DUMONT René, Pierre, Marius [Pseudonymes dans la Résistance : Valentin, dit Tintin]

Par Eric Panthou

Né le 29 juillet 1924 à Thiers (Puy-de-Dôme), mort le 9 juin 2015 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; ouvrier métallurgiste puis journaliste ; Résistant au sein des Forces Unies de la Jeunesse Patriotique (FUJP) puis des Francs-Tireurs et Partisans (FTP) ; membre du Bureau fédéral du Parti communiste (PCF) du Puy-de-Dôme, membre des Refondateurs, conseiller municipal de Thiers.

Fils de Pierre, née le 21 juin 1901, et de Françoise, née Pacaud, le 24 septembre 1900, bouchers, René Dumont est issu du côté de ses grands-parents maternels d’une famille de couteliers. La famille était laïque mais les enfants firent leur communion.
Il fut d’abord ouvrier métallurgiste, coutelier à Thiers.
Il s’est marié à Thiers avec Yvette Bigay le 20 octobre 1946 à Thiers et il eut une fille et un fils.

Son engagement politique et dans la Résistance est venu de son amitié avec Alain Joubert, fils d’un docteur conseiller municipal à Thiers mais aussi président des Amis de l’Union Soviétique. C’est aux côtés de son ami et de son père, Camille Joubert, que René Dumont va parfaire son éducation politique. Dès l’automne 1942, il s’engagea aux côtés d’Alain Joubert en participant à la distribution de tracts du Parti Communiste et des Jeunesses Communistes et fait quelques transports de paquets dont il ne savait rien.
Début janvier 1943, Alain Joubert, alors près de faire sa rentrée en Bac philo, décida d’entrer dans la clandestinité et fuir Thiers. Il confie à son ami René Dumont la tâche de le remplacer à la tête des FUJP (Forces Unies de la Jeunesse Patriotique) et lui donne l’objectif de recruter des jeunes aux Jeunes Communistes et chez les FTPF. Il l’envoie auprès de Raymond Thuel et Francine Trioullier pour recevoir les consignes.
En avril, rendant visite aux parents de son ami Alain, assignés à résidence à Joze (Puy-de-Dôme), il retrouve Alain et passe huit jours à écouter le récit des actions menées par les FTP dans le maquis.
René Dumont déclare alors avoir avancé dans la constitution d’un groupe de FTP à Thiers, un trio qu’il nomme “les trois mousquetaires”. Et finalement, il parvint avec le concours de Raymond Thuel et Francine Trioullier à monter une section clandestine des JC à Thiers et un groupe des FUJP dont aucun collégien n’était membres.
Le 14 septembre 1943, le responsable clandestin du Puy-de-Dôme lui fixe un rendez-vous avec un cadre de l’inter-région des JC, le dénommé Yves, un ouvrier viticole originaire du Midi. C’est un véritable cours qui est fait à René Dumont au cours de ce long échange, abordant les questions liées au patriotisme, l’Union soviétique, le marxisme, Lénine, etc.
Repéré pour ses activités clandestines, on lui annonce que la direction a décidé de lui confier une responsabilité importante mais il faut d’abord qu’il s’engage à accepter de partir pour l’illégalité et quitter le Puy-de-Dôme, renonçant à entrer en contact avec les siens. Il accepte et il décide alors de prendre comme pseudonyme le nom d’un instituteur qu’il connaissait : Valentin, bientôt appelé Tintin.

Il laisse sa sœur cadette, Marguerite Arlaud prendre la relève. Dans l’Allier, il est envoyé à Montluçon, ville qu’il ne connaît pas, pour créer les FUJP dans le département et dans le Cher pour ce qui concerne le secteur de Saint-Amand-Montrond. Il en devient responsable, doté de vrais-faux papiers et d’une nouvelle identité. Il est alors hébergé dans une cité ouvrière dans la famille d’un jeune du groupe. Il reçoit ensuite un pécule d’environ 1000 francs par mois lui permettant tout juste de se nourrir, de se loger et de se déplacer. Il conserva sa chambre jusqu’à la Libération, sans être inquiété. Rapidement, avec le groupe des JC, il crée fin 1943 le journal Jeune Combattant Bourbonnais. Il doit faire des tournées dans le reste du département, en vélo, train ou autobus, pour rejoindre Gannat, Vichy ou Moulins, des villes particulièrement surveillées.

La lutte contre le STO a été l’objectif principal auprès des jeunes des Chantiers de Jeunesse, implantés notamment dans l’important camp de la forêt de Tronçais.

