CORMIER Maurice

Par Gilles Morin

Né le 13 octobre 1918 à Angers (Maine-et-Loire), mort le 25 septembre 1990 à Angers ; ouvrier sellier garnisseur, puis permanent politique ; militant socialiste du Maine-et-Loire puis de la Mayenne, secrétaire de la fédération socialiste de la Mayenne (1948-1955), permanent national et membre du comité directeur de la SFIO (1948-1969) ; député de la Mayenne (1956-1958).

Maurice Cormier dans les années 1950
Maurice Cormier dans les années 1950
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

Maurice Cormier était issu d’une famille modeste et connut une jeunesse difficile. Son père, fils d’une famille de douze enfants, exerça comme ouvrier bourrelier puis comme contremaître dans une usine d’Angers, enfin à son compte jusqu’à son décès en 1932. Dans sa jeunesse, son père avait été adhérent du Parti radical. Sa mère, issue d’une famille de cinq enfants, était d’origine paysanne. Orpheline à cinq ans, elle travailla à douze ans comme apprentie employée de commerce. Maurice Cormier fut élève de l’école primaire laïque, puis de l’école primaire supérieure. Il commença à travailler à l’âge de douze ans, les jeudis, comme apprenti et tint avec sa mère le commerce de son père durant deux ans. En 1936, après le décès de sa mère, il vint à Paris et entra aux usines Renault comme ouvrier sellier garnisseur, puis devança l’appel pour entrer dans l’aviation.

Durant son service militaire à Villacoublay, Cormier adhéra aux Jeunesses socialistes en 1937 (section de Vélizy, Seine-et-Oise, Yvelines). Il fit l’objet de sanctions disciplinaires pour diffusion du Populaire dans sa caserne. Emprisonné huit jours, il fut ensuite muté à l’École militaire de l’Air, sous les ordres d’un colonel cagoulard, et enfin à Tours. À la déclaration de guerre, il était toujours sous les drapeaux, mais fut réformé à la suite d’une longue maladie en mai 1940. Il s’était marié durant son service militaire et avait pris un petit commerce d’épicerie qu’il tint d’octobre 1940 à mai 1941, après avoir obtenu une pension militaire d’invalidité.

Maurice Cormier, selon une notice autobiographique diffusée par le parti, fut résistant, sans responsabilité particulière, chargé « de fournir des pièces d’identité, des titres alimentaires, etc., aux résistants afin de les soustraire à l’occupant ». Il aurait appartenu au parti clandestin à partir de 1942. À la Libération, il acquit rapidement des responsabilités à la SFIO. Secrétaire fédéral adjoint du Maine-et-Loire en 1945, secrétaire de la section d’Angers en novembre 1946, il cumulait, en juillet 1947, les fonctions de secrétaire fédéral adjoint et de secrétaire fédéral administratif. Il s’attacha, au sein d’un département où l’implantation socialiste était difficile du fait de l’influence cléricale et de la faiblesse traditionnelle des milieux de gauche, à reconstituer les sections qui avaient existé avant la guerre et avaient cessé toute activité. Il réussit même à en créer de nouvelles.

Le dynamisme du militant angevin le fit remarquer par les responsables de la SFIO qui en firent un des rares permanents de l’organisation. Il fut désigné délégué permanent du parti en novembre 1947 par le comité directeur, puis fut délégué général du parti de 1949 à 1965.

Au congrès de 1947, Maurice Cormier se présenta aux élections internes au comité directeur. Il devait entrer dans la direction nationale socialiste l’année suivante et y demeurer jusqu’à la disparition de la SFIO en 1969. Au sein de la direction, il fut chargé des questions ouvrières : responsable des Groupes socialistes d’entreprise en 1950-1952, de la commission nationale ouvrière (de 1950 à 1963 au moins), délégué du comité directeur aux questions ouvrières et sociales en juillet 1954 et responsable de la commission Sécurité sociale en 1958. Il fut par ailleurs délégué adulte des Jeunesses socialistes en 1953-1955, puis en 1959-1960. Il intervint lors de différents conseils nationaux, notamment ceux des 29-30 janvier 1949 et 21-22 mars 1953.

