JOLLIT François, Charles

Par Dominique Tantin

Né le 30 janvier 1867 à Condac (Charente), massacré le 28 août 1944 à Taizé-Aizie (Charente) ; victime civile.

Stèle commémorative au village de l’Isle, commune de Taizé-Aizie.
Stèle commémorative au village de l’Isle, commune de Taizé-Aizie.
Crédit : MémorialGenweb

Charles Jollit et Maurice Fairon, deux habitants du hameau de l’Isle dans la commune de Taizé-Aizie, furent victimes des représailles allemandes consécutives à une embuscade de la Résistance.
François Charles Jollit était le fils de François Jolly et de Louise née Biron. Charles semble avoir été son prénom usuel. Il avait épousé Louise Rogeau et demeurait à Taizé-Aizie.
Taizé-Aizie est une commune de l’extrême nord du département de la Charente, limitrophe du département de la Vienne, non loin de Ruffec et des grandes voies de communication nord-sud, RN 10 et voie ferrée Bordeaux-Poitiers-Paris, et traversée par la route départementale Ruffec-Civray.
Cette position l’exposait à être le théâtre d’affrontements entre maquisards et troupes allemandes à la fin du mois d’août 1944, lorsque ces dernières, après en avoir reçu l’ordre le 19 août, quittaient le sud-ouest de la France et se repliaient vers le nord-est afin d’éviter l’encerclement par les troupes alliées venant de Normandie et du couloir rhodanien.
Les attaques et les sabotages se multiplièrent à Taizé-Aizie et dans les environs. Le 19 août, Antoine Mangane, employé de la SNCF et résistant FTPF, fut arrêté par les Allemands puis exécuté sommairement. Très fortement harcelées par l’aviation alliée et les maquisards sur les voies de communications principales, les troupes allemandes tentèrent de gagner Poitiers en empruntant de nombreuses petites routes, notamment celle reliant Ruffec à Civray et traversant Taizé-Aizie puis, par le pont de l’Isle, la Charente qui délimite les deux départements. Des résistants placés sous les ordres du capitaine Rogez (Organisation de Résistance de l’Armée, ORA de Charente) détruisirent donc partiellement le pont le 26 ou le 27 août, et organisèrent une embuscade à cet endroit.
Le 28, vers 5h30, une colonne de plusieurs centaines de soldats se trouva bloquée devant le pont. Les maquisards postés sur les coteaux dominant la vallée ouvrirent le feu. Les Allemands ripostèrent avec un armement très supérieur et les résistants durent se replier sur le bourg de Lizant. Les Allemands firent sortir alors les habitants du hameau et jetèrent des grenades incendiaires dans les maisons. Charles Jollit, vieillard âgé de 77 ans révolu, fut brûlé dans l’incendie de son habitation ; Maurice Fairon fut abattu devant la sienne après avoir été brutalisé.
Une stèle fut érigée à la mémoire de ces deux victimes dont les noms sont inscrits sur le monument aux Morts de la commune. Les dons des communes et paroisses des alentours et celui de l’évêque d’Angoulême permirent de subvenir aux dépenses de reconstruction du hameau.
L’abbé Trarieux, curé de Taizé-Aizie, a laissé un récit du massacre, publié en 1945. Il évoque en ces termes la mort de Charles Jollit :
Charles Jolly, 76 ans (sic), presque infirme. Comme ses jambes lui refusaient tout service, qu’il ne pouvait s’enfuir assez vite, brutalement, croit-on, il fut repoussé à l’intérieur de sa maison en flamme. Il y sera consumé vivant. Plusieurs jours après on retrouvera l’emplacement de son corps, près de son foyer, non loin d’une fenêtre. Et quand, aussi doucement que possible, on écartera les cendres, parmi les pierres calcinées, on réunira quelques ossements que deux mains d’enfant auraient pu contenir sans peine.
Les restes de Charles Jolly, déposés dans une caissette, ont été portés à l’église pour être ensuite ensevelis dans la tombe de famille, à côté de ses parents.
Charles Jolly était un vieillard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article204014, notice JOLLIT François, Charles par Dominique Tantin, version mise en ligne le 31 mai 2018, dernière modification le 18 juin 2018.

Par Dominique Tantin

Stèle commémorative au village de l'Isle, commune de Taizé-Aizie.
Stèle commémorative au village de l’Isle, commune de Taizé-Aizie.
Crédit : MémorialGenweb

SOURCES : : Guy Hontarrède, La Charente dans la Seconde Guerre mondiale, Dictionnaire historique, Saintes, Le Croît vif, 2004, p. 264. — Témoignage de Geneviève Davoigneau sur Vrid-memorial. — Témoignages : Abbé H. Trarieux. Curé de Taizé-Aizie Imprimatur. Angoulême, le 12 Mai 1945, Jean-Baptiste Mégnin Evêque d’Angoulême ; M. Cherprenet, instituteur ; L’embuscade de l’Isle, d’après Jean Queron dans son livre : “Maquisards et Soldats” in Site internet des cyber généalogistes de Charentes –Poitou. — acte de décès communiqué par la mairie de Taizé-Aizie.

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