BIELER Gustave, Daniel, Alfred [alias Guy, commandant Guy, Guy Morin, Maurice Alfred Léger, Blanc]

Par Frédéric Stévenot

Né le 26 mars 1904 à Beurlay (Charente-Maritime), exécuté le 4 septembre 1944 à Flössenburg (All.) ; canadien ; SOE section F (réseau Musician).

Fils de Jean Louis Bieler, pasteur âgé de vingt-sept ans, et de son épouse Marguerite Cécile Hélène Würsten, également âgée de vingt-sept ans, sans profession, demeurant à Beurlay, les parents de Gustave Bieler. Celui-ci se maria le 4 janvier 1929 avec Marguerite Geymonat. Elle travailla pendant la guerre dans une émission destinée aux troupes stationnant en Europe sur Radio Canada International.

En 1907, la famille Bieler retourne en Suisse, son père occupant une nouvelle charge à Lutry (canton de Vaud). Gustave devint élève au collège cantonal de Lausanne puis à l’institut Jean-Jacques-Rousseau. Son père mourut de la grippe espagnole, en 1918 ; son grand-père Daniel le prit alors en charge.
À l’âge de vingt ans, voulant échapper à la tutelle de son grand-père, qui souhaitait le voir devenir pasteur, il migra au Canada, à Montréal, hébergé par son oncle Charles. Il travailla alors comme professeur à Pointe-aux-Trembles. En 1928, il devint traducteur pour la compagnie d’assurances Sun Life. Il obtint alors la nationalité canadienne.

Quand éclata la seconde guerre mondiale, il était marié et avait deux enfants : Jean-Louis, né en 1935, et Jacqueline, née en 1936. Il s’engagea dans le régiment de Maisonneuve, et suivit une formation d’officier. En septembre 1940, il partit au Royaume-Uni, comme officier de renseignements. Sa connaissance de l’anglais et du français lui firent rejoindre le SOE, le 4 juin 1942. Le colonel Maurice Buckmaster nota qu’il était le meilleur stagiaire qu’il ait eu.
Dans la nuit du 17 au 18 novembre 1942, Gustave Bieler fut parachuté en France avec l’opérateur radio Arthur Staggs et Michael Trotobas, près de Beaune-la-Rolande (Loiret). Sa mission consistait à agir au sein du réseau Carte dans la région de Lille, en liaison avec le réseau Farmer de Michael Trotobas. Mais Gustave Bieler se blessa à la réception sur des rochers, et perdit plusieurs mois à retrouver ses moyens physiques : il fut touché à la colonne vertébrale. Il put néanmoins rejoindre Paris, où il trouva refuge au 38 rue Suffren, chez Marie-Louis Monnet et sa fille. Là, il commença à constituer le réseau Musician.
Le 7 avril 1943, Gustave Bieler put s’établir à Saint-Quentin (Aisne), et s’installa à Fonsomme (Aisne) chez le géomètre Eugène Cordelette. Il travailla avec d’autres agents du SOE et les groupes de résistants. Le réseau disposa de vingt-cinq équipes opérant dans le nord de la France, qui travaillèrent à des sabotages de réservoirs de carburant, de lignes de chemin de fer, les communications téléphoniques avec l’Allemagne, les ponts, écluses, etc. Gustave Bieler organisa également à l’accueil de seize parachutages de matériel. En septembre, le SOE lui adjoint Yolande Beekman comme opératrice radio. Peu après, Michael Trotobas trouva la mort au cours d’une fusillade, le 28 novembre ; Gustave Bieler utilisa son énergie à maintenir le réseau Farmer en activité.
Le 13 janvier 1944, il rejoignit son opératrice radio Yolande Beekman, qui, traquée par les services de détection allemands, avait trouvé à se réfugier à Omissy, au café du Moulin brûlé. Deux agents de la Sipo-SD surgirent et les arrêtèrent. Ils furent enfermés séparément à la prison de Saint-Quentin, interrogés et torturés. Comme son opératrice, il fut transféré à la prison de Fresnes. Il fut déporté au camp de Flössenburg, en Bavière. Là, il fut exécuté par un peloton le 5 septembre 1944 ; les honneurs lui furent rendus.

Major, Gustave Bieler obtint à titre posthume de nombreuses distinctions, dont le Distinguished Service Order (DSO) ; il fut fait membre de l’ordre de l’Empire britannique (MBE). La croix de guerre 1939-1945 lui fut décernée.
La municipalité de Saint-Quentin donna le nom de « commandant Guy » à l’une des rues de la ville, tout comme les communes de Fonsomme et Morcourt (Aisne). Il est également inscrit sur la plaque commémorative apposée sur la façade du café du Moulin brûlé, à Omissy (Aisne), sur le mémorial du SOE à Valençay (Indre), sur un autre qui fut érigé dans un parc de Westmount, au Québec, et sur celui de Groesbeek, à Gelderland (Pays-Bas). Au Canada, il existe un lac Bieler (sur l’île de Baffin), et la résidence des anciens combattants de Montréal (au 1450 rue Plessis) porte son nom. Enfin, une vitrine lui fut consacrée dans le mémorial du camp de Flössenburg.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article205591, notice BIELER Gustave, Daniel, Alfred [alias Guy, commandant Guy, Guy Morin, Maurice Alfred Léger, Blanc] par Frédéric Stévenot, version mise en ligne le 7 août 2018, dernière modification le 2 août 2020.

Par Frédéric Stévenot

SOURCES. Sites Internet : article de la Wikipedia en anglais (complété par l’article en français) ; Special Forces Of Honour. — État civil de Beurlay, 2 E 45/6*

ICONOGRAPHIE. Special Forces Roll Of Honour

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