CARRERAS TAURA Adele épouse RAMIREZ "Adelita del Campo"

Par Carlos Ramirez et Serge Tilly

Née le 3 août 1916 à Barcelone, (Catalogne, Espagne), morte le 24 juin 1999 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; danseuse ; actrice ; militante féministe ; militante anarchiste avant 1939, animatrice radio ; résistante ; membre du Parti communiste d’Espagne ; double nationalité cubaine et espagnole.

Adelita en tenue de danseuse.
Adelita en tenue de danseuse.

Fille de Francesco Carreras Milanta originaire de Hoyo Colorado province de Matanzas (Cuba) et de Joaquina Taura Aparicio. Acteurs de théâtre, le couple eut deux enfants Adele et Enrique. Le père de Francesco fut venu d’Espagne à Cuba pour travailler dans la culture du tabac. Après son adolescence Francesco partit en Espagne où il rencontra Joaquina. Ils formèrent une troupe de théâtre de variété qui se produisit lors de tournées en Amérique Latine. A leur retour en Espagne ils s’installèrent à Barcelone et formèrent avec Adelita le trio Zari-Zar produisant leurs spectacles à travers l’Espagne.

Joaquina Taura Aparicio décéda le 4 décembre 1985 à Muxtamel, province d’Alicante, Francesco Carreras Milanta décéda à Paris le 1er février 1962 alors qu’il assistait à une représentation théâtrale.
Adele Carreras Taura épousa le 18 mars 1942 Juliàn Antiono Ramirez Hernando à Manzat (Puy-de-Dôme), le couple eut un enfant, Carlos né le 20 juin 1942 à Riom (Puy-de-Dôme). Adelita fut de nationalité cubaine.
Adelita fut élevée par ses grands parents maternels, des républicains. Elle pris des cours de danse classique et de danse espagnole à Barcelone avec El Cartagereno, un ancien danseur de la compagnie de la Argentina puis elle entama dès l’adolescence une carrière de danseuse, chanteuse et actrice en pratiquant tous les répertoires de la culture espagnole.
Elle adhéra aux Jeunesses libertaires à Alcañiz (province de Teruel) où elle passa une partie de la Guerre Civile. Membre de l’organisation anarchiste "Mujeres libres", elle y exerça des responsabilités au niveau régional.
Elle participa au Théâtre du Front, soutenu par l’UGT, qui se produisit dans différents villages aragonais et catalans où furent stationnés des bataillons de l’armée de l’Èbre.
Elle travailla en 1938 à la réserve générale d’artillerie.
Après la défaite des Républicains en Catalogne, le 5 février 1939, lors de la Retirada, avec ses parents et son frère Enrique ils traversèrent la frontière française.
De retour en Espagne, son frère fut arrêté par les autorités franquistes et emprisonné durant 8 années à Valence dans l’ancien monastère San Miguel-de los Reyes transformé en centre de détention, il en resta marqué à vie.
La famille vécu durant deux ans dans différents camps de concentration et d’internement dans le sud de la France Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), Bram (Aude) survivant dans des conditions inhumaines. C’est à Argelès-sur-Mer qu’Adelita rencontra Juliàn Antonio Ramirez Hernando, de passage, qui pour l’inauguration d’une baraque en bois construite par les internés dédiée à la culture déclama des poèmes de Federico Garcia Lorca.
À Bram, elle eut une intense activité humanitaire, pédagogique et culturelle, organisant avec sa mère la "Gota de Leche" pour les nourrissons espagnols nés dans les camps. Adelita prendra comme pseudonyme le nom d"Adelita Del Campo" par rapport à son vécu en camps d’internement et de concentration.
Chargée du courrier dans le camp de Bram, elle réussit à retrouver la trace de Juliàn Antonio qui se fut engagé dans la 100ème compagnie de travailleurs étrangers stationnée à Sainte-Sévère-sur-Indre (Indre), réussissant à constituer une troupe théâtrale avec des camarades espagnols et il y fit venir Adelita pour chanter et danser.
En mars 1942, le couple s’installa à Manzat (Puy-de-Dôme) où ils se marièrent le 18 mars, la même année naquit le 21 juin à Riom (Puy-de-Dôme) leur fils unique Carlos Ramirez Carreras.
La troupe fit de nombreuses tournées dans le Centre et le Massif Central, lorsqu’elle fut dissoute en 1942, le couple se réfugia en Provence, où ils poursuivirent leurs activités artistiques.
Adelita suivie Julián Antonio à Toulouse (Haute-Garonne), créant avec ses parents et des musiciens un ensemble de music-hall espagnol qui se produisit sans discontinuer pendant deux ans, lors des campagnes de soutien aux prisonniers en Espagne, victimes de la dictature franquiste.
Une lésion pulmonaire l’obligea à renoncer pour un temps à la scène.
En 1946, la famille composée d’Adelita, ses parents, Julián Antonio et Carlos s’installa dans un hôtel meublé au 2 rue du Caporal Peugeot à Levallois-Perret à proximité immédiate de la porte Champerret, et très proche de la place de l’Amérique Latine.
Adelita travailla comme aide-soignante au dispensaire Cervantès de la Croix Rouge républicaine espagnole au 47 rue Monge à Paris Ve.
Le 13 avril 1954, elle entra à l’ORTF comme actrice du théâtre radiophonique en langue espagnole, y côtoyant l’actrice de cinéma et de théâtre Maria Casarès.
Pour se perfectionner, elle pris des cours de théâtre dramatique au TNP dirigé par Jean Vilar.
Elle devint responsable du courrier des auditeurs dans le programme de l’ORTF en langue espagnole "Aquí París", dénommé depuis RFI, où elle travaillera durant 30 années, aux côtés de son mari Julián Antonio. Leurs voix furent connues et reconnues de tous les Espagnols en exil et des démocrates qui restèrent en Espagne.
Contraints à une certaine neutralité, ils contribuèrent cependant à faire connaître la culture espagnole dans l’exil et les grands poètes républicains dont Federico Garcia Lorca, Antonio Machado et Miguel Hernandez. Elle animait également des émissions rassemblant des jeunes pour débattre des problèmes de société.
En 1960, le couple acheta une maison au 22 rue d’Estienne-d-Orves à Fontenay-sous-Bois (Seine ; Val-de-Marne).
En 1961, Adelita eut de graves problèmes de santé, elle dut séjourner plusieurs mois dans un centre de santé des PTT à Montfaucon (Lot), y animant une troupe théâtrale faisant jouer à des pensionnaires diverses pièces dont une de Georges Feydeau.
C’est à partir de cette époque qu’il retournèrent en vacances en Espagne, achetant un appartement à San Juan, près d’Alicante.
En 1976, après la mort du dictateur Francisco Franco, et la mise en place de la transition démocratique en Espagne qui coïncida avec l’âge de leur retraite. Juliàn Antonio et Adelita s’installèrent Muxtamel, une petite ville de la banlieue d’Alicante où ils achetèrent une maison, "La Casita", rue Francisco Poveda.
Adelita continua à s’investir dans les activités culturelles, donnant notamment des cours de théâtre à des étudiants, lycéens et collégiens et créant en 1979 un groupe théâtral pour les jeunes, appelé "Polseguera", qui eut un grand succès.
Dans leur maison de Muxtamel, une grande terrasse fut utilisée par Adelita pour donner des cours de théâtre.
Adelita s’investit également dans l’association des amis de Machado à Collioure (Pyrénées-Orientales).
Adelita décéda brutalement le 24 juin 1999 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) lors d’un voyage avec Juliàn Antonio.
Juliàn Antonio et Adelita furent inhumés au cimetière de Muxtamel, sur leur sépulture figure une gravure de la colombe de Picasso. Ceux qui les ont côtoyé peuvent témoigner qu’ils furent des gens d’une grande simplicité et gentillesse, modestes, dévoués, tolérants et d’une grande honnêteté.
Pour honorer la mémoire d’Adelita, la municipalité de Muxtamel a dénommé une salle au nom d’Adelita Del Campo dans la maison de la culture.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article205778, notice CARRERAS TAURA Adele épouse RAMIREZ "Adelita del Campo" par Carlos Ramirez et Serge Tilly, version mise en ligne le 13 juin 2020, dernière modification le 2 octobre 2021.

