CORNEC Jean [FCPE]

Par Bruno Poucet

Né le 7 mai 1919 à Logonna-Daoulas (Finistère), mort le 16 décembre 2003 à Saint-Cyr-sur-Mer (Var) ; avocat ; président de la FCPE (1956-1980).

Jean Cornec
Jean Cornec

Fils d’instituteurs, Jean Cornec naquit en Bretagne de parents très marquants par l’intensité de leur militantisme. Son père Jean, Yves Cornec*, formait un couple très uni par la vie et les luttes avec Josette née Mazé*, de trois ans son aînée. Il l’épousa le 3 août 1917 et le couple eut un enfant, Jean : ce dernier était né dans la maison d’école de Logonna, dans un petit village du Finistère divisé par la querelle scolaire. Cette école porte, d’ailleurs, désormais, le nom de ses parents.

Jean Cornec était un héritier de l’école publique. Il fréquenta d’abord l’école primaire où enseignaient ses parents à Daoulas, entra en 1929 comme boursier interne au lycée Voltaire de Brest, puis, après l’obtention de son baccalauréat en 1936, fut admis en 1936 en lettres supérieures au lycée de Rennes. Jean Cornec poursuivit ses études dans une classe de première supérieure au lycée Henri-IV à Paris, mais échoua au concours d’entrée à l’École normale supérieure. Il commença alors une licence d’histoire et de géographie à la faculté des lettres de Paris. Ces études furent interrompues en 1939 par la mobilisation. Il était aspirant de réserve et fut envoyé à Casablanca après la débâcle de juin 1940. Il devint officier, participa à un groupe militaire de résistance avant d’être rapatrié en France en février 1942 à Roanne dans un bataillon de génie, puis fut démobilisé. Échappant au STO grâce à l’intervention d’un cousin qui sera déporté, il reprit alors ses études à la Sorbonne et obtint sa licence et son diplôme d’études supérieures d’histoire et de géographie, mais échoua au concours d’agrégation en 1945. Sa femme étant avocate, il se décida alors à faire des études de droit et acquit sa licence en 1946 et son certificat d’aptitude à la profession d’avocat où il fut reçu premier. Il commença à exercer en décembre 1946 à Paris.
En 1937, il avait fait la connaissance, dans une auberge de jeunesse à Allauch (Bouches-du-Rhône), de Simone Fenouil, élevée dans la religion catholique, mais ayant rompu avec celle-ci après la mort brutale de son père, alors qu’elle avait dix-sept ans. Jean Cornec s’était marié avec celle-ci en octobre 1941 alors qu’elle était avocate à Casablanca (Maroc). Ils avaient eu deux enfants : Alain (né en 1949) et Catherine Cornec-Crémieux (née en 1958). Par la suite, le couple divorça et Jean Cornec se remaria en septembre 1972 avec Claudie Perlin, militante FCPE, médecin, spécialiste en réanimation cardiaque et recherche médicale appliquée. Celle-ci avait, de son côté, une fille, Sylvie.

Avocat à la cour d’appel de Paris de 1946 à 1996, au sein d’une société civile avec des associés, Jean Cornec se spécialisa avec sa première femme dans les affaires judiciaires qui mettaient en cause le témoignage des enfants. Leur expérience est retracée dans Les Risques du métier, dont André Cayatte tira un film en 1967 (Gaumont), et dans de nombreux autres ouvrages dans lesquels les auteurs soulignent la fragilité de témoignages qui mettent en cause l’honorabilité des enseignants. Ils entendaient ainsi protéger les enseignants contre des témoignages mal fondés, les parents contre des réactions trop rapides et la justice contre des erreurs dramatiques mettant en cause l’honorabilité de personnes innocentes, accusées au seul vu du témoignage des enfants. Jean Cornec fut de ce fait l’avocat d’enseignants impliqués dans des affaires de mœurs. Il était aussi l’avocat du SNI et de la MGEN et était souvent consulté lorsqu’un problème juridique se posait.

Pacifiste comme ses parents avant guerre, anticommuniste, un bref moment adhérent des Jeunesses socialistes, après la guerre, malgré de nombreuses sollicitations des socialistes, Jean Cornec n’accepta jamais de faire une carrière politique et se consacra à ses activités militantes auprès des parents d’élèves. En effet, en 1956, il fut élu président de la Fédération des conseils de parents d’élèves de l’enseignement public (FCPE) lors de son Xe congrès, à Arcachon, et le restera jusqu’en 1980. On identifiera tellement, pendant cette période, la fédération à son président qu’on l’appellera longtemps « fédération Cornec » pour la distinguer de l’autre fédération de parents d’élèves de l’enseignement public, la PEEP. Lors du congrès d’Arcachon, il présenta un rapport novateur sur le travail scolaire et la santé de l’enfant, résultat d’une vaste enquête lancée dans 76 départements.

