MAIRY Jean-Baptiste.

Par José Gotovitch

Schaerbeek (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 27 juin 1904 − 4 septembre 1975. Ouvrier bronzier, dirigeant des Jeunesses communistes, combattant des Brigades internationales en Espagne.

Descendant d’une famille de hobereaux français émigrés lors de la Révolution française, le père de Jean-Baptiste Mairy, Adelin, est un peintre en bâtiment, militant socialiste, installé à Schaerbeek, et sa mère ménagère. La famille compte quatre enfants. Pendant la Première Guerre mondiale, le père étant au Front, Mairy doit interrompre ses études après les primaires pour travailler. Il suit une formation d’apprenti bronzier aux cours du soir. Il se syndique à seize ans.

En 1924-1925, au cours de son service militaire, Jean-Baptiste Mairy entre en contact avec des communistes et participe à l’édition de La Carapate rouge, destinée au 1er Régiment des carabiniers cyclistes, caserné à Dailly, quartier de Schaerbeek.

Parti en France, en suivant sa sœur, Mairy s’y installe et adhère aux Jeunesses communistes (JC). Il représente les JC de l’Est au Congrès national de la JC française de 1926.

À son retour en Belgique, en 1926, Jean-Baptiste Mairy fonde la section des JC de Schaerbeek. Il est membre du Comité fédéral bruxellois et devient responsable national du travail « anti »-(militariste). Il intervient à la Conférence nationale de la JC d’avril 1928 comme membre du Comité Central. Il compte parmi les orateurs du Premier mai la même année.

Membre du Parti communiste belge (PCB) depuis 1928, Jean-Baptiste Mairy assiste au Congrès d’Anvers (Antwerpen, pr. et arr. Anvers) et devient secrétaire d’organisation du Brabant lors de la difficile reconstruction du PC après la scission trotskyste. En 1930, il est à nouveau en France, départ sans doute en liaison avec un mariage qui se défait.

Revenu en Belgique en 1931, Jean-Baptiste Mairy participe aux grèves de 1932. Il est délégué au Congrès antifasciste de Pleyel à Paris en 1933. Ciseleur bronzier, il travaille notamment sur le chantier du Heysel, pour l’Exposition universelle et internationale de 1935. Après un retrait volontaire des responsabilités politiques par difficulté à accepter le tournant du Front populaire, il est réélu au Comité fédéral du PC pour l’« agit-prop ». Il suit les cours de l’Université ouvrière de Bruxelles.

Après les grèves de mai-juin 1936, Jean-Baptiste Mairy est de la première « levée » de volontaires qui part en Espagne en septembre. Il passe rapidement par la base d’Albacete (pr. Albacete) et monte au front à la Cité universitaire au sein de la 12ème Brigade en qualité de mitrailleur. Il est de tous les combats du front de Madrid, participe notamment à ceux de Jarama (6-27 février 1937) et de Guadalajara (mars 1937). Il est successivement chef de section « Mitrailleurs », commissaire politique de compagnie. Il gagne ses galons de lieutenant, adjoint au commandant du Bataillon franco-belge.

Évacué car gravement malade, Jean-Baptiste Mairy rentre en Belgique en septembre 1937, encourant malgré tout une condamnation comme déserteur. Le calme lui est imposé et un modeste emploi d’employé communal à Auderghem où il réside désormais lui permet de subsister jusqu’à la mobilisation de 1939. Il est fortement éprouvé par la défaite de la République espagnole et critique durement l’indiscipline des anarchistes.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, mobilisé comme sous-officier de réserve, Jean-Baptiste Mairy est fait prisonnier. Il s’enfuit et trouve un emploi à la Protection civile. En juillet 1942, il devient vérificateur laitier après des cours suivis à la Station laitière de l’État à Gembloux (pr. et arr. Namur).

Par les liens matrimoniaux noués par sa sœur dans les milieux de la gauche sioniste, à l’Hachomer Hatzaïr, Jean-Baptiste Mairy rencontre Julia Wyszgrodska, née en Pologne en 1917. Leur fils, Jean, naît en 1943. Bien que la mère ne s’est pas inscrite au registre des Juifs et ne porte pas l’étoile, la famille s’est cependant mis à l’abri. Sa compagne et son fils étant couverts par de faux papiers, Mairy poursuit son travail officiel. Il héberge un dirigeant clandestin.
Mais au début 1944, menacés de dénonciation, Jean-Baptiste Mairy et sa famille trouvent refuge chez la grand-mère d’un ancien des Brigades internationales à Braine-le-Château, sous la protection de faux papiers octroyés par le bourgmestre résistant de Wavre (aujourd’hui pr. Brabant wallon, arr. Nivelles). La quasi-totalité de la famille de sa compagne demeurée à Anderlecht (Bruxelles) périra dans les camps.

À la Libération, Jean-Baptiste Mairy demande sa réaffiliation au Parti. Il trouve un emploi au sein de l’administration du Ravitaillement dirigée par Edgar Lalmand, puis, en 1946, au sein de celle de la Reconstruction, chez Jean Terfve*. Malgré ses compétences et la reconnaissance de son efficacité, le cabinet ne peut régulariser sa situation administrative par défaut de diplôme adéquat.

S’il retrouve activement l’Amicale des anciens des Brigades jusque dans les années 1950, Jean-Baptiste Mairy cesse ensuite tout engagement militant. Il verra sans plaisir son fils Jean rechercher d’initiative l’adresse de la JC et en devenir militant, avant de poursuivre aux Étudiants communistes de l’Université libre de Bruxelles.

Caractéristique de beaucoup de ces militants déçus, Mairy sera fort disert sur son passé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article204033, notice MAIRY Jean-Baptiste. par José Gotovitch, version mise en ligne le 1er juin 2018, dernière modification le 14 janvier 2020.

Par José Gotovitch

SOURCES : CArCoB, dossier CCP de Jean-Baptiste Mairy − Interview de Jean Mairy par José Gotovitch, avril 2018 − VAINSEL E., Les volontaires bruxellois dans les Brigades internationales durant la guerre civile espagnole (1936-1939). Les militants-soldats, de la révolte à l’engagement militaire, Mémoire de licence inédit ULB, Bruxelles, 2002.

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