socialiste ; membre du comité central de Parti socialiste de France (1934) ; membre du comité central de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) (1931-1953), vice-présidente (1953-1962) ; membre du conseil national des femmes socialistes.

Fille d’Henri Désiré Joseph Collette, boucher, et de Mathilde Juliette Guelton, ancienne étudiante et disciple de Victor Basch*, professeur d’allemand, Suzanne Collette fut reçue à l’agrégation d’allemand en 1909, puis enseigna dans divers lycées de province avant de terminer sa carrière à Paris.

Domiciliée depuis 1910 environ, place de Jussieu à Paris (Ve arr.), Suzanne Collette commença à militer tout d’abord dans les syndicats enseignants, à des niveaux nationaux et internationaux. Membre de la Fédération générale de l’enseignement affiliée à la CGT, elle était secrétaire adjointe, avec Pruvost, du Syndicat national des professeurs de lycée et du personnel de l’enseignement secondaire féminin (voir Lacroix*). Elle menait une campagne active en faveur de l’éducation laïque. Elle était par ailleurs vice-présidente de la Société des agrégées en 1936.

Suzanne Collette rejoignit la Ligue des droits de l’Homme (LDH) en 1920 et contribua aux Cahiers des droits de l’homme, à partir de 1923. Elle fut secrétaire adjointe de la section de Reims et vice-présidente de la fédération de la Marne avant sa nomination au comité central en 1931 ; à cette date, elle était vice-présidente de la Ve section de Paris. Avec Odette Bloch, elle était la seule femme du comité central, exigeant que la Ligue éclaircisse sa position sur le droit de vote des femmes, et fut vice-présidente de la Ligue. Elle participa comme déléguée à tous les meetings de la LDH de 1939 à 1939, intervint rarement dans les débats mais prit position en faveur de la laïcité, de la République espagnole, sur la paix et la lutte contre le fascisme. Elle fit campagne envers le rapprochement franco-allemand, pour le désarmement progressif et en faveur de la Société des Nations. Déjà en 1921, elle avait participé à l’organisation d’une réception en faveur de pacifistes allemands. Durant la Guerre d’Espagne, elle fut secrétaire du Comité d’accueil aux enfants espagnols, présidé par Victor Basch et Léon Jouhaux*. Dans le même temps, elle était déléguée de la Ligue au Centre féminin d’initiative pour la défense de la Paix. Surtout, elle se consacrait à la défense du droit des femmes, pour qu’elles obtiennent le droit de vote et œuvrait en faveur des victimes des injustices.
Elle épousa son compagnon depuis de longues années, Émile Kahn*, secrétaire général puis vice-président de la Ligue des droits de l’Homme (président après 1946), le 23 décembre 1937 à Paris (VIe arr.). Elle posa un cas de conscience, proposant de démissionner du comité central, mais celui-ci lui demanda unanimement de rester à son poste.
Suzanne Collette fut encore une active militante socialiste à partir de 1924, ayant adhéré à la section de Reims (fédération de la Marne). L’année suivante, elle rejoignit la fédération de la Seine.
C’est elle qui, en 1929, posa le problème du changement des statuts du PS quant à l’organisation des femmes par une motion présentée devant le congrès de 1929 au nom de la Fédération de la Seine. Elle le fit après avoir expliqué sa démarche dans la Vie Socialiste de Renaudel. Ce qui conduit à une nouvelle organisation, sans Saumoneau, mais avec Suzanne Buisson. Avec celle-ci et Marthe Louis-Lévy, elle élabora le statut du premier Comité national des femmes socialistes de la SFIO et en fut membre dès la formation de cet organisme au XXVIIIe congrès de la SFIO (Tours, mai 1931), réélue l’année suivante.

Elle militait dans la Seine. Elle présenta un rapport sur « les femmes et le droit au travail » lors de la Conférence nationale des femmes socialistes qui eut lieu les 16-17 avril 1933. Elle fut réélue au Comité national des femmes socialistes au XXXe congrès de la SFIO (Paris, 14-17 juillet 1933). Puis elle participa, comme une partie de l’encadrement de la LDH, à la scission néo-socialiste et fut élue au conseil central du PSdF en mai 1934. Mais Suzanne Collette revint à la SFIO durant la période du Front populaire et fut réélue au comité national des femmes socialistes au XXXVe congrès du parti (Royan, 4-8 juin 1938). L’ardente militante pacifiste se prononça avec passion contre les Accords de Munich.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Suzanne Collette-Khan et son époux durent se réfugier dans le Sud, mais restèrent en contact avec Suzanne Buisson et Victor Basch, victimes de la répression. À la Libération, elle reprit ses activités militantes multiples.
Elle redevint d’abord vice-présidente de la XVIe section de la Ligue, appartint de nouveau au comité central, en fut élue vice-présidente en 1953 et joua un rôle actif à la Fédération internationale des droits de l’homme dont elle fut secrétaire générale.
Avec Andrée Marty-Capgras, elle fut appelée par le secrétariat général de la SFIO à reconstituer la commission féminine nationale du parti, appartint à son secrétariat en 1946, puis fut secrétaire administrative en 1947 et fut chargée des rapports avec les femmes de l’Internationale socialiste au congrès extraordinaire de reconstitution du parti socialiste SFIO en novembre 1944. Elle publia en 1945 une brochure : Femme, tu vas voter ! Comment !, fut responsable du bulletin national des femmes socialistes et appartenait à la commission de propagande et à la commission d’éducation du parti en 1946. Candidate à la candidature pour la 2e Assemblée nationale constituante en juin 1946, elle se présenta sans succès pour l’élection au comité directeur de la SFIO et ne fut pas reconduite dans ses fonctions à la direction des Femmes socialistes en 1948. Elle était, dans le même temps, secrétaire de la Fédération internationale de l’enseignement secondaire.
Avec son époux, Suzanne Collette-Kahn prit position contre la politique algérienne de Guy Mollet* et de Robert Lacoste*. Elle fut une active correspondante du Comité socialiste d’études et d’action pour la paix en Algérie en 1957, puis participa à la fondation du Parti socialiste autonome (PSA) et ensuite du Parti socialiste unifié (PSU). Elle fut membre de la commission des problèmes internationaux du PSU en 1960. Elle présenta le rapport sur le problème allemand pour le congrès de 1961.
Ses activités de syndicaliste l’amenèrent aussi à se prononcer en faveur de l’éducation laïque et des droits des fonctionnaires.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20363, notice COLLETTE-KAHN Suzanne [née COLLETTE Suzanne, Adèle, Sophie], épouse KAHN par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 9 janvier 2022.

Par Gilles Morin

ŒUVRE : Femme, tu vas voter ! Comment ?, Éditions de la Liberté, 1945, 16 p. — Les Femmes et le droit au travail, rapport... archives Jean Zyromski.

SOURCES : Arch. PPo. 304, avril 1930. CAC, 20010216/93/2707. — Arch. de l’OURS, dossier candidature à l’Assemblée de l’Union française ; fonds Lucien Coll. — Arch. A. Seurat. — Arch. IRHES. — Les Femmes et le droit au travail, op. cit. — La Femme socialiste, n° 113, décembre 1932, n° 123, septembre 1933. — Comptes rendus des XXVIIIe, XXIXe, XXXe et XXXVe congrès du Parti socialiste. — Cahiers des Droits de l’Homme, 1923-1940. — Bulletin intérieur, n° 22, 35, 37. — Courrier du PSU, février 1961. — Notice DBMOF, par Michel Dreyfus. — Note de Gérard Da Silva.

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