CORNIÈRE Anne-Marie, Claire [épouse YOUINOU]

Par André Delestre

Née le 14 mars 1932 au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; ouvrière puis employée ; Socialiste, conseillère municipale Cléon (Seine-Maritime) ; militante jociste, permanente de la JOCF (1954-1957), membre de l’ACO, responsable de l’APF devenue CSCV, Action et Culture, responsable de l’association France Palestine à Elbeuf ; membre de la Pastorale des Migrants.

Son père, Albert fut éboueur. Il mourut lorsque Anne-Marie Cornière avait 4 ans, renversé par une voiture en rentrant chez lui. Sa mère Claire, née Lamache, entra alors à la Compagnie générale transatlantique à la lingerie du paquebot « le Normandie ». Elle y fit le raccommodage à la machine, un travail rude et payé au rendement pour faire vivre ses quatre enfants, Anne-Marie et ses trois frères Paul, Gilbert et Pierre. Ils habitaient dans le quartier de l’Eure au Havre, quartier pauvre et populaire.

Fin 1939, au début de la Seconde guerre mondiale, Anne-Marie et son frère Pierre furent évacués vers la ferme d’une tante à St Pierre-Eglise (Manche). Après trois ans de séparation, ils demandèrent à revenir près de leur mère et furent rapatriés au Havre, dans le quartier Saint Joseph près du port, lieu stratégique dans l’effort de guerre. Leur quartier fut totalement rasé lors des bombardements monstres de la ville par les Alliés en 1944. Les déménagements se succédèrent avant de trouver un baraquement où se poser. Jusqu’à 20 ans, elle partagea le lit de sa mère.

A 14 ans, Anne-Marie Cornière apprit la couture au Collège technique du Havre et milita à la JOCF. Son CAP et Brevet d’étude industrielle en poche, le secteur n’embauchait pas et elle trouva du travail au Central Téléphonique du Havre. Lors de sa fermeture, elle alla de petit boulot en petit boulot.

Son frère Pierre, muni de son CAP et Brevet d’étude industrielle de dessinateur industriel, entra aux chantiers Augustin Normand comme manœuvre, en attendant un poste correspondant à sa qualification. Le chef d’atelier lui demanda de dégrossir du caoutchouc avec une meule, ce que Pierre refusa. Le chef lui dit : « Je ne demande pas si ça se fait ou pas, je te demande de le faire. » Il le fit, la meule se brisa, et des morceaux le frappèrent en plein cœur. Il mourut sur le coup, à 21 ans.

Dévastée par la mort de son frère, Anne-Marie entra à l’usine Répelec, entreprise de bobinage et de fil électrique pour bateau. Les conditions de travail étaient très dures. Sa santé ayant été fragilisée par les privations de la guerre et la tuberculose, les horaires décalés la rendirent malade, l’obligeant à quitter l’usine.

En 1952, elle trouva du travail au service du remembrement. Le Havre ayant été détruit sous les bombes, ce travail déterminait les indemnités sur le bâti et le mobilier.
En janvier 1954, elle devint permanente de la JOCF, envoyée d’abord à Caen en Basse Normandie puis au secrétariat national situé à Courbevoie (Haut-de-Seine), pour suivre les écoles professionnelles. Ses trois autres frères militèrent également à la JOC. L’un d’entre eux, Paul Cornière, fut permanent jociste. Gilbert devint prêtre.

En 1957, Anne-Marie Cornière termina son mandat puis se maria avec René Youinou à Douarnenez (Finistère). Ils s’installèrent à Rouen dans un deux pièces sans salle de bain, ni WC. Après la naissance de leur fille Claire en 1958, ils quittèrent Rouen pour habiter en HLM à Oissel. Elle y créa l’Association Populaire Familiale. Les actions commencèrent par l’achat groupé d’une machine à laver le linge, puis d’une cireuse. Bientôt c’est tout le quartier qui milita pour améliorer les conditions de vie : achat direct de pommes de terre par l’intermédiaire d’un agriculteur, organisation de voyages-les gens n’ayant pas de voiture-action pour qu’une pharmacie mutualiste s’installe dans la commune, etc. Ce fut à Oissel que naquirent Catherine en 1960, Véronique en 1961 et Pierre en 1963.