Jean Cornec contribua à structurer un mouvement encore essentiellement limité à l’enseignement primaire en l’étendant au second degré en 1961, mais échoua dans ses tentatives de construction d’une seule fédération des parents de l’enseignement public. Il défendit l’idée de démocratisation de l’enseignement, de réforme de l’enseignement, d’orientation des élèves et insista sur l’idée que l’école n’est pas seulement un lieu de transmission des savoirs, mais de construction de la personnalité des élèves. Il souligna la nécessité d’une collaboration étroite enseignant-parents d’élèves. Jean Cornec rédigeait chaque mois l’éditorial de la revue de la FCPE destinée aux adhérents, Pour l’enfant, vers l’homme. Orateur puissant et remarqué, il était demandé dans les meetings organisés pour la défense de l’enseignement public. Il siégea, en tant que président de la FCPE, au Conseil supérieur de l’Éducation nationale de 1966 à 1979.
En tant que représentant de la FCPE, il siégea au Comite national d’action laïque (CNAL) et en assuma la présidence à différentes périodes. Il présida nombre de réunions, comme celle d’Alfortville sur la réforme de l’enseignement (1958). Il participa activement au lancement, en 1959, de la pétition contre la loi Debré sur les rapports entre les établissements d’enseignement privé et l’État qui recueillit 11 millions de signatures ; 400 000 personnes à Vincennes furent réunies solennellement le 19 juin et prêtèrent serment de lutter jusqu’à l’abrogation de la loi : c’était le premier signe d’unité d’action d’une gauche divisée depuis l’arrivée de De Gaulle au pouvoir en janvier 1959. Il incarna ainsi, avec d’autres, la résistance laïque. À ce titre, il rédigea des ouvrages de défense de la laïcité, seul ou en collaboration.

Jean Cornec contribua également à émanciper progressivement la FCPE de sa tutelle enseignante en réduisant le nombre de membres de droit issus des organisations enseignantes siégeant au conseil d’administration. Il l’éloigna aussi de son anticléricalisme virulent. En 1968, il réussit à convaincre le ministre de l’Éducation nationale, Edgar Faure, de réexaminer la question scolaire. Il participa à ce titre à des discussions secrètes avec les responsables nationaux de l’enseignement catholique auxquels il proposa, le 5 juillet 1969, un « Yalta scolaire ». Par là, il fallait entendre un gel pendant vingt ans du nombre d’élèves scolarisés dans un établissement privé (20 % des effectifs scolarisés), la suppression des écoles privées dans les petites communes afin d’éviter la concurrence avec le public, l’adoption d’un contrat unique afin de préparer les évolutions nécessaires vers une éducation nationale pluraliste où l’existence des établissements privés ne serait plus que résiduelle. Toutefois, cette proposition n’aboutit pas, au grand dam de Jean Cornec qui n’abandonnera pas le combat, même lorsqu’il quittera la FCPE juste avant de ne plus avoir d’enfant en âge scolaire. Il siégea alors au conseil des programmes d’Antenne 2 de 1981 à 1985.

Jean Cornec resta un militant actif, spécialement attentif à l’évolution de la querelle scolaire, essayant de peser en faveur d’une évolution et d’un rapprochement de l’école publique et de l’école privée. Il publia en 1982, en partenariat avec le secrétaire général du CNAL, Michel Bouchareissas*, L’Heure laïque afin de peser dans le débat scolaire. Ultérieurement, en décembre 1999, il témoigna une fois encore à Amiens, dans un colloque consacré à la loi Debré, de sa volonté de rapprochement entre l’école publique et l’école privée et de sa volonté de dépassement de la querelle scolaire. Il continua également à rester actif et attentif à tout ce qui concernait l’enseignement public et signa, en mars 2000, un appel pour défendre l’école publique contre l’immobilisme.

Il mourut au centre MGEN de Saint-Cyr-sur-Mer (Var) après avoir pu corriger, en 2002, les épreuves de son dernier ouvrage consacré à sa mère, Josette Mazé-Cornec, ouvrage dont il souhaitait ardemment voir l’aboutissement. Ses cendres furent dispersées en mer le 17 janvier 2004, après une courte cérémonie en présence de ses proches et de membres de la FCPE.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20640, notice CORNEC Jean [FCPE] par Bruno Poucet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 15 août 2015.

Par Bruno Poucet

Jean Cornec
Jean Cornec

ŒUVRE : Laïcité, illustré par Jean Eiffel, Sudel, 1965, réédition 1967. — « Parendelèves », L’Épi, 1972. — À quoi ça tient. 40 histoires sur la justice, Robert Laffont, 1977, rééd. 1998. — Pour l’école libre, défense et illustration de la laïcité, Robert Laffont, 1977. — Au préjudice du doute, Sudel, 1986. — En collaboration avec Simone Cornec : Les Risques du métier, Sudel, 1962, rééd. 1963 ; Les Risques du métier roman, Raoul Solar 1967 ; Pour le baccalauréat, Berger Levrault, 1968 ; Les Portes de la vie, Martinsart, 1969 ; Les Preuves, Des livres pour vous, 1969 ; Les Problèmes du divorce, Robert Laffont, 1970 ; L’École démocratique, Martinsart, 1973. — En collaboration avec Michel Bouchareissas* : L’Heure laïque, Clancier-Guénaud, 1982. — En collaboration avec Claudie Cornec : Joséphine, phine fine... la vie passionnée de Josette Cornec, Les Monédières, 2002.

SOURCES : Le Monde, 19 décembre 2003. — La Croix, 20 décembre 2003. — Martine Allaire, Marie-Thérèse Frank, Témoins et acteurs des politiques de l’éducation depuis la Libération, t. 1, INRP, 1995. — Jean Cornec, « Accueil de la loi Debré et réécriture en 1971, regards croisés », Bruno Poucet (dir.), La loi Debré paradoxes de l’État éducateur, Amiens, CRDP, 2001. — « Notes de Jean Cornec lors des discussions entre le CNAL et l’enseignement catholique », Bruno Poucet, « Visages du mouvement enseignant au XXe siècle, syndicats et associations », Revue du Nord, hors série n° 20, 2005, p. 113-140. — « Jean Cornec », Recherches socialistes n° 26, mars 2004, p. 108. — Who’s Who in France. — Michel Vernus, Parents d’élèves en marche, Martinsart, 1987. — État civil de Logonna-Daoulas.

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