CONTE Henri, Gui, Raymond

Par André Balent

Né le 25 avril 1930 à Latour-de-France (Pyrénées-Orientales), mort le 12 novembre 2010 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; viticulteur, inspecteur de la Caisse nationale du crédit agricole (1956-1957), attaché permanent au groupement interprofessionnel des VDN (1957-1971) ; gérant de la SCA de vinification du roc de l’Abeille ; gérant de carrières à Espira-de-l’Agly (Pyrénées-Orientales) et Latour-de-Carol (Pyrénées-Orientales) ; militant du Parti socialiste SFIO (secrétaire fédéral des Pyrénées-Orientales), puis du Parti socialiste ; conseiller général de Vinça (1958-1964) ; maire de Latour-de-France (1959-1971) ; adjoint au maire de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) de 1979 à 1995.

Le père d’Henri Conte était un petit viticulteur de Latour-de-France. Bon élève, remarqué par ses instituteurs, Henri put obtenir une bourse qui lui permit d’accéder à l’enseignement secondaire, au collège (lycée d’État François-Arago en 1945) de Perpignan. Diplômé de l’Institut des sciences politiques de Toulouse (Haute-Garonne), il obtint une licence en droit. Il essaya, en vain, de se présenter au concours de l’ENA.
Il adhéra à la SFIO dès 1945, à l’âge de 15 ans. Ce fut lors d’une tournée de propagande politique qu’Arthur Conte*, de passage à Latour-de-France, le remarqua (il occupait alors le poste de secrétaire des JS locales). Arthur Conte le prit sous sa protection et fut son correspondant alors qu’il était pensionnaire au lycée de Perpignan.
Henri Conte se maria en 1954 avec Fernande Baret, originaire du Tarn-et-Garonne, dont il eut deux enfants : une fille et un garçon.
Après son service militaire à Paris au ministère de l’Air (1955-1956), il fut chef de cabinet de celui qu’il qualifie lui-même de « père spirituel » lorsque celui-ci fut secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie dans le cabinet de Maurice Bourgès-Maunoury (13 juin-6 novembre 1957).
Sa carrière professionnelle l’amena à résider dans les Pyrénées-Orientales jusqu’en 1971. Il milita alors assidûment à la SFIO, dans le sillage de son mentor. Il garda toutefois son indépendance de jugement et ne suivit pas aveuglément, en dépit des liens d’amitié qui le liaient au maire de Salses, la trajectoire politique de ce dernier. Dès 1954, il s’opposa à Arthur Conte, hostile à la CED. « Européen » convaincu, Henri Conte était partisan de l’armée européenne. En 1968, lors qu’Arthur Conte se rapprocha définitivement du gaullisme, Henri Conte demeura fidèle au socialisme, même s’il put avoir quelques divergences momentanées avec le parti.
En 1959, il était secrétaire de la section socialiste SFIO de Perpignan (il l’était encore en 1965) et, dans les péripéties qui accompagnèrent les élections municipales dans cette ville, il demanda et obtint l’exclusion de Léon-Jean Grégory*, maire de Thuir et candidat à Perpignan contre Paul Alduy*, et celle de Félix Depardon*, maire SFIO sortant, allié au PCF, au PSA et à l’UGS. Peu après, ce fut la fédération départementale qui fut dissoute. Henri Conte fut, à la même époque, secrétaire fédéral. En 1960, il fut délégué au congrès national de la SFIO. Dans un premier temps, il fut hostile à la démarche unitaire qui se développa autour de la candidature de François Mitterrand aux élections présidentielles de 1965. Aux élections législatives de 1967, il refusa le soutien de la FGDS car, favorable à la constitution d’un grand « parti travailliste », il refusait l’« alliance privilégiée » avec le Parti communiste.
Henri Conte fut le candidat du Parti socialiste SFIO dans le canton de Vinça lors du renouvellement partiel des conseils généraux, les 20 et 27 avril 1958 (son mentor Arthur Conte était le conseiller général du canton de Latour-de-France et ce siège lui était donc inaccessible). Il était opposé à l’adjoint radical d’Ille-sur-Têt, Jean Gallia (le maire d’Ille, Jean Pons, socialiste indépendant, compromis dans la vente frauduleuse de fresques romanes, ne sollicitait pas le renouvellement de son mandat de conseiller général), au maire de Bouleternère, Jean Gaspard (Union progressiste) et au cheminot communiste Jean Igonet*. Au second tour, Conte l’emporta sur Igonet (2 373 voix contre 2 117). Aux élections de 1964, il fut battu par la candidate communiste, maire d’Ille, Lucette Justafré*. Il avait préféré se présenter dans le canton qu’il avait représenté pendant un mandat plutôt que dans celui de Latour-de-France qu’Arthur Conte avait abandonné et qui lui était plus favorable.
