RAMIREZ HERNANDO Juliàn, Antonio

Par Carlos Ramirez et Serge Tilly

Né le 28 janvier 1916 à Saint-Sébastien, province de Guipuscoa (Espagne) ; décédé le 14 avril 2007 à l’hôpital de San-Juan, province d’Alicante (Espagne) ; résistant FFI ; journaliste, animateur radio ; membre du Parti Communiste Espagnol.

Julian Antonio Ramirez avec son fils Carlos. Cérémonie patriotique le 8 juin 2004 à Rennes (Ille-et-Vilaine), devant le monument rappelant l’exécution de 8 républicains espagnols le 8 mai 1944.
Julian Antonio Ramirez avec son fils Carlos. Cérémonie patriotique le 8 juin 2004 à Rennes (Ille-et-Vilaine), devant le monument rappelant l’exécution de 8 républicains espagnols le 8 mai 1944.

Fils de Elias Ramirez, entrepremeur de transports et de saisies de camions pour le gouvernement franquiste, suivi d’une faillite, il devint porteur de bagages et de Silvina Hernando, mère au foyer, le couple eut 5 enfants dont 4 garçons. La famille Ramirez fut originaire de la région de Burgos, elle vint s‘installer à Saint-Sébastien qui se dit en basque Donastia et en espagnol San-Sebastián.
Le 18 mars 1942 Julián Antonio Ramirez épousa Adele Carreras Taura à Manzat (Puy-de-Dôme), à cette date Julián Antonio fut incorporé au 662éme groupe de travailleurs étrangers à Manzat. Le couple eut un enfant Carlos né le 20 juin 1942 à Riom (Puy-de-Dôme). Adele fut appelée Adelita par ses proches.
Julián Antonio Ramirez fit ses études à l’école française de Saint-Sébastien et au collège du Sacré-Cœur-de-Jésus dans la même ville. En 1932, il obtint une bourse pour faire des études d’ingénieur à Madrid. Il dut les arrêter pour subvenir à ses besoins en travaillant. Il passa un concours pour devenir fonctionnaire au sein du Service National de culture du tabac.
Il commença à militer dans plusieurs organisations syndicales et politiques proches du Parti Communiste Espagnol, notamment la FUE (Federación Universitaria Escolar). Il enseigna les mathématiques à l’Université Populaire.
Passionné de cinéma, il écrivit dans plusieurs revues spécialisées comme "Nuestro Cinema" et fut membre de la "Barraca", la troupe théâtrale fondée par Federico Garcia Lorca.
Durant la guerre civile (1936-1939) Julián Antonio Ramirez milita au sein du Parti Communiste Espagnol et réalisa divers reportages pour les journaux "Euskadi Roja, Erri" et "El Boletín del Norte". Il fut durant cette période membre du Conseil National de la Culture du gouvernement basque.
Devant l’avancée de l’armée franquiste, il fut contraint avec d’autres réfugiés de quitter l’Espagne embarquant de Gijón (province des Asturies) à bord d’un bateau, dérivant dans le golfe de Gascogne, ils furent recueillis par un bâtiment de la Compagnie Générale Transatlantique qui les débarquèrent à Lorient (Morbihan).
Il repartit rejoindre Barcelone, où il poursuivit son travail de propagandiste et de journaliste.
Il fut mobilisé sur le front de l’Èbre à la fin de l’année 1938.
En fin d’année 1938 ou début 1939, lors du départ des Brigades Internationales de Barcelone, des avions larguèrent des feuillets sur lesquels figuraient des poèmes, Julián Antonio racontera plus tard que "ce fut la première fois que je vis de la poésie tomber du ciel".
Après la chute de la Catalogne tombée entre les mains des Nationalistes, il traversa la frontière française avec son bataillon.
Interné dans plusieurs camps de concentration et d’internement Argelès-sur-Mer, Saint-Cyprien et Le Barcarès (Pyrénées-Orientales) ainsi que Gurs (Pyrénées-Atlantique).
Le 14 juillet 1939, les internés du camp de Gurs organisèrent diverses manifestations culturelles pour commémorer le 150ème anniversaire de la révolution française du 14 juillet 1789, Julián Antonio fut un des orateurs qui prirent la parole disant en substance "La fête de la France c’est aussi notre fête, la fête de tous les hommes qui ont lutté et luttent encore pour la Liberté".
C’est au camp d’Argelès-sur-Mer lors d’un passage qu’il rencontra Adela Carreras Taurà "Adelita". Les réfugiés - internés inaugurèrent un baraquement en bois dédié à la culture et Julián Antonio au cours de cette inauguration y lu des poèmes de Federico Garcia Lorca.
Par la suite, il intégra la 100ème compagnie de travailleurs étrangers regroupée à Châteaudun (Eure-et-Loir), puis à Sainte-Sévère-sur-Indre (Indre). Il mis en place avec d’autres Espagnols une troupe artistique qui se produisit dans la région. Il proposa alors à Adelita de le rejoindre pour participer à cette troupe. Adelita prendra comme pseudonyme le nom d"Adelita Del Campo" par rapport à son vécu en camps d’internement et de concentration.
Fin 1941, Julián Antonio rejoignit le 662ème le groupement de travailleurs étrangers dirigé par le capitaine Nicolas Rougier et installé à Manzat (Puy-de-dôme) y reconstituant sa troupe théâtrale.
Le 18 mars 1942, il épousa à Manzat (Puy-de-Dôme) Adela Carreras Taura et leur fils Carlos Ramírez Carreras naquit la même année à Riom (Puy-de-Dôme).
Durant l’exil, Julián Antonio resta en contact avec le Parti Communiste Espagnol. En 1942, il fut arrêté Combronde (Puy-de-Dôme) par la police française, soupçonné de cacher des armes et des documents de propagande, faute de preuve, il fut relâché. Sa troupe ayant été brusquement dissoute, il partit avec sa famille en Provence où Adelita repris ses tournées artistiques.
