COORNAERT Émile

Par Madeleine Singer

Né le 31 août 1886 à Hondschoote (Nord), mort le 25 janvier 1980 à Paris ; professeur au Collège de France ; président du Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN) de 1944 à 1947.

Originaire de la Flandre française de langue flamande, né dans une famille d’ouvriers agricoles qui comptait treize enfants, Émile Coornaert fréquenta l’école communale puis le collège Saint-François d’Assise d’Hazebrouck d’où il sortit bachelier en 1904. Les idées du Sillon le séduisirent. Étudiant à l’Institut catholique de Lille de 1904 à 1911, licencié ès lettres, il s’orienta vers le journalisme puis vers un diplôme d’étude supérieure en histoire médiévale soutenu à la Sorbonne en 1911.

En 1915, il s’engagea au 1er RI dans lequel il combattit jusqu’en juillet 1918 et finit la Première guerre mondiale comme sergent-fourrier au 8e Régiment de génie où sa connaissance de l’allemand fut utilisée à la section d’écoute.

Démobilisé en 1919, recruté au collège Stanislas, il passa l’agrégation en 1920.

Après avoir enseigné à Alençon, à Nancy et à Paris (lycée Condorcet), titulaire d’une thèse sur « La draperie-sayette d’Hondschoote (XIIIe-XVIIIe siècles) », il fut élu en 1931 professeur de la quatrième section de l’École pratique des Hautes études. Il entra ensuite au Collège de France où on lui confia en 1936 la chaire d’histoire du travail. Il était en effet l’auteur d’ouvrages consacrés aux corporations en France et aux compagnonnages. Ces travaux lui valurent une réputation internationale.

Il participa activement à la Résistance au cours de la Seconde Guerre mondiale. Avec Henri de Montfort, directeur des services administratifs de l’Institut et Paul Petit, il lança en juin 1941 une feuille clandestine, La France continue, qui eut treize numéros et s’arrêta en février 1942 avec l’arrestation d’une partie de l’équipe. Il coopéra ensuite avec divers réseaux et fit un travail d’information.
Après la Libération, il assura avec Marcel Reinhard, professeur de khâgne au lycée Louis-le-Grand, le nouveau départ du SGEN A la réunion du 26 octobre 1944, dans les locaux de la CFTC, il lança un appel : Syndicat général, le SGEN sera avec la CFTC un « instrument de transformation sociale », qui continue l’œuvre de la Résistance, en accomplissant une « révolution sans haine et sans violence, inspirée par une conception spiritualiste du monde ». Émile Coornaert avait d’ailleurs collaboré avant-guerre aux Écoles normales ouvrières de la CFTC Le poste de Président, prévu dans les statuts, mais non pourvu jusqu’alors, lui fut confié et lui permit de mettre au service du SGEN son prestige, ses relations avec les milieux résistants MRP.

Il représenta le syndicat dans la Commission Langevin, mise sur pied le 8 novembre 1944, laquelle devait élaborer une réforme de l’enseignement. Ce même mois de novembre, quand un vouloir politique issu de la Résistance donna naissance à la commission Philip, il occupa le siège que le SGEN obtint au titre de la CFTC ; cette commission chercha, mais en vain, à effectuer « une synthèse des diverses tendances sur le problème des écoles publiques et privées ».

En même temps il épaulait le secrétaire général lors des diverses audiences. En décembre 1944, on les retrouvait tous deux chez le ministre des Finances : ils en obtinrent la promesse que le gouvernement procéderait à un reclassement des traitements de la magistrature et de l’enseignement. En 1946 il lui faudra cinq audiences du directeur de l’enseignement du Premier degré pour obtenir la réintégration de Mademoiselle Lemoine dans le cadre des Écoles normales qui venait d’être rétabli. La candidature de cette adhérente avait été écartée par le comité consultatif, vu le « danger de prosélytisme » : on lui reprochait d’avoir été pendant la guerre trésorière de la Paroisse universitaire.

Mais, au congrès d’avril 1947, E. Coornaert se trouva en désaccord avec la motion de politique scolaire présentée par François Henry* car celle-ci écartait toute solution pluraliste. Sa propre motion ayant été rejetée, il démissionna de son poste. Le comité national le remercia des services rendus pendant trois ans et décida de ne plus élire de président, la fonction ayant été créée « dans les circonstances exceptionnelles de la Libération et occupée par une personnalité d’autorité incontestée ».

Émile Coornaert était officier de la Légion d’honneur, Croix de guerre 1914-1918, médaillé de la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20558, notice COORNAERT Émile par Madeleine Singer, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 26 février 2009.

Par Madeleine Singer

ŒUVRE : Un centre industriel d’autrefois : la draperie-sayetterie d’Hondschoote. XIVe-XVIIIe siècle, PUF, 1930 [thèse de doctorat]. — Une industrie urbaine du XIVe au XVIIe siècle. L’industrie de la laine à Berghe-Saint-Winoc, PUF, 1930 [thèse secondaire]. — Les Corporations en France du Moyen âge à nos jours, Gallimard, 1941 (2e éd. revue et augmentée), Éd. ouvrières, 1968. — Les hommes au travail. De la pierre taillée au triomphe des machines, Éd. Bourrelier, 1949. — Les Français et le commerce international à Anvers. Fin du XVe-XVIIe siècle, Marcel Rivière, 1961, 2 vol. — Les compagnonnages en France du Moyen âge à nos jours, Éd. ouvrières, 1966. — La Flandre française de langue flamande, Éd. ouvrières, 1970. — Destins de clio en France depuis 1800, Éd. ouvrières, 1977.

SOURCES : Biographie publiée par le Monde, 1er mars1980. — Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, Th. Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J.1471) — Histoire du SGEN, 1987, PUL. — Jean Schneider, « Notice sur la vie et les travaux d’Émile Coornaert, membre de l’Académie », Institut de France, 1982.

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