LE GUYADER Marie, Alexandrine épouse TILLY "nitron ar Botlézan"

Par Alain Prigent, Serge Tilly

Née le 18 mai 1896 à Bégard (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor) ; arrêtée le 29 septembre 1941 à son domicile ; morte au camp de concentration de Mauthausen (Autriche) le 5 avril 1945 ; rebouteuse ; demeurait à Botlézan en Bégard.

Fille d’Yves Marie Le Guyader, laboureur et de Marie Yvonne Connan, ménagère, épousa François Marie Tilly le 29 janvier 1918 à Bégard. Le couple eut deux filles Joséphine et Yvonne.
Plus connue sous le prénom d’Alexandrine, elle fut avant guerre une femme connue de tout le monde du Trégor et de l’Argoat, on l’appelait " Nitron ar Botlézan " se traduisant en français " la dame de Botlézan ", on fit appel à ses services pour les bobos les plus divers, manipulant et soulageant les personnes, mais également les animaux, exerçant sa profession les jours de marché à Lannion (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor).
Elle eut comme patients le Comte Anatole Rogon de Carcaradec grand propriétaire terrien et grand amateur de chevaux qui habitait dans un château à Buhulien (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor), plusieurs fois elle soigna ses chevaux, mais également chez Madame Mond, qui se maria avec le roi du nickel Sir Robert Mond qui habitait dans le château de Coat-Noz en Loc-Envel (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor).
Dès l’arrivée de l’armée d’occupation allemande en juin 1940 ayant perdu son fiancé et ses deux frères à la guerre de 1914-1918, elle n’eut qu’une idée en tête : faire tout pour chasser l’occupant, résister dès que l’occasion se présentera, ce qui ne tardera pas à se produire.
Deux affaires bouleversèrent la vie de la famille Tilly.
En juin 1940, deux soldats anglais Harry Pool et Donald Campbell, n’ayant pu être évacués du Réduit Breton vers l’Angleterre avant l’arrivée des Allemands furent recueillis par les familles Le Gac et Le Cozannet, cultivateurs à Langoat (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor).
Le 29 septembre 1941, un avion anglais le « Bristal Blenheim » en détresse fit un atterrissage forcé sur la plage de Saint-Efflam en Saint-Michel-en-Grèves (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor), l’équipage se cacha dans une cabine de plage, les trois aviateurs : Francis Reece, 23 ans, Néo-zélandais, James Appleyard, 28 ans, Canadien, Henry Smythe, 25 ans, Irlandais, échappèrent aux recherches des autorités d’occupation, ils furent recueillis et mis en sécurité par les familles de Saint-Laurent et Le Duc de Saint-Efflam en Saint-Michel-en-Grèves.
Possédant une voiture pour exercer sa profession, Madame Alexandrine Tilly, aidée de ses deux filles Yvonne et Joséphine, participèrent dans un réseau d’évasion d’aviateurs alliés " la bande à Sidonie " à la mise en sécurité, l’hébergement et le transfert des aviateurs et soldats avant leur évacuation vers Nantes dans le but de rejoindre l’Angleterre.
Suite à une série d’arrestations à Nantes (Loire-Inférieure ; Loire-Atlantique) et à des maladresses de la part des militaires alliés qui furent arrêtés à Nantes, porteurs de photos prises dans le Trégor. Le 5 mars 1942, entre 7h et 8h, deux membres de la police civile allemande et un militaire allemand procédèrent à l’arrestation de Madame Alexandrine Tilly et de sa fille Yvonne au domicile familial de Botlézan en Bégard elles furent accusées " d’être venues en aide à des aviateurs alliés ", accusation punie par la peine de mort. Elles furent conduites à Guingamp (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor), puis à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor) et enfin à celle de La Santé à Paris en attente d’être jugées.
S’en suivirent une série d’arrestations, une vingtaine dans le Trégor à Bégard, Cavan, Saint-Efllam, Langoat, La Roche-Derrien, Paimpol, Kérity (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor).
Joséphine sa fille " Fifine ", échappa à l’arrestation étant à cette époque en stage de formation d’infirmière à l’hôpital Cochin à Paris (Seine).
Quelques jours plus tard, Maître Gabriel Gamblin, avocat au barreau de Dunkerque (Nord), qui suite à la destruction de cette ville en juin 1940 vint se réfugier à Saint-Brieuc. Il fut accrédité par les autorités d’occupation pour défendre les détenus politiques. Il avait ses entrées à la préfecture au service judiciaire.
