HANDSCHUH Eugène alias HOUDAN Lucien

Par Daniel Grason

Né le 24 mai 1923 à Budapest (Hongrie), mort le 8 février 2017 à Quend arrondissement d’Abbeville (Somme) ; tapissier ; militant de la Main-d’œuvre immigrée (MOI) ; déporté à Auschwitz (Pologne) ; victime de l’antisémitisme.

Fils d’Oscar et de Victoria née Seifer, Eugène Handschuh vivait avec ses parents et son frère Louis 20 rue Chapon à Paris (IIIe arr.). Du fait de la multiplication des rafles de juifs, la famille déménagea au 55 rue des Petites-Écuries (Xe arr.).
Lors de l’arrestation de Gitla Frenkiel, des listes de noms avec les adresses furent saisis. Des inspecteurs de la BS1 se présentèrent rue des Petites-Écuries, l’un des hommes présenta une carte d’identité française au nom de Pierre Houdan né le 24 juillet 1921 à Brénod (Ain), demeurant 12 avenue Barantin au Raincy, la pièce avait été délivrée le 29 septembre 1941.
Était saisi sur lui : une liste de souscription de soutien à la lutte contre les barbares hitlériens, une feuille de papier avec des notes, au nom de Pierre Houdan une licence de campeur délivrée par le Camping club de France n° 14912, deux cartes du métropolitain et quatorze cartes de visite au nom de Pierre Houdan.
Le seul fait d’habiter 55 rue des Petites-Écuries alors qu’il était déclaré habiter au 5 rue des Haudriettes, Eugène Handschuh alias Pierre Houdan était en infraction avec les ordonnances allemandes.
Emmené le 2 janvier 1943 dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police pour y être interrogé, il présenta sa carte d’identité d’étranger délivrée le 6 mars 1942 valable jusqu’au 18 février 1943. Eugène Handschuh était titulaire du CEP, tapissier, il travaillait aux établissements Ducrot au 20 rue Rampal à Paris (XIXe arr.).
Au cours de son interrogatoire, les policiers lui demandèrent « Depuis combien de temps faites-vous de la politique ? » Il affirma « je n’ai jamais appartenu à un parti politique quel qu’il soit. » Il aurait été abordé alors qu’il sortait de son atelier par un homme qui portait l’étoile jaune. Il lui remit ainsi qu’à son frère une liste de souscription au « Fonds de lutte contre les barbares hitlériens » ainsi que des exemplaires du « Bulletin d’information » édité par le Parti communiste clandestin.
Des explications lui furent demandées sur la fausse pièce d’identité et d’autres papiers qu’il présenta au nom de Lucien Houdan. Il déclara avoir acheté les différents papiers à Albert K… au café « Tout va bien » au 18 rue Basfroi (XIe arr.) pour la somme de trois mille francs payés en deux fois, il précisa qu’Albert K… avait depuis été déporté. Quant aux annotations portées sur un morceau de papier, elles concernaient des rendez-vous qu’il prit avec des campeuses lors de sorties.
Sommé de donner les signalements des deux hommes qu’il rencontra l’un pour se procurer des faux-papiers et l’autre qui lui donna des tracts, il s’exécuta. Les recherches policières furent vaines.
À l’issue de la procédure policière Eugène Handschuch fut inculpé d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 modifié par la loi du 31 décembre 1941 pour « menées communistes », pour faux en matière de carte d’identité française, pour infraction à la 8e ordonnance des autorités allemandes en France pour ne pas avoir porté l’étoile jaune.
Incarcéré, puis interné au camp de Drancy sous le matricule 887, Eugène Handschuh fut l’un de ceux qui participa au creusement d’un tunnel pour s’évader de Drancy. Un journaliste de Libération recueilli son témoignage en 2016 : « Dans la famille ont a toujours été à gauche. Mon père était communiste. Il faisait même partie de l’armée rouge hongroise. Les chiens ne font pas des chats, hein ! » Parents et enfants viendront en France, habiteront à Paris dans le XIXe, puis dans le quartier du Marais. Il milita aux Jeunesses communistes, entrera en résistance avec la Main-d’œuvre immigrée, participa à une action face au cinéma Rex, se cachera dans le XIXe arrondissement.
Ses faux papiers arrivants à expiration, il devant en récupérer des nouveaux dans le quartier du Marais. Les résistants qui les détenaient avaient été repérés et suivis par la police, Eugène Handschuh fut arrêté. Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales, il a été battu à coups de nerfs de bœuf. Transféré à la prison du Cherche Midi administré par les allemands, puis envoyé au camp de Compiègne. Là, il participera au creusement d’un tunnel, l’objectif était de faire évader le plus de prisonniers possibles. En novembre 1943, le tunnel fait plus de 35 mètres. Combien reste-t-il à creuser ? Les survivants ne s’en souviendront pas. Le tunnel découvert, ceux qui participèrent au creusement dont Eugène Handschuh seront déportés.
Il était dans le convoi n° 62 le 20 novembre 1943 au départ de Drancy. Mille deux cents déportés étaient dans ce train, 914 furent gazés dès l’arrivée, 241 hommes et 45 femmes sélectionnés subirent le même sort. Le 27 janvier 1945 l’armée Soviétique libérait le camp d’Auschwitz, il était parmi les survivants.
Eugène Handschuh fut homologué combattant des Forces françaises de l’intérieur (FFI) au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté, interné, résistant (DIR).
Il mourut le 8 février 2017 à Quend arrondissement d’Abbeville dans la Somme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article203863, notice HANDSCHUH Eugène alias HOUDAN Lucien par Daniel Grason, version mise en ligne le 27 mai 2018, dernière modification le 29 septembre 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. 77 W 498-194048, PCF carton 13 rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 11 janvier 1943. – Bureau résistance GR 16 P 285074. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Éd. Romillat, 1992. – David Diamant, Par-delà les barbelés, 1986. – Libération du 30 juillet 2017. – Site internet CDJC. – État civil site internet Match ID. – Nos remerciements à Marc Zalcer pour les informations qu’il nous a communiquées.

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