CORNEC Jean, Yves

Par Georges-Michel Thomas

Né le 16 septembre 1889 à Saint-Ségal (Finistère), mort le 10 décembre 1981 à Rambouillet (Yvelines) ; instituteur ; militant syndicaliste et laïque, adhérent pendant quelques années du Parti socialiste SFIO ; vice-président de la Fédération nationale des délégués départementaux de l’Éducation nationale.

Fils de François Cornec, artisan sabotier, et de Marie Guillou, Jean Cornec fut élève à l’école primaire de Briec (Finistère), puis à l’École normale d’instituteurs de Quimper. Il enseigna successivement à Quimerch, Logonna-Daoulas, puis Daoulas durant vingt et un ans.

Tout jeune, il fut marqué par l’anticléricalisme des paysans de son pays, puis par les violentes attaques des prêtres contre l’école laïque et ses maîtres. La laïcisation des écoles congréganistes, les inventaires des biens d’église, la lecture de la presse laïque (Le Réveil du Finistère par exemple) contribuèrent à l’attirer aux idées de gauche.

En 1912, il adhéra à « l’Émancipatrice » (Amicale) et à la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs (FNSI), à titre individuel. Trésorier, puis secrétaire adjoint de l’Amicale (1915-1918), bien que mobilisé, il s’occupa de la solidarité aux instituteurs prisonniers ou blessés, de l’accueil des enfants des régions envahies (1916). Il se maria le 3 août 1917 à Nort-sur-Erdre (Loire-Inférieure) Joséphine Mazée, institutrice.

En septembre 1918, avec son épouse Josette Cornec et quelques camarades, il créa la section syndicale (CGT), transformée en syndicat le 1er mars 1919. Nommé secrétaire à la propagande, il organisa un travail d’équipe qui porta ses fruits : 200 adhérents en 1920, 390 fin 1924, 450 en 1926, 610 en 1931. Le syndicat du Finistère était alors le plus fort syndicat des instituteurs de la CGTU à laquelle il avait adhéré à la scission (1922).

En 1923, Jean Cornec participa à la création du « Comité de défense laïque » et assura de 1923 à 1925 près de deux cents meetings. Rapporteur avec Josette de la question laïque au congrès des syndicats d’instituteurs à Brest en 1923, il fut élu secrétaire général de la Fédération de l’Enseignement : il était assisté d’Émile Guyot* du Morbihan secrétaire corporatif, Rollo* secrétaire pédagogique, Allot secrétaire à la propagande, Josette Cornec secrétaire aux relations internationales, Jean Le Gall* trésorier, Drapier trésorier adjoint. Il protesta, et notamment en 1924 contre la subordination de la CGTU au Parti communiste mais fut cependant, en 1925, un des organisateurs de la syndicalisation à la CGTU à Pont-l’Abbé. Dans La Révolution prolétarienne de juin 1925, il critiqua sans ménagement le politique syndicale du Parti communiste. Il quitta la direction de la Fédération unitaire de l’enseignement.

Finalement, après le congrès de 1931, il décida son syndicat à quitter la CGTU et à adhérer au Syndicat national des instituteurs et à la CGT (1932). Secrétaire adjoint, puis secrétaire du syndicat du Finistère en 1929 et 1930, il fut élu membre du Bureau national du SNI en 1933 puis secrétaire à la propagande de 1935 à 1939.

Jean Cornec participa aux congrès nationaux de la Fédération et du SNI de 1916 à 1939 ainsi qu’à des congrès étrangers : belge à Charleroi (1923), anglais à Portsmouth (1937) et à des congrès internationaux : Bruxelles (1936), Paris (1937), Copenhague (1938).

Il avait adhéré au Parti socialiste SFIO en 1915 pour y soutenir la propagande en faveur de la paix menée par les socialistes minoritaires, mais s’était retiré en 1917.

Son action militante sur le plan enseignant ne l’empêcha pas de participer activement aux luttes ouvrières. Dès 1919, il fut le délégué du syndicat à la Bourse du Travail de Brest et au comité de l’Union départementale des syndicats. Il participa aux congrès de l’UD de 1919 à la scission : Carhaix, Quimper, Morlaix. Trésorier, puis secrétaire de l’UD unitaire en 1925, il fut délégué aux congrès de la CGTU en 1925, 1927, 1929 et 1931, participant à de nombreux meetings dans le Finistère mais aussi à Lorient, au Mans (1927), dirigeant la grève générale de Pont-l’Abbé (dix jours à Pâques 1925).

Au cours de sa vie de militant, Jean Cornec subit de nombreuses sanctions : blâme ministériel pour attitude pacifiste, peine de la censure, perquisitions en 1918, 1920, 1921, 1925, 1929, 1939, 1940. La perquisition du 4 juin 1918 eut lieu à la suite de l’affaire Madeleine Vernet, directrice de l’orphelinat d’Épône et dont Jean Cornec était le représentant dans le Finistère.

Durant la guerre 1914-1918, il fut changé trois fois de régiment (1916 et 1917). Un rapport du commissaire spécial de Quimper disait cependant à son sujet : le patriotisme de Jean Cornec « ne saurait être mis en doute ». Alors qu’il appartenait à l’armée auxiliaire et pouvait rester à Quimper, il « a demandé à partir et il s’est battu en Belgique ».

En 1940, il fut révoqué par Vichy, réintégré en 1945 et fut admis à la retraite à cette date. Fidèle à la ligne syndicale, il resta instituteur adjoint toute sa carrière.
À la demande des communistes, Jean Cornec n’aurait pas été réadmis au SNI à la Libération, en raison des sympathies qu’il avait eues pour les pacifistes. Son fils, Jean Cornec donne une version plus nuancée : « Le secrétaire général fut Jean Le Pemp, de Saint-Derrien, un camarade des Cornec pendant de longues années ; Pourtant, Jean Cornec ne participa pas au renouveau syndical [...] in ne se sentait pas en complète harmonie avec la nouvelle équipe, en particulier sur le rapprochement opéré avec les communistes. » Il fut nommé délégué cantonal de l’Éducation nationale puis secrétaire de l’Union départementale des délégués cantonaux, en 1960, et enfin appelé au bureau national et à la vice-présidence.

Il fut inhumé le 12 décembre 1981 à Daoulas (Finistère).

Son fils, prénommé également Jean, né le 7 mai 1919 à Logonna-Daoulas (Finistère), devint avocat et président de la Fédération nationale des conseils de parents d’élèves des écoles publiques (dite Fédération Cornec).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20641, notice CORNEC Jean, Yves par Georges-Michel Thomas, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 7 novembre 2022.

Par Georges-Michel Thomas

ŒUVRE : Collaborations : Bulletin de l’Emancipatrice, Bulletin syndical du Finistère, Finistère syndicaliste, l’École Emancipée, l’Action syndicaliste, La Vie ouvrière (d’avant 1925), Le Cri du Peuple (de Paris), l’École Libératrice (notamment 24 septembre 1932, 19 septembre 1936, 1937 et 1938). — La Révolution Prolétarienne. — Préparation de la carte industrielle du Finistère. — Livre de souvenirs, Josette et Jean Cornec instituteurs, de la hutte à la lutte (1886-1980), Clancier Guénaud, 1981, 250 p.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13602, rapport du 14 avril 1916, F7/13749, Quimper, 14 juillet 1929, F7/746, F7/13104. — Notes autobiographiques. — Le Monde, 12 décembre 1981. — Arch. Nat. F7/13746 et F7/13749, Quimper, 19 avril 1929. — L’Ouvrière, n° 57, 11 août 1923. — Anne-Marie Sohn, Thèse, op. cit. — Lettre de Josette Cornec (autobiographie) à Jean Maitron. — Le Monde, 28 juin 1972. — J. Cornec, Josette et Jean Cornec instituteurs : de la hutte à la lutte 1886-1980, 1981. — Claudie et Jean Cornec, Joséphine Phine Fine... La vie passionnée de Josette Cornec (1886-1972), Éditions Les Monédières, 2002. — Théo Bernard, La grève des "sardinières et des manœuvres des usines métallurgiques et des fabriques de conserve de Douarnenez" (1924-1945), Mémoire de Master, Institut d’études politiques de Paris, 2015.

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