D’après le témoignage de François Tilly l’époux d’Alexandrine : " Maître Gabriel Gamblin entra en contact avec moi pour me proposer d’assurer la défense de mon épouse et de ma fille Yvonne. Vers le 15 mars 1942, je me suis déplacé à Saint-Brieuc le voir. Quatre jours plus tard, je reçus une lettre de Maître Gamblin m’expliquant qu’il allait se déplacer à Paris pour appuyer le dossier, il me réclama la somme de quatre mille francs que j’envoyais immédiatement " (salaire mensuel d’un ouvrier à l’époque 800 francs). " Maître Gamblin savait pertinemment qu’il ne pouvait rien faire ".
D’après le témoignage d’Yvonne Tilly la fille d’Alexandrine : " l’avocat allemand commis pour ma défense et celle de ma mère me déclara que Maître Gamblin lui aurait écrit pour confirmer qu’il viendrait me voir, il ne vint jamais me voir à la maison d’arrêt de La Santé. L’avocat allemand ne reçu de Maître Gamblin aucun élément utile au dossier ».
Du 27 juin au 17 juillet 1942, devant le tribunal militaire allemand du Gross Paris, à Hôtel Continental 11 rue Boissy-d’Anglas Paris 8ème eut lieu le procès des personnes originaires de Bretagne impliqués dans cette affaire
Défendues par des avocats allemands. En aucun cas les avocats français furent autorisés à assurer la défense de détenus devant les tribunaux militaires allemands. Ce fut un des plus grands procès impliquant une dizaine d’autres personnes de la région de Nantes ayant apporté leur aide aux militaires alliés ayant transité par le Trégor.
 Joséphine la fille d’Alexandrine ira à Paris pour tenter de voir sa mère et sa sœur mais en vain, elle ne put pénétrer dans le tribunal, l’avocat Maître Gamblin ne sera bien sur pas présent malgré qu’il empocha tout de même la somme de 4000 francs que lui fut remis de main à main par Joséphine Tilly.
Ouest-Eclair seul journal autorisé à paraître par les autorités d’occupation en date du 13 et 14 juillet 1942 titrait à sa une : " Trente bretons comparaissent devant le tribunal militaire allemand pour avoir héberger des aviateurs anglais ".
Après jugement Madame Alexandrine Tilly fut condamnée à 5 ans de réclusion en Allemagne, sa fille Yvonne fut condamnée à 12 mois de prison, n’effectuant que 10 mois de cette peine à la prison des Hauts-Clos de Troyes.
Madame Alexandrine Tilly fut transférée le 9 janvier 1943 en partance pour l’Allemagne, classée « NN », « Nacht und Nebel », « Nuit et Brouillard », c’est à dire appelée à disparaître, elle fut emprisonnée successivement dans les prisons d’Aix-la-Chapelle et de Breslau (Allemagne) avant de rejoindre le camp de concentration de Ravensbrück en Allemagne, enregistrée sous le matricule 78257. Elle aidera par ses massages à soulager de nombreuses déportées.
Devant l’avancée des Alliés le camp est évacué en direction de Mauthausen (Autriche). Elle y décédera le 5 avril 1945 à 49 ans, quelques jours avant la Libération du camp.
Son nom figure sur La plaque d’Alexandrine Le Guyader, Botlézan en Bégard, plaque mise en place par l’ANACR sur la maison de la famille TILLY où furent arrêtées Madame Alexandrine TILLY et sa fille Yvonne à Botlézan en Bégard, la rue d’accès à la maison porte également son nom.
Joséphine Tilly sa fille cadette entra dans la Résistance FTP, après la Libération du département elle se joignit à ses camarades pour aller contenir les troupes allemandes sur le Front de Lorient comme responsable sanitaire au sein du bataillon " Le Du ".
Le 3 juin 1946 elle épousa à Bégard Pierre Le Manach à son retour d’Allemagne ou il fut emprisonné durant toute l’occupation dans une forteresse.
François le mari de Madame Alexandrine Tilly ne supporta pas la disparition de son épouse, il en mourra de chagrin.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article205375, notice LE GUYADER Marie, Alexandrine épouse TILLY "nitron ar Botlézan" par Alain Prigent, Serge Tilly, version mise en ligne le 29 juillet 2018, dernière modification le 25 juin 2021.

Par Alain Prigent, Serge Tilly

SOURCES : Arch. Dép. Côtes d’Armor, 2W236. – Archives de l’ANACR. – Alain Prigent et Serge Tilly, L’occupation allemande dans les Côtes-du-Nord (1940-1944), Les Lieux de Mémoire, Cahiers de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord, n° 10 (2004) et n° 11 (2005).

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