Le 14 août 1944, le massacre de 42 résistants tirés de la prison de Montluçon accélère les préparatifs de libération de la ville par l’état-major FFI. René Dumont fait la tournée des groupes des FUJP à Montluçon et dans le département pour accélérer le recrutement de jeunes FTP. Le 20 août, le Comité de Libération s’installe à Montluçon mais les troupes allemandes refusent de se rendre. René Dumont rejoint le Comité aux côtés des responsables du front National, des FTP et des Milices Patriotiques. On lui donne alors l’ordre de ne “pas monter au feu”. C’est en voulant rentrer se coucher qu’il est arrêté dans la rue là où un accrochage est en cours entre FTP et troupes allemandes. Avec deux compagnons, il reste plusieurs heures prisonniers dans la rue, sous la menace des tirs. Il réussit finalement à se sauver en emmenant une femme et un enfant blessés à l’hôpital.
Peu après, il touche une carabine américaine reçue par les FTP et participa en tant que FTP aux combats pour la Libération de Montluçon qui survient le 25 août.

Il participa aux combats pour la Libération de Montluçon et quelques jours avant il avait été désigné pour siéger à l’État-Major des FFI sous la direction du Colonel Franck. Trois jours après la Libération, il prononça une courte allocution au nom de la jeunesse dans le premier grand meeting rassemblant des milliers de personnes.

Après la Libération, les représentants des FUJP siégeaient traditionnellement dans les comités départementaux de Libération, mais dans l’Allier, le socialiste Georges Rougeron, a obtenu qu’ils ne siègent ici qu’à titre consultatif, si bien que René Dumont n’a jamais eu le droit de prendre la parole durant les trois mois où il a assisté aux réunions à Moulins.

Bien qu’ayant demandé à plusieurs reprises de se démettre de ses responsabilités pour s’engager et suivre une école des cadres, la direction des JC lui refuse et il resta en poste à Montluçon jusqu’au 31 décembre 1944. Il participe alors avec les FUJP à des actions de service civique, d’aide à la jeunesse et d’insertion sociale alors que la guerre se poursuivait.
Durant toute cette période à Montluçon sous la clandestinité, il rendait compte au responsable de la zone sud, par l’intermédiaire de “Normand”, l’inter-régional, venu de la région de Marseille.
Il était en contact très régulier avec le commandant aux effectifs des FTPF, Adrien Legay dit Maurice, et avec le responsable départemental du Front national.
Après la guerre, il multiplia les expériences professionnelles. En 1947 et 1948 il travailla dans l’aviation civile en Algérie et adhéra et milita ardemment au Parti communiste algérien (PCA). Puis il vécut à Vichy comme agent général d’assurance puis entra au quotidien régional contrôlé par le PCF, « L’Echo du Centre », à Limoges (Haute-Vienne). Succédant à son ami Marcel Rigout, il en devint le directeur de 1965 à 1984.
Puis, après sa retraite il s’est installé à Grasse (Alpes-Maritimes) où il a créé une mutuelle d’assurance - puis à Saint-Cyr-les-Lecques avant de revenir à Limoges six ans après, pour raisons de santé. Il revint après le milieu des années 1990 s’installer à Thiers.

Il avait adhéré au PCF en 1943. Il fit l’école centrale du Parti pendant 4 mois à Viroflay. Il entre au comité fédéral du PCF du Puy-de-Dôme à la VIe Conférence du Parti, en février 1950. Il a été conseiller municipal de Thiers après-guerre. Il quitta le bureau en février 1953, restant membre du Comité et ne fut pas renouvelé en 1956 puisque entre temps il avait quitté le département. C’est cette même année, avant son départ, qu’il s’exprima en interne sur le rapport Khrouchtchev et critiqua donc le Stalinisme. Cette prise de distance lui permit sans doute d’être plus tard un témoin précieux et lucide sur la réalité de la situation interne du PCF dans le Puy-de-Dôme et la Résistance. Avec d’autres ils avaient demandé que les choses changent. Sans être exclu comme ont pu l’être certains pour leurs critiques, René Dumont fut mis de côté. Il ne put intégrer un bureau fédéral du Parti avant 10 ans.
En 1985, il vota contre les textes soumis par la direction dans le cadre du XXVème congrès national du PCF. 80% des adhérents de sa cellule en firent de même. Il écrivit plus tard que les pressions en tout genre qui s’exercèrent alors sur lui ne le firent pas changer d’avis.
Il appartint plus tard au mouvement des Refondateurs, né en 1989 et qui se développé notamment à partir de 1991.
Il écrivit à plusieurs reprises "par la voie hiérarchique" au secrétaire général du Parti à l’époque, Georges Marchais, ne recevant pas de réponse. Il réitéra sa démarche en 1990, mais cette fois directement. Dans cette lettre, adressée aussi à sa famille et ses proches, il constate qu’en juillet 1990, il n’a toujours pas reçu sa carte du Parti bien que la fédération de la Haute-Vienne sache qu’il est revenu dans le département et malgré ses démarches auprès du secrétaire départemental du Parti. Il constate donc qu’il vivra le XXVIIème Congrés de l’extérieur puisque plus membre du Parti sans avoir démissionné ni en avoir été exclu. Il déclare au final que dans sa tête comme dans son cœur il ne se sent pas coupable et reste "passionné des changements nécessaires qui se feront malgré tout".