Le propagandiste Cormier représenta son parti lors de diverses élections, souvent comme candidat de principe. Il fut ainsi candidat aux cantonales de 1949 à Pont-de-Ce, de 1951 à Tierce, de 1955 à Angers et à la cantonale partielle à Tierce en septembre 1954. Il obtint ainsi à ce dernier scrutin 184 voix sur 3 941 inscrits et 2 236 exprimés. Il fut élu conseiller municipal SFIO d’Angers en avril 1953 et démissionna en 1957 pour se consacrer à son mandat de député.

Durant cette période, Maurice Cormier demeurait secrétaire de la fédération du Maine-et-Loire, fonction qu’il assuma de 1948 jusqu’à 1955, année où il donna sa démission de cette responsabilité, sa fédération ayant voté, contre son avis, pour les minoritaires au congrès extraordinaire. Il démissionna également de la commission administrative fédérale le 1er octobre 1955, pour protester contre les accords passés par la fédération avec le PCF.

Le 2 janvier 1956, Cormier conduisit la liste socialiste dans la Mayenne. Il rassembla sur son nom 11 880 voix sur 129 738 exprimés, soit 9,1 % des suffrages. Pourtant, grâce au scrutin proportionnel et à l’apparentement conclu avec les radicaux, il fut élu député socialiste de la Mayenne, le premier depuis Camille Lhuissier élu à la Libération sur une liste commune avec le PCF. En 1958, il fut battu par Robert Buron. Au Palais-Bourbon, Cormier fut nommé membre de la commission du travail et de la Sécurité sociale, de la commission des pensions, où il ne fut pas renouvelé en 1957, année où il fut nommé membre de la commission de la Défense nationale et de la commission des indemnités parlementaires. Il fut aussi délégué à la direction de la commission extraparlementaire de la Sécurité sociale.

Maurice Cormier défendait au Parlement et dans les réunions publiques la politique du gouvernement Guy Mollet, puis celle du parti jusqu’en mai 1958. Il approuva les pouvoirs spéciaux en Algérie en mars 1956 et leur renouvellement en juillet 1957. Il intervint pour défendre le point de vue de la SFIO dans les débats sur l’allongement des congés pays et la création d’un Fonds national de solidarité proposé par le ministre socialiste Albert Gazier. Après la chute du gouvernement Guy Mollet, il marqua la distance prise par le parti et sa volonté de se situer sur le terrain social en soutenant, à la tribune de l’Assemblée, la grève des employés de banque et en mettant en cause l’intransigeance du gouvernement Bourgès-Maunoury. Dans les débats internes de la SFIO, il était l’un des signataires d’une motion pour l’interdiction de l’appartenance des membres du parti à la CGT, en décembre 1957. En mai 1958, il se sépara du secrétaire général de la SFIO en se prononçant contre la confiance à Charles de Gaulle le 1er juin et en s’abstenant sur le vote des pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle le lendemain.

Maurice Cormier fut de nouveau candidat aux élections législatives de novembre 1958 en Mayenne, puis en 1967 en Loire-Atlantique.

Ayant perdu son siège de député, il reprit sa place dans le parti. Il fut ainsi membre de la commission chargée d’étudier la politique économique, financière et sociale au conseil national des 10-11 janvier 1959 et membre de la commission gestion de l’entreprise des Journées nationales d’études des 7-10 mai 1959. Il appartint aussi au conseil d’administration des Clubs et Foyers Léo-Lagrange.

Dès la reconstitution de la Fédération ouvrière et paysanne des anciens combattants et des victimes de guerre (FOPAC), Cormier fut le secrétaire administratif de l’UD puis le président de l’UFAC du Maine-et-Loire, il fut aussi secrétaire national de la FOPAC en 1967. Président d’honneur de la LDH du Maine-et-Loire, il était encore trésorier de la Maison internationale des jeunes à Paris.

Cormier rejoignit le Parti socialiste mais, fidèle à ses engagements, fut membre des « Amis » de la tendance « Bataille socialiste » en 1974.

Marié, il était père de trois enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20631, notice CORMIER Maurice par Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 7 juin 2010.

Par Gilles Morin

Maurice Cormier dans les années 1950
Maurice Cormier dans les années 1950
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/205 ; F/1cII/294 ; F/1cII/303. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Arch. OURS., notice personnelle, dossiers Maine-et-Loire et Loire-Inférieure, fichier Bataille socialiste, fonds C. Fuzier. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 44, novembre 1949, n° 107, 109, 111, 113 et 114. — Bulletin intérieur, section d’organisation, mai 1952. — Le Monde, 29 septembre 1990. — DPF, 1945-1958, t. 3, op. cit.

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