SAVOSKI André, Lucien, dit Lucien

Par Daniel Grason

Né le 18 mars 1915 à Paris (XIVe arr.), mort le 13 décembre 2013 à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) ; ajusteur-outilleur ; antifasciste ; interné ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Fils d’Henri Savoski, charpentier, et de Palmyre Prudhomme, sans profession, André Savoski obtint à l’issue de l’école primaire le CEP. Il s’engagea en avril 1935 dans la Marine, il a été affecté pour trois ans au Premier dépôt des Équipages de la Flotte à Cherbourg (Manche). Il fut libéré comme quartier-maître. Son nom figurait aux archives des Renseignements généraux, il avait été signalé en avril 1938 par la sûreté militaire comme un « propagandiste des idées révolutionnaires ».
Rappelé en 1939, il a été mobilisé dans l’armée de terre. Le 13 janvier 1940 il était