Par Carlos Ramirez et Serge Tilly

Adelita en 1930.
Adelita en 1930.
Adelita en tenue de danseuse.
Adelita en tenue de danseuse.
Adelita et Juliàn Antonio à Paris en 1960.
Adelita et Juliàn Antonio à Paris en 1960.
Juliàn Antonio et Adelita Del Campo recoivent à leur domicile de Muxtamel le grand poète Rafael Alberti.
Juliàn Antonio et Adelita Del Campo recoivent à leur domicile de Muxtamel le grand poète Rafael Alberti.
La maison de la Culture de Muxtamel
La maison de la Culture de Muxtamel
Sur la sépulture de Julian, Antonio et d’Adélita-del-Campo au cimetière de Muxtamel.
La Paloma de Pablo Picasso aux côtés de l’épitaphe de Ludwig Van Beethoven : "Ils ont toujours pensé qu’il n’y rien de supérieur à la bonté".

SOURCES : Archives de Carlos Ramirez Carreras, fils de Julian Antonio Ramirez Hernando et d’Adele Carreras Taura. État civil de la commune de Manzat.
Vidéos
- Enregistrements d’émissions de Radio París
- Enregistrements d’émissions de Radio París
- Adelita et Juliàn Antonio parlent des poètes hispaniques

- Les enregistrements d’émissions de Radio París figurent sur le portail d’archives sonores de l’Université d’Alicante.

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