ZELMANOWICZ Ruchla, Malka [née VAJENER]

Par Daniel Grason

Née le 11 mai 1909 à Zirardow en Mazovie (Pologne), rentrée de déportation en 1945  ; couturière ; communiste ; militante de la Main-d’œuvre immigrée (MOI) ; déportée à Auschwitz (Pologne) ; victime de l’antisémitisme.

Avec Abraham Widerker

Fille d’Abraham et de Huda Gurowska, Ruchla Vajener entra en France le 1er mai 1930, porteuse d’un passeport polonais. Elle épousa le 14 novembre 1931 à Paris Lévy Zelmanowicz, tailleur. Le couple habita 67 rue de l’Ourcq à Paris XIXe arrondissement. Elle quitta son domicile en juillet 1942.
Une carte d’identité à son nom valable jusqu’au 18 décembre 1942 fut découverte le 30 décembre 1942 dans le sac à main de Gitla Frenkiel. Elle était domiciliée 67 rue de l’Ourcq, au dos de sa photographie un papier manuscrit sur lequel était écrit « valider la carte- sinon faire un récépissé ».
Au cours de la filature de Wanda Aron, née Leider, des inspecteurs des Brigades spéciales constatèrent qu’elle se rendait le 12 mars 1943 vers 14 heures 50 au 22 avenue de Versailles dans le XVIe arrondissement de Paris, domicile de Ruchla Zelmanowicz. Elle en ressortait vers 16 heures 15 avec un paquet sous le bras, les policiers en déduisirent qu’elle portait des tracts.
Trois inspecteurs de la BS2 interpellèrent Ruchla Zelmanowicz le 24 mars 1943, elle vivait à cette adresse sous le nom de Debrais. Emmenée dans les locaux des Brigades spéciales, fouillée par une femme policière elle portait deux fausses cartes d’identités l’une au nom de Louise Gardette née Gonzalès, sa photographie y était apposée et portait le timbre humide du commissariat de Chatou (Seine-et-Oise, Yvelines) ; l’autre sous l’identité de Renée Lasnier, née Montserrat avec sa photographie, et portant le timbre humide du commissariat du Raincy (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis). Les policiers saisissaient un engagement de location au nom de Debrais, une lettre manuscrite adressée à la communauté juive, et une feuille dactylographiée avec des adresses.
À son domicile de l’avenue de Versailles, les policiers saisissaient une machine à ronéotyper Gestetner, et trois mille tracts portant différents titres. Des numéros de J’Accuse, « Vive l’Armée Rouge », « Aux commissaires et inspecteurs », des tracts écrits en Yiddish, Notre parole, « Mesdames les concierges », « Unissons-nous », « Aux habitants du 20e arrondissement », « Aux habitants du 4e arrondissement », Notre Voix, « Le combat médical », « Déclaration de l’Evêque de Montauban », « Le récit d’un déporté », « Chrétiens de France », « Aux Églises réformées de France », « Souscription pour les enfants Juifs », « Au Peuple de Paris ! » Etc.
Quatre cartes d’identité à son nom ayant été découverte chez une militante, Ruchla Zelmanowicz était recherchée. Elle était enregistrée au service Juif, sa carte d’identité d’étrangère avait expirée le 18 décembre 1942. Elle détenait une carte d’identité au nom de « Louise Gardette ».
Interrogée le jour même dans les locaux des Brigades spéciales, elle expliqua avoir « rencontré par hasard, dans le quartier de l’Opéra » un homme qu’elle avait connu et qui se nommait Léon Debrais. Elle accepta de tirer de tirer des tracts à son domicile de l’avenue de Versailles. Debrais lui apportait les stencils, elle éditait les tracts à cent ou deux cents exemplaires, les empaquetait. Wanda Aron fausse identité de Pola Zdziergowski transportait les paquets. Elle affirma ne pas avoir vu Debrais depuis six semaines à deux mois.
Les déclarations de Ruchla Zelmanowicz ne concordaient pas avec celles de Wanda Aron qui sous les coups avait déclaré que Debrais venait régulièrement avenue de Versailles. Ruchla Zelmanowicz a été également frappée à plusieurs reprises au cours de son interrogatoire. Elle affirma avoir acheté sa fausse carte d’identité au nom de « Louise Gardette » huit mois auparavant. Elle détenait une autre carte d’identité au nom de « Renée Lasnier » qu’elle avait acheté mille cinq cents francs.
Elle soutint ne pas savoir qui écrivit la lettre à la communauté juive, elle reconnut avoir procédé aux différents tirages, et ne connaître que Wanda Aron et Léon Debrais.
Elle parvint à écrire une lettre et à la faire parvenir à l’extérieur. Le « mardi 28 mars nous sommes restées huit jours, et le neuvième on nous a amenées au Dépôt. » Elles y restèrent trois semaines. Le samedi 17 avril, elles étaient emmenées au Fort de Romainville, puis ramenées au Dépôt faute de place. « Voilà quatre semaines que je suis arrêtée, sans linge, sans savon, sans serviette, en bref tout ce dont que j’ai besoin. ». Elle demandait que de l’aide matérielle soit envoyée aux autres détenues.
Internée au camp de Drancy, le 23 juin 1943 elle était dans le convoi n° 55 de 1018 déportés à destination d’Auschwitz, 518 déportés furent gazés dès l’arrivée, 283 hommes et 217 femmes sélectionnés subirent le même sort. Quand l’armée Soviétique libéra le camp le 27 janvier 1945, de ce convoi 72 déportés étaient vivants dont 37 femmes. Ruchla Zelmanowicz était parmi les survivantes.
Elle vécut en Argentine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article204089, notice ZELMANOWICZ Ruchla, Malka [née VAJENER] par Daniel Grason, version mise en ligne le 3 juin 2018, dernière modification le 20 septembre 2019.

Par Daniel Grason

Avec Abraham Widerker
Ruchla à Buenos-Aires vers les 55 ans.

SOURCES : Arch. PPo. 77 W 498-194048, GB 125, PCF carton 13 rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 11 janvier 1943. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Éd. Romillat, 1992. – Par-delà les barbelés, Éd. Par David Diamant, 1986. – Site internet CDJC.

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