En 1963, la famille s’installa à Grand-Quevilly (Seine-Maritime). Elle fit la rencontre de Claudine Ségalen, Lucette, Yvette, Françoise et les convainquit de créer l’Association populaire familiale (APF). Elles formèrent un Bureau qui décida des actions à mener. L’association démarra avec l’achat collectif d’une machine à tricoter, qui passe d’une famille à l’autre. Puis l’on s’attaqua à l’achat groupé de produits laitiers, négociés en gros et en direct à la Coopérative Agricole de Haute Normandie, pour tout le quartier, à des prix moins élevés que dans le commerce. Dans chaque escalier d’immeuble, une responsable fut chargée de prendre les commandes et de les redistribuer. Des actions de contrôle des prix avec affichage eurent lieu sur le marché.

L’achat des produits laitiers se développa dans plusieurs communes et demanda la création d’une coopérative, l’achat d’un camion et le recrutement d’un chauffeur. C’est à Elbeuf (Seine-Maritime) qu’un local fut mis à disposition de la nouvelle structure, ce qui facilita la distribution et l’organisation, puisque tout se faisait jusqu’alors dans les familles.

A Grand-Quevilly, l’APF organisa des réunions d’éducation Populaire. Sans local pour se réunir, elles se tirent chez les responsables. On y aborda les sujets tels que l’école, les élections politiques, la publicité mensongère, etc. L’APF relaya une campagne internationale de pétition contre « le veau aux hormones », avec défilé de voitures jusqu’à Rouen.

L’association bâtit avec les habitants un projet de halte-garderie, rejeté par la municipalité. Elle n’obtint ni soutien logistique, ni local, ni subventions de la municipalité. C’est vers cette époque que l’APF devint CSCV (Confédération Syndicale du Cadre de Vie).

Une action importante s’organisa à propos des maisons de l’entreprise Morino, où furent logées les familles venues d’Italie ou du Portugal. Le patron avait décidé de les vendre mais à un prix surestimé et tel que les travailleurs ne pouvaient les acheter. Les habitants, sous l’impulsion de l’association, demandèrent une expertise, les prix fuirent baissé, et tous les habitants purent acheter leur maison.

En 1972, la famille déménagea à Cléon (Seine-Maritime). L’association « Action et Culture » en liaison avec le Comité d’Entreprise de la Régie Renault avait lancée la première bibliothèque jeunesse. En 1974, Anne-Marie Youinou fut recrutée afin de suppléer les bénévoles qui l’animait. La bibliothèque était ouverte 15 heures par semaine dans une salle du centre de loisirs de la Régie. Trop petite bien que très moderne, cette bibliothèque ne pouvait recevoir beaucoup d’enfants, l’association créa alors deux bibliothèques de prêt décentralisées à Cléon et à Saint Aubin les Elbeuf.

En 1977, elle fut élue conseillère municipale de Cléon, sur la liste conduite par Alain Rhem. Les habitants avaient souhaité la création de bibliothèques dans les quartiers. En 1978, la municipalité créa la première bibliothèque jeunesse de toute la région elbeuvienne, à l’école Goscinny. Elle en devint l’animatrice, jusqu’en 1988. Dès cette période, Elbeuf et les autres municipalités de l’agglomération créèrent et développèrent aussi leur propre bibliothèque.

Féministe au caractère trempé, libre de parole et d’action, elle fut une personnalité du territoire écoutée. Elle accompagna la vie de la cité, dans l’autonomie et le respect les engagements de son mari, syndicaliste chez Renault Cléon, qui fut maire d’Elbeuf en 1977. Très souvent la logistique syndicale ou associative se faisait au domicile. Il fallait assurer avec l’éducation des enfants.
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En 1982, elle remit sa démission de conseillère municipale de Cléon avant le terme du mandat.

Après le décès de son mari, elle prit d’autres orientations et créa avec des amis le groupe elbeuvien de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS). Suite à un séjour de solidarité en Palestine, elle témoigna des conditions de vie des habitants. Elle milita par la suite à la Pastorale des Migrants pour permettre l’accueil et l’intégration des femmes et des hommes arrivés sur notre territoire. Membre de l’ACO, elle resta en étroite relation avec toutes les composantes de la Mission ouvrière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20655, notice CORNIÈRE Anne-Marie, Claire [épouse YOUINOU] par André Delestre, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 12 février 2021.

Par André Delestre

SOURCES : Arch. JOCF (SG), fichier des anciennes permanentes — certificats de travail. — Entretien avec André Delestre en décembre 2020 — Notes de Catherine Youinou et Éric Belouet — État civil du Havre.

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