DREVON Jean-Michel

Par Alain Dalançon

Né le 20 novembre 1948 à Lyon (IVe arr.) (Rhône) ; professeur de mathématiques ; militant syndicaliste « École émancipée » du SNES, membre de la CA et du bureau national ; membre du secrétariat national de la FSU (2001-2011), secrétaire général de l’Institut de recherches de la FSU ; militant de la LCR (1973-2007) puis du Front de gauche, militant d’AC ! d’ATTAC et de la Ligue des droits de l’Homme (LDH).

Jean-Michel Drevon
Jean-Michel Drevon
Réunion décentralisation à Tarbes en juin 2015

Jean-Michel Drevon fut élevé avec son frère cadet, Pierre, Henri, dans une famille modeste, dont les parents étaient très militants. Son père, Henri*, employé puis cadre commercial, jociste dans sa jeunesse, avait participé activement à la Résistance à partir de février 1942. Conseiller municipal communiste à Oullins (Rhône) à la Libération, il avait même été permanent du PCF jusqu’à ce qu’il en soit exclu, en raison de son désaccord avec le soutien apporté à l’intervention soviétique en Hongrie en 1956. Il était cependant resté président de la section départementale de l’ANACR (Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance) et présidait également l’association des Amis du musée de la Résistance à Lyon, devenue Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, avant son décès survenu en 2002. Sa mère, née Marie-Louise Chetaille, rédactrice à l’administration des Eaux et Forêts, était restée fervente catholique, tout en étant militante communiste à l’Union des femmes françaises ; elle aussi avait été conseillère municipale à Oullins et avait participé à la fondation en 1948 du Foyer familial et social d’Oullins, devenu centre social, ce qui lui valut d’être décorée de l’Ordre national du mérite.

Jean-Michel Drevon vécut une enfance heureuse dans cette famille militante catholique progressiste, attachée aux valeurs de justice et de solidarité avec les humbles. Il partagea la foi chrétienne de ses parents et milita aux Scouts de France jusqu’à l’âge adulte, en 1971.

Après l’école maternelle puis élémentaire communale à Oullins, il effectua toutes ses études secondaires au lycée Ampère à Lyon, dans le premier cycle, de 1958 à 1963, puis le second, de 1963 à 1967, où il passa le baccalauréat « C ». Il poursuivit ensuite des études supérieures de mathématiques à la faculté des sciences de Lyon, où il obtint licence et maîtrise et fut reçu au CAPES en 1972. Il épousa la même année à Oullins, à l’église, Josée Robert, comédienne, puis dut effectuer en 1972-1973 son service militaire dans un régiment du Train des équipages, qu’il termina au grade de maréchal des logis. Revenu à la vie civile, il commença à enseigner comme professeur certifié de mathématiques au lycée de Beaune (Côte d’Or), à la rentrée 1973, et y resta jusqu’en septembre 1975.

Cette période correspondit à un tournant dans sa vie militante. S’il avait vécu avec espoir le mouvement de mai 1968, c’était sur la base de ses engagements antérieurs ; il avait même trouvé des réponses dans les premières expressions de la « théologie de la libération » venue d’Amérique latine (Gustavo Gutierrez). Mais il confiait avoir perdu la foi à cette époque.

Il s’investit à l’ASTI (Association de solidarité avec tou-te-s les immigré-e-s) à Beaune. Adhérent au Syndicat national des enseignements du second degré, il commença à militer dans la tendance « École émancipée » en 1973 mais s’y engagea vraiment à partir du moment où il fut muté, à la rentrée 1975, au lycée Lumière à Lyon, où il effectua ensuite toute sa carrière. Il ne tarda pas à être élu secrétaire de la section d’établissement (S1) et le demeura jusqu’à la fin de son activité professionnelle. Ce fut pour lui une sorte de laboratoire de l’organisation des luttes à la base, qui restait à ses yeux « la plus grande et belle expérience de militantisme ». Il y organisa de nombreuses grèves, plusieurs occupations, au point que Daniel Bancel (recteur de l’académie de Lyon entre 1991 et 2000) l’appelait « le plus médiatique de ses enseignants ». Jean-Michel Drevon était en effet un militant convaincu, très bon orateur et débatteur, direct mais à l’écoute des autres, qui savait gérer une dynamique de groupe et qui ne laissait jamais indifférent.

Tout naturellement, il fut élu à la commission administrative de la section académique (S3) de Lyon où il s’opposa à la majorité « Unité et Action ». Il apparut pour la première fois sur la liste ÉÉ-RS (École émancipée-Rénovation syndicale) pour les élections à la CA nationale en 1977, en position de non-élu. Mais en 1979, présenté en 20e position sur la même liste, il fut élu suppléant. Il fit sa première intervention au congrès national de 1979, où il résumait quelques fondements de la plateforme de sa tendance : intégration de tous les MA, AE et PTA dans le corps des certifiés et 15 h pour tous, et « si la promotion interne n’empêche pas les luttes, elle les freine, de sorte que la revalorisation réelle pour tous ne pourra être obtenue que par la grève reconductible immédiate ».