De retour en 1944 à Sainte-Sévère-sur-Indre, il intégra un maquis, dans le 1er bataillon de FFI de l’Indre et il participa à plusieurs actions : Grande-Alhare et Brion.
Carlos le frère aîné de Julián Antonio resta en Espagne, il fut emprisonné plusieurs années dans les geôles franquistes et résida par la suite à Madrid y travaillant comme chauffeur de maître, son plus jeune frère Vicente resta en Espagne, il demeura à Saint-Sébastien, un autre de ses frères Jose fut parmi ceux qui s’exilèrent très jeunes à Bruxelles en Belgique, sa sœur Esperanza partit après 1945 s’exiler au Chili ou elle devint religieuse, la famille fut donc éparpillée.
A la Libération, Julián Antonio s’installa avec sa famille à Toulouse (Haute-Garonne) où il travailla pour le Parti Communiste Espagnol et son journal clandestin "Mundo Obrero". En 1946, il fonda à Paris l’Association des journalistes républicains en exil.
En 1948 le Parti Communiste Espagnol est déclaré illégal par les autorités française, Julián Antonio vécu dans une semi clandestinité.
Il participa également aux congrès mondiaux de la Paix de Prague en 1948 et Paris en 1949, comme traducteur et journaliste. Dans l’illégalité, il dut travailler comme ouvrier dans une entreprise de construction métallique, SBM à Gennevilliers (Seine ; Hauts-de-Seine).
Par la suite la famille s’installa dans un hôtel meublé au 2 rue du Caporal Peugeot à Levallois-Perret (Seine ; Hauts-de-Seine) proche de la Porte Champerret à Paris. Hôtel occupé par plusieurs familles espagnoles.
À la fin des années 1950, par l’intermédiaire de son épouse Adelita qui depuis plusieurs années participait au groupe théâtral radiophonique espagnol, il intégra la Radio et Télévision Française (RTF). A l’époque les studios se situaient au 121 avenue des Champs-Elysées Paris 8ème, à partir de 1963 ils furent transférés dans la Maison de la Radio avenue du Président Kennedy Paris XVIème.
Juliàn Antonio y présenta une revue de presse, réalisa des reportages et il put ainsi voyager en Espagne comme journaliste de presse française. Sa voix et celle de sa femme Adelita accompagnèrent les nuits des exilés espagnols et des antifranquistes restés en Espagne durant de nombreuses années.
Il réalisa divers interviews de personnalités dont Santiago Carillo, Joachin Ruiz Jimenez, Enrique Tierno Galvan, Felipe Gonzalvez, Pablo Picasso, Rafael Alberti, Miguel Delibes et de nombreux autres.
En parallèle à son travail de journaliste Julián Antonio travailla dans la post-synchronisation, assurant dans des studios la traduction de films du français en espagnol.
De part son physique et sa stature -Julián Antonio fut un homme de grand taille- il joua des rôles secondaires dans plusieurs films avec Louis de Funès, Alain Barrière, Pierre Brasseur, Bourvil, notamment le film réalisé par Gilles Grangier sur des dialogues de Michel Audiard avec Jean Gabin, Bernard Blier, Martine Carol, Maurice Biraud …. Il joua également dans quelques pièces de théâtre.
Par la suite la famille s’installa au 22 rue d’Estienne d’Orves à Fontenay-sous-Bois (Seine ; Val-de-Marne) jusqu’à leur retour en Espagne.
Julián Antonio et Adelita travaillèrent jusqu’à leur retraite à l’ORTF.
En 1976, après la mort du dictateur Francisco Franco, et la mise en place de la transition démocratique en Espagne qui coïncida avec l’âge de leur retraite. Juliàn Antonio et Adelita s’installèrent Muxtamel, une petite ville de la banlieue d’Alicante où ils achetèrent une maison, "La Cassita" rue Francisco Poveda.
Ils s’investirent dans des activités militantes et culturelles.
Juliàn Antonio fut un des collaborateurs du secrétaire général du Parti Communiste Espagnol Santiago Carrillo qui fut député aux Cortès.
Julián Antonio fit partie de la Commission Civique d’Alicante et de l’Association Archivo Guerra civil y Exilio -archives, Guerre civile et exil- pour la récupération de la mémoire antifranquiste, participant à la caravane de la mémoire se déplaçant en autocar à travers l’Espagne pour mettre à jour les différentes lieux ou furent massacrés les républicains par les troupes franquistes et honorer les acteurs de la résistance au franquisme en particulier ceux de la guerilla des années 1940-1950.
Il fut l’un des fondateurs de l’association de Estudios Miguel Hernández et fut également très impliqué dans le développement de la Fondation Antonio Machado à Collioure (Pyrénées-Orientales).
En 2003, Juliàn Antonio publia un livre de mémoires "Ici Paris. Memorias de una voz de libertad" et déposa une partie de ses archives à la bibliothèque de l’université d’Alicante.
Juliàn Antonio décéda le 14 avril 2007 -14 avril, jour de la proclamation de la république espagnole le 14 avril 1931- à l’hôpital de San-Juan près d’Alicante, il avait 91 ans, huit ans après le décès d’Adelita.
Juliàn Antonio et Adelita furent inhumés au cimetière de Muxtamel, sur leur sépulture figure une gravure de la colombe de Picasso. Ceux qui les ont côtoyé peuvent témoigner qu’ils furent des gens d’une grande simplicité et gentillesse, modestes, dévoués, tolérants et d’une grande honnêteté.
En 2016, son fils Carlos légua ses archives personnelles à la Bibliothèque valencienne (ville de Valence).