Grâce à son expérience de journaliste et d’ancien résistant, il s’attacha à étudier la période de l’Occupation et les activités de la Résistance dans la région thiernoise, notamment en créant le Cercle d’études Deuxième Guerre mondiale sur Thiers et sa région, en février 1999. Il pouvait s’appuyer pour cela sur les notes prises à chaud au moment des événements, dès 1940 jusqu’à 1944, et sur les lettres conservées par sa famille.
Soucieux de la transmission aux générations futures, René Dumont crée aussi l’association Mémorial en Livradois-Forez en 2004.
Il s’attacha ainsi à écrire de nombreux articles dans le Bulletin du Cercle, mais aussi un livre paru en 1998 consacré au résistant thiernois Jean Egal, mort en déportation. Il a à la fin de sa vie rédigé un document de près de 300 pages intitulé
« L’engagement », non édité, disponible aux archives municipales de Thiers. Il évoque la Résistance à Thiers à travers ses souvenirs mais aussi d’importantes recherches.
René Dumont est resté jusqu’au bout président du Cercle d’études. Militant infatigable, il disait souvent que « recueillir et transmettre la mémoire n’est pas un rituel, pas plus qu’un combat, c’est une démarche d’éducation et de paix ». En août 2014 pour le 70 e anniversaire de la Libération de Thiers, il avait reçu les médailles de la Ville de Thiers et de l’Assemblée nationale des mains de Claude Nowotny et André Chassaigne. Ce n’est qu’après avoir rencontré par hasard l’un de ses camarades dans les rues de Vichy en 1955, qu’il se soucia de constituer un dossier pour être reconnu Combattant Volontaire de la Résistance.
Sa nièce, Dominique Leray-Arlaud, présidente de l’ANACR de Thiers, classe actuellement le fonds documentaire légué par René Dumont. C’est elle qu’il sollicita en 2002 quand elle revint habiter dans la région pour s’occuper du Cercle d’études.
Dans les dernières années de sa vie, il s’était retiré à Cusset (Allier) mais continuait de participer aux actions servant à la mémoire de la Résistance à Thiers. Il resta toute sa vie un homme engagé, se souciant encore à la veille de sa mort que son livre sur témoignage sur la résistance soit lu par ses camarades.
La mère de René, Thérèse Dumont-Paccaud, fut la première femme à siéger au conseil municipal de Thiers.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article205171, notice DUMONT René, Pierre, Marius [Pseudonymes dans la Résistance : Valentin, dit Tintin] par Eric Panthou, version mise en ligne le 19 juillet 2018, dernière modification le 6 septembre 2020.

Par Eric Panthou

René Dumont, Jean Egal : mémoire oubliée, Naves, éditions Coralli, 1998.
René Dumont, L’engagement 1914\1918-1939\1945, des hommes dans la tourmente (manuscrit inédit)

SOURCES : Serge Combret, J’écris ton nom Résistance, de ma France à mon Auvergne : 1940-1944, Clermont-Ferrand, Française d’édition et d’imprimerie, 1994.— "La belle figure de la Résistance : René Dumont, alias Valentin", in Pierre Louty, Histoires tragiques du maquis, Neuvic-Entier, éd. La Veytizou, 2011.— La Montagne, édition Thiers, 25/01/2016.— Nécrologie de René Dumont, La Montagne, édition Clermont Volcans, 11 juin 2015.— Nécrologie de René Dumont, La Gazette de Thiers et d’Ambert, jeudi 18 juin 2015.— Entretien téléphonique avec sa sœur, Marguerite Arlaud 10 avril 2018. — Lettre de René Dumont à Georges Marchais, 30 juillet 1990. Archives privée Guy Pailler .— Attestation de Résistant pour René Dumont, signée Jean Favre, dit Vallat.— Courriels de sa nièce Dominique Leray-Arlaud à Eric Panthou, le 19 juillet 2018 et 7 janvier 2019 .— généanet .— état-civil Thiers

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