Candidat dans son village natal aux élections municipales de 1959, Henri Conte fut élu maire à l’issue de ce scrutin. Il fut réélu en 1965 et en 1971. Peu après avoir entamé son troisième mandat de maire, il démissionna, tout en demeurant conseiller municipal. Mis en cause publiquement dans une affaire privée avec la SOFINCO, il préféra démissionner de ses fonctions de premier magistrat et réorienta sa vie professionnelle et politique.
Installé dans la région parisienne, toujours militant du PS, il se représenta à Clichy-la-Garenne sur une liste conduite par Gaston Roche. Il accéda, à ce moment-là au poste d’adjoint aux finances. En 1983, il fut le colistier de Jacques Delors* qui, élu maire, en fit son 3e adjoint, chargé de l’urbanisme. Lorsque Jacques Delors devint président de la Commission européenne et fut remplacé à la mairie de Clichy-la-Garenne par un autre socialiste, Gilles Catoire, Henri Conte devint le 1er maire adjoint de la ville. Il conserva les mêmes fonctions à l’issue du renouvellement général des conseils municipaux en 1989. Il ne brigua pas un nouveau mandat en 1995.
Au plan professionnel, il fut d’abord, de 1956 à la fin de 1957, inspecteur de la Caisse nationale du crédit agricole. Après son passage au cabinet ministériel d’Arthur Conte, Henri Conte fut employé - secrétaire -, à compter de la fin de 1957, par le Comité interprofessionnel des vins doux naturels dont le siège est à Perpignan, chef-lieu du premier département producteur de VDN (crus AOC de Banyuls, Rivesaltes et Maury). Cet organisme était présidé par Henry Vidal, un des principaux dirigeants, depuis 1935 et jusqu’en 1961, de la viticulture roussillonnaise, « le grand homme de la viticulture roussillonnaise » ainsi que le qualifia Henri Conte, son bras droit. Ce charismatique meneur d’hommes fut pour Henri Conte la personne qui l’aura le plus marqué, avec Arthur Conte. Ces fonctions permettaient aussi, à l’occasion, d’étoffer le réseau de relations du parti et son influence. Dans le même temps, Henri Conte fut le co-exploitant de deux carrières dans les Pyrénées-Orientales, à Espira-de-l’Agly, et à Riutés (commune de Latour-de-Carol).
Parallèlement à ces activités très prenantes, Henri Conte reprit l’exploitation viticole familiale. Il la garda jusqu’en 2000, date à laquelle il la vendit à la société Chapoutier. Il est vrai que la modeste exploitation de son père, d’environ 2 ha, était, entre-temps, devenue un domaine de 75 ha.
Installé d’abord à Paris en 1971, après l’« affaire » de la SOFINCO, il revenait souvent dans le Roussillon pour gérer son vignoble et la SCA de vinification du Roc de l’Abeille dont il assurait la commercialisation des produits dans la région parisienne. En 1977, il s’installa à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Après 1995, il revint vivre à temps plein, dans son village natal. En 1993, son fils Michel mourut brutalement d’un accident de tracteur, ce qui modifia sa vision de l’avenir de son domaine.
Il demeura adhérent du PS jusqu’à sa mort des suites d’un accident vasculaire cérébral. Il fut enterré civilement à Latour-de-France le 15 novembre 2010. Peu avant de mourir, il proposa au maire de Latour-de-France de léguer à la commune une œuvre qui serait un symbole de la laïcité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20549, notice CONTE Henri, Gui, Raymond par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 20 février 2017.

Par André Balent

SOURCES : L’Indépendant, quotidien, Perpignan. — André Balent, notice in Nouveau Dictionnaire de biographies roussillonnaises, Perpignan, Publications de l’Olivier, 2011, I, 1, Pouvoirs et société pp. 288-290. — Roger Bernis, Roussillon politique du réséda à la rose..., t. 1 : Le temps de Quatrième (1944-1958), Toulouse, Privat, 1984, 286 p. [p. 87, p. 112]. — Pierre Dauga, Histoire de la viticulture dans les Pyrénées-Orientales au XXe siècle, Canet, Trabucaire, 2006, 327 p. — Notes de Gilles Morin (2002) et de Michelle Pernelle (2010). — Hommage funèbre de Jean-José Colomes, maire de Latour-de-France, 15 novembre 2010. — Entretien téléphonique avec Henri Conte (26 juillet 2007).

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