Vidéos
Juliàn Antonio disait à propos de la guerre d’Espagne "ce furent les prémices de la seconde guerre mondiale".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article205777, notice RAMIREZ HERNANDO Juliàn, Antonio par Carlos Ramirez et Serge Tilly, version mise en ligne le 12 juin 2020, dernière modification le 11 janvier 2021.

Par Carlos Ramirez et Serge Tilly

Julian Antonio Ramirez avec son fils Carlos. Cérémonie patriotique le 8 juin 2004 à Rennes (Ille-et-Vilaine), devant le monument rappelant l'exécution de 8 républicains espagnols le 8 mai 1944.
Julian Antonio Ramirez avec son fils Carlos. Cérémonie patriotique le 8 juin 2004 à Rennes (Ille-et-Vilaine), devant le monument rappelant l’exécution de 8 républicains espagnols le 8 mai 1944.
Juliàn Antonio dans son bureau de la rédaction à la maison de la radio.
Juliàn Antonio dans son bureau de la rédaction à la maison de la radio.
Juliàn Antonio avec l'équipe de rédaction à la maison de la radio, au centre au second plan Adelita Del Campo.
Juliàn Antonio avec l’équipe de rédaction à la maison de la radio, au centre au second plan Adelita Del Campo.
Juliàn Antonio et Adelita Del Campo recoivent le grand poète Rafael Alberti.
Juliàn Antonio et Adelita Del Campo recoivent le grand poète Rafael Alberti.
Le Parti Communiste Espagnol rend hommage à Juliàn Antonio.
Le Parti Communiste Espagnol rend hommage à Juliàn Antonio.
Sur la sépulture de Julian, Antonio et d’Adélita-del-Campo au cimetière de Muxtamel.
La Paloma de Pablo Picasso aux côtés de l’épitaphe de Ludwig Van Beethoven : "Ils ont toujours pensé qu’il n’y rien de supérieur à la bonté".

SOURCES : Archives de Carlos Ramirez Carreras, fils de Juliàn Antonio Ramirez Hernando d’Adele Carreras Taura. Les camps français d’internement (1938-1946), doctorat d’Etat, Denis Peschanski, Hall archives ouvertes. État civil de la commune de Manzat.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément