CORNU Auguste, Constant

Par Jean Maitron

Né le 9 août 1888 à Beaune (Côte-d’Or), mort le 6 mai 1981 à Berlin (RDA, Allemagne) ; professeur agrégé d’allemand ; docteur ès lettres ; militant syndicaliste et communiste.

Auguste Cornu passa ses années d’enfance et de prime jeunesse à Bastia (Corse) - 1892-1905 - influencé surtout par son père, professeur d’allemand, démocrate socialisant. Il se rendit ensuite à Marseille avec sa famille. Inscrit après son baccalauréat (1906) à la Faculté des lettres d’Aix-en-Provence pour l’allemand, il suivit en fait les cours de l’Université de Berlin (1907-1912) avec l’interruption due au service militaire. Acquis avant son départ pour Berlin au socialisme par la lecture de la Guerre Sociale de Gustave Hervé, il assista en 1907, en qualité d’auditeur libre au congrès socialiste de Stuttgart. En dehors des cours à l’Université, Auguste Cornu fréquenta assidûment à Berlin le café de la Bohême (Kafé des Westens) et les réunions démocrates (Breitscheid, Barth, von Gerlach) et socialistes ainsi qu’un milieu d’anarchistes et de syndicalistes révolutionnaires dissidents (potiers et cigariers) et fit la connaissance du député socialiste de gauche Ledebour et de Karl Liebknecht.

De retour à Marseille, Cornu fut reçu au certificat d’aptitude d’allemand et au diplôme d’études supérieures et il adhéra au Parti socialiste (1914). Puis il fit la guerre de 1914-1918 en qualité d’interprète et sympathisa avec la tendance de Zimmerwald en même temps qu’il était un lecteur de La Vague de Brizon.

Après la guerre, Auguste Cornu acheva à Paris ses études d’allemand : licence ès lettres, 1919, agrégation d’allemand, 1921 et il adhéra au Parti communiste à sa formation. Il exerça comme professeur d’allemand aux collèges de Soissons et de Dunkerque puis aux lycées de Saint-Omer, d’Alès, d’Aix-en-Provence, de Grenoble ou il passa la licence en Droit, de Paris enfin : lycées Pasteur et Buffon.

En 1922, le 5 août, il épousa à Marseille Blanche, Marie Groignard et se fit inscrire à la Sorbonne pour une thèse de doctorat d’État dont le sujet était « La Jeunesse de Karl Marx ». Dès lors, il se consacra à la rédaction de sa thèse dans des conditions difficiles, isolé en province, sans aide et sans appui et devant financer lui-même tous ses séjours de recherche à l’étranger et l’impression de sa thèse qui fut la première thèse marxiste soutenue en Sorbonne.

Après la défection de son directeur de thèse Charles Andler « furieux de voir qu’il ne donnait pas, comme celui-ci l’espérait, dans l’anti-marxisme », Cornu fut néanmoins reçu avec mention « très honorable » en février 1934. Inscrit sur la liste d’aptitude à l’Enseignement supérieur pour la civilisation allemande, il fut en fait exclu de cet enseignement étant donné qu’il n’y avait pas de chaire pour cette matière. Se refusant aux sollicitations, Auguste Cornu acheva sa carrière universitaire comme professeur de lycée après avoir seulement reçu les Palmes d’Officier de l’Instruction publique. Pendant cette période, il se consacra, malgré la grande épreuve que constitua pour lui la mort de son fils, à ses recherches sur le marxisme en même temps qu’au mouvement syndical. Il fut, entre autres, rapporteur au congrès les Amicales des lycées vers 1930 (?) pour l’adhésion de ces Amicales à la CGT et fit la connaissance du théoricien marxiste Georges Politzer*. Il participa également aux travaux du Cercle de la Russie Neuve dirigés par Paul Langevin*, Henri Wallon*, Marcel Prenant*, René Maublanc* et Paul Labérenne* et il publia dans le tome I de À la lumière du marxisme l’étude « Utopisme et Marxisme ».

Au cours de la guerre de 1940-1944, il fut perquisitionné à plusieurs reprises puis il lui fut proposé par Paul Blanc, fondateur de l’OCH de devenir l’interprète du général de Gaulle. C’est alors qu’il fut à nouveau frappé dans ses affections par la mort de sa femme qui avait été son seul soutien pendant les longues et dures années de préparation de sa thèse et qui fut victime d’un bombardement.
Après la guerre, Auguste Cornu accéda à l’Enseignement supérieur, non dans son pays mais grâce au gouvernement de la République démocratique allemande qui lui offrit une chaire de marxisme à l’Université de Leipzig en 1949 puis de Berlin en 1951. Il élargit alors le cadre de son œuvre en lui donnant pour titre : « Karl Marx et Friedrich Engels. Leur vie et leur œuvre » et il se consacra tout entier à la rédaction de cet ouvrage. Le premier tome parut à Berlin-Est en 1954 au temps de Staline, « sans que celui-ci fût cité, ce qui était alors impensable et ne lui valut pas que des compliments ». Il perfectionna alors sa méthode de travail en appliquant plus exactement encore l’analyse marxiste à l’étude de Marx et d’Engels, c’est-à-dire « en expliquant leur vie et leur œuvre par les faits historiques ». Le deuxième tome parut en 1962 et le troisième en 1967. L’ouvrage fut traduit successivement en français, en russe, en polonais, en serbe, en tchèque, en hongrois, en italien, en espagnol, en anglais.

Cet ouvrage lui valu d’être nommé membre correspondant de l’Académie des Sciences de la République démocratique allemande et de l’Académie des Sciences de l’Union soviétique. Puis Auguste Cornu continua à travailler à la refonte et à la poursuite de son œuvre qui devait comprendre quatre tomes, le premier allant de 1818-1820 à 1843, le second de 1843 à 1845, le troisième de 1846 à 1848 et le quatrième de 1848 à 1852.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20665, notice CORNU Auguste, Constant par Jean Maitron, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 20 mai 2013.

Par Jean Maitron

ŒUVRE : Karl Marx et Friedrich Engels. Leur vie et leur œuvre. Edit. Sociales. — Moses Hess et la Gauche hégelienne, Félix Alcan, 1934. — Karl Marx et la pensée moderne. Contribution à l’étude de la formation du marxisme, Éd. sociales, 1948. — Karl Marx et la Révolution de 1848, Presses universitaires, 1948. — Essai de critique marxiste, Edit. Sociales, 1951. — L’Humanité, 30 septembre 1980 : « Berlin 1900. Auguste Cornu raconte. Le dernier témoin de la bohème artistique berlinoise s’entretient avec Jean-Michel Palmier ».

SOURCES : L’Humanité, 9 mai et Le Monde, 10-11 mai 1981. — Notes d’Auguste Cornu à la demande de Jean Maitron et entretien avec celui-ci. — État-civil de Beaune, 23 décembre 1980.

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