Au congrès national de mars 1981, à Montpellier, il se montra un des adversaires les plus résolus de la modification des statuts du syndicat, accordant plus de place aux sections départementales (S2) en les faisant entrer au conseil national, ce qui augmentait considérablement la majorité U-A dans cette instance délibérative dans les intervalles des congrès. Présenté en 3e position sur la liste ÉÉ (RS avait disparu), il fut élu titulaire à la CA et au bureau national en mai 1981 et y demeura quatre ans.
L’union de la gauche, après l’élection à la présidence de la République de François Mitterrand, apparut à sa tendance comme une illusion du « changement » et un leurre qu’elle dénonça, entraînant le syndicalisme dans l’abandon revendicatif et l’attentisme coupable : « la direction du SNES n’a permis ni l’unité ni l’action du syndicat. »

Jean-Michel Drevon, qui avait adhéré à la Ligue communiste révolutionnaire en 1977, décida de s’engager un peu plus dans la lutte au service de son parti. Membre du comité central de 1979 à 1989, il se mit en demi-service pour être semi-permanent à titre bénévole, de 1982 à 1988. Il suivit l’école de la IVe Internationale à Amsterdam, avec Christophe Aguiton*, sans se définir jamais comme trotskiste mais, sous l’influence de Michel Lequenne, comme « marxiste révolutionnaire ». Il participa à la direction des tendances « TB, T3 » de la LCR, contre le « tournant ouvrier », pour une recomposition large et non délimitée stratégiquement, contre le rapprochement avec le PCI d’abord, LO (Lutte ouvrière) ensuite, avec Samuel Joshua, Adam Hélène, Olivier Martin, Jean Malifaud* et Christophe Aguiton. Il fut candidat aux élections municipales à Oullins en 1983 et aux élections législatives en 1986. Tirant le bilan de l’échec de la stratégie du « tournant », il quitta la direction de la LCR à la suite de la campagne présidentielle de Pierre Juquin en 1988, et au refus de la Ligue de poursuivre son soutien. Il resta néanmoins militant de base jusqu’à la création de la Fédération syndicale unitaire.

Le seconde période décisive de sa vie militante commença avec le processus de construction de la FSU, après l’exclusion du SNES et du SNEP de la FEN. Jean-Michel Drevon fut un des principaux militants de l’ÉÉ qui paya de sa personne pour engager la tendance dans le pari de l’édification de la nouvelle fédération à partir de 1992 dans les CLU (Comités de liaisons unitaires), puis en acceptant des responsabilités dans le cadre des nouveaux statuts à l’élaboration desquels il participa. Il s’agissait d’un véritable aggiornamento de l’ÉÉ, sinon de l’orientation, du moins de ses pratiques. Cela entraîna des débats internes très durs et une scission, les minoritaires qui refusaient cette stratégie décidant de constituer en 2002 la nouvelle tendance « Émancipation », après avoir perdu leur procès pour s’approprier le sigle et la revue École émancipée.

Avec notamment ses camarades Nicolas Béniès* au SNES ou Danielle Czalzinski* au SNUIPP, Jean Malifaud et François Castaing* au SNESup, il expérimenta une collaboration avec les dirigeants « Unité et Action ». Cela commença au SNES, où, déchargé de service à 30% de 1994 à 2000, il travailla avec Monique Vuaillat, Pierre Toussenel, François Labroille*, ce qui permit de sceller une estime réciproque. C’est surtout au plan fédéral qu’il donna toute sa mesure, déchargé de service à 70% de 2000 à 2011. Membre du CFDN et du BFN, le plus important pour lui fut son association à la direction générale de la FSU au côté de Gérard Aschieri* durant les neuf années du mandat de ce dernier comme secrétaire général.

Il fut un animateur important du comité de rédaction de POUR, de 1999 à 2011, avec Françoise Dumont*. Responsable du secteur « Service public », il travailla beaucoup sur les réformes de l’État, la décentralisation, et anima de nombreux stages dans les sections départementales de la FSU, cherchant toujours plus de synthèse fédéraliste sans laquelle il pensait qu’il ne saurait y avoir de mobilisation solide. Il s’engagea pour l’extension en 2004 de la syndicalisation de la FSU aux trois versants de la Fonction publique. Il siégea à la commission ministérielle de la réforme de l’État et estimait avoir fait un travail passionnant, notamment avec Daniel Robin*, secrétaire national puis général du SNES. Il anima aussi des collectifs divers de défense et promotion des services publics où il travailla notamment avec des militants de la CGT, comme Baptiste Talbot et Jean-Marc Canon de l’UGFF. L’objectif était de construire un cadre collectif associant réellement usagers, syndicats et partis, pour la défense et la démocratisation du service public, via la « Convergence des collectifs de défense et de développement des services publics » présidée par Bernard Defaix, puis, avec Anicet Le Pors, à travers différents appels et collectifs, « Le service public est notre richesse », les « États généraux du service public » qui conduisirent à la rédaction du « Manifeste d’Orly » adopté les 29-30 janvier 2011.

