BIELAK Raymond [parfois écrit BIELACK ou BIELECK]

Par André Balent

Né le 22 juillet 1920 à Sinowra ( ?) (Pologne), exécuté sommairement le 20 août 1944 à Pezens (Aude) ; résistant de Saverdun (Ariège)

Raymond Bielak (1920-1944)
Raymond Bielak (1920-1944)
Arch. Dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla, Raymond Bielak, à gauche.

Originaire de Pologne, Bielak (ou Bieleck) vivait à Saverdun, bourgade du nord-est de l’Ariège. En 1944, il participa à la Résistance. Le gendarme Armand Saint-Martin, de la brigade de Saverdun, contribua à structurer les maquis de région de Saverdun en 1944. Lui-même appartenait au Corps franc Pommiès (CFP), formation de l’ORA, alors que les MUR et l’AS étaient déjà implantées localement. Saint-Martin, passé à la clandestinité le 9 juin 1944 avec les autres gendarmes de la brigade, avait pris en main les réfractaires au STO regroupés dans les bois d’une commune voisine, Canté (Ariège). Mais ce maquis avait bientôt dû se scinder car la Milice et la Sipo-SD étaient au courant de sa localisation. Un petit groupe était parti à Justiniac avec Saint-Martin. Mais certains maquisards avaient rejoint les FTPF à Vira (Ariège) et d’autres un maquis de l’AS (Armée secrète) des environs. Ce fut, semble-t-il le cas de Bielak et celui d’un autre gendarme de la brigade de Saverdun, Marius Paillole, par ailleurs membre du CFP.

Le 17 août 1944, le général Blaskowitz, chef du groupe d’armées G donna l’ordre du repli des forces allemandes vers la vallée du Rhône. Les Allemands entamèrent leur repli harcelés par les maquis. Mais, paradoxalement, l’est du département fut libéré avant sa partie occidentales, le Couserans. Le 18 août 1944, Pamiers avait été libéré et les FTPF occupaient la ville. Foix fut libérée dès le 19 août par les guérilleros de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles et le commando de Marcel Bigeard. Toutefois, plus à l’ouest, Saint-Girons ne fut libérée que le 21 août. l’Ost Legion (Tukestanais) en provenance du Couserans fut retardée par les FTPF et l’AGE et détruisit Rimont (Ariège) en représailles (Voir Rimont (21 août 1944)). Elle fut contrainte à la capitulation le 22 août à Castelnau-Durban par les forces de divers maquis FTPF aidés par l’AGE.

C’est dans le contexte confus du retrait des Allemands qu’un groupe de résistants — dont Raymond Bielak — de Saverdun, situé sur les rives de l’Ariège, en aval de Pamiers libérée la veille. Cinq hommes — Raymond Bielak, le gendarme Marius Paillole, Antoine Belbèze, Émile Bousquié cafetier du Vernet (en contact, par ailleurs, avec les FTPF), un jeune, originaire, semble-t-il, d’Albi (Tarn) — décidèrent d’aller réquisitionner le camion d’un marchand de bois du Vernet, au sud de Saverdun sur la route de Pamiers. Il s’y rendirent avec une automobile arborant les couleurs des FFI. Ils se trouvaient dans la cour du marchand de bois, lors qu’un camion allemand isolé, circulant sur la RN 20, vers le nord aperçut la voiture clairement identifiée comme étant occupée par des résistants. Les Allemands s’arrêtèrent, bouclèrent la cour et les bureaux de l’établissement où Bousquié et Belbèze qui y étaient été entrés eurent le réflexe de faire disparaître leurs brassards de FFI et purent se faire passer pour des employés de l’entreprise. Bielack, Paillole et le jeune Albigeois furent arrêtés et embarqués dans le camion. Les Allemands poursuivirent leur route vers l’est et, le lendemain, ils se dirigeaient vers Carcassonne (Aude) en suivant la RN 113 (actuelle RD 6113). Sur le territoire de Pezens, commune limitrophe de Carcassonne, Bielak et Paillole furent fusillés près d’un bois à proximité de la route. L’autre jeune maquisard eut le temps de s’enfuir à travers les vignes alors qu’il descendait du camion. De retour à Saverdun dès le lendemain, il expliqua les circonstances de l’exécution de Bielak et de Paillole à Pezens.

L’ état civil de Pezens enregistra d’abord le décès d’un "inconnu", "tué par fusillade" sur le registre de l’état civil de la commune ; Il était indiqué qu’il s’agissait d’un homme de "30 ans environ", de 1, 65 m "aux cheveux châtain clair" ondulés vêtu "d’un pantalon noir, d’une chemise kaki, de chaussures de ville basses, couleur acajou". Une mention fut ajoutée le 27 novembre1944 en marge de l’acte de décès en application d’un jugement du tribunal civil de Carcassonne (Aude) rendu le 27 octobre 1944 qui établissait l’identité de l’inconnu ;

Bielack fut enterré à Saverdun dans un carré réservé à des résistants de la localité morts en juin et en août 1944. Un monument sur lequel son nom figure fut érigé à proximité des tombes (Voir : Justiniac, 26 juin 1944). Le nom de Raymond Bielack figure aussi sur le monument aux morts de Saverdun. Bielak fut déclaré « mort pour la France ». Cette mention sur l’acte de décès de l’état civil de Pezens sur avis du ministère des Anciens combattants daté du 29 juillet 1949.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article205237, notice BIELAK Raymond [parfois écrit BIELACK ou BIELECK] par André Balent, version mise en ligne le 23 juillet 2018, dernière modification le 1er juillet 2019.

Par André Balent

Raymond Bielak (1920-1944)
Raymond Bielak (1920-1944)
Arch. Dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla, Raymond Bielak, à gauche.
Raymond Bielak (1920-1944)
Raymond Bielak (1920-1944)
Arch. dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla. Détail du cliché précédent.

SOURCES : Arch. com. Pezens, état civil, acte de décès d’un "inconnu" et mentions marginales parmi les quelles celle établissant son identité. — Patrick Roques, « Monument aux morts et cinq tombeaux de la guerre de 1939-1945 », http://patrimoines.midipyrenees.fr/fileadmin. Midi-Pyrénées. Direction de la Culture et de l’Audiovisuel, service Connaissance du Patrimoine, 2012, PDF en ligne consulté le 19 juillet 2018. — Site Patrimoine Occitanie : patrimoines.laregion.fr consulté les 20 et 21 juillet 2018, notices des monuments du cimetière de Saverdun. — Site MemorialGenWeb, consulté les 19 et 20 juillet 2018. — Site http://www2.ac-toulouse.fr/eco-cycle3-saverdun/dossiers/resistance/resistance1.htm. consulté les 19 et 20 juillet 2018.

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