Il combattit toujours pour rééquilibrer les fonctions des instances fédérales à tous les niveaux, face au trop grand poids des syndicats nationaux. Il était d’ailleurs secrétaire de la section départementale FSU du Rhône et défendit la création en 2007 des conseils fédéraux régionaux.

Il pilota de bout en bout, au côté de Gérard Aschieri, la grève reconductible de 2003 contre le plan retraite et la décentralisation du gouvernement Raffarin, mouvement dont toutes les conséquences de l’échec ne furent pas assez mesurées selon lui. Les deux dirigeants poursuivirent en impliquant la FSU en 2005 contre la loi Fillon, et en 2006 contre le CPE (contrat première embauche), mouvement qui cette fois-ci fut victorieux. Jean-Michel Drevon était de fait devenu secrétaire général adjoint, titre qui lui fut refusé, ce qui lui laissa un peu d’amertume.

Résolument altermondialiste, il participa à la création d’ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) dont plusieurs syndicats nationaux de la FSU furent fondateurs et il représenta la fédération aux « altersommets » de Florence, Londres, Paris et Athènes.

Si politiquement il n’avait plus de responsabilité depuis qu’il s’était engagé dans la construction de la FSU, il restait adhérent de la LCR mais il refusa catégoriquement la création du NPA en 2007. En revanche, il participa activement en 1993-1994 à la création d’AC ! (Agir ensemble contre le chômage) avec Christophe Aguiton et Claire Villiers*. Il adhéra au Front de gauche – via la Gauche unitaire – dès la campagne des élections européennes de 2009.

Retraité depuis 2011, il n’en restait pas moins très actif. Il était secrétaire général de l’Institut de recherches de la FSU auprès d’Evelyne Rognon, présidente, et allait animer des stages de formation syndicale un peu partout dans les sections FSU. Il continuait d’exercer cette responsabilité auprès de Paul Devin, et joua un rôle important dans l’écriture du tome 2 de l’Histoire de la FSU. Dans la Cour des grands paru en 2019 et dans l’organisation du colloque, "Le syndicalisme au défi du 21e siècle" qui suivit, organisé en juin 2021, dans la perspectives de tenir des États généraux du syndicalisme.

Il était toujours membre d’ATTAC, ainsi que de la LDH. Il participa à la création en 2013 d’ « Ensemble, mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire » et restait militant du Front de gauche. À ce titre il s’investit dans toutes les campagnes électorales des années 2010 : municipales, régionales, législatives, dans la Sarthe d’abord, puis en Seine-Maritime. Au début des années 2020, il était très investi à Rouen, dans Alternatiba, mouvement citoyen pour le climat et la justice sociale.

Divorcé de Josée Robert en 1990, remarié avec Marie-Ange Rozada en 2006, dont il avait divorcé en 2016, il vivait avec sa nouvelle compagne, Dominique Fillère, au Mans puis à Saint-Etienne-du Rouvray, où cette dernière prit sa retraite de directrice générale des services de la municipalité en juin 2022.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article204236, notice DREVON Jean-Michel par Alain Dalançon, version mise en ligne le 11 juin 2018, dernière modification le 3 juin 2022.

Par Alain Dalançon

Jean-Michel Drevon
Jean-Michel Drevon
Réunion décentralisation à Tarbes en juin 2015
Bureau national du SNES, août 1983
Les 3 auteurs du tome 2 de l'Histoire de la FSU
Les 3 auteurs du tome 2 de l’Histoire de la FSU
Jean-Michel Drevon, Josiane Dragoni, Alain Dalançon

ŒUVRE : Avec Alain Dalançon et Josiane Dragoni (coord.), Histoire de la FSU, tome 2, Dans la cour des grands, préface de Sophie Béroud, Syllepse, 2019. — (Coord.), Le syndicalisme au défi du 21e siècle, Syllepse, 2021.

SOURCES : Arch. IRHSES (Congrès, CA, création de la FSU, L’Université syndicaliste, L’Ecole émancipée). — Arch. FSU. — http://fede69.centres-sociaux.fr/files/2017/06/histoire-origines-centres-sociaux-federation-rhone.pdf — Renseignements fournis par l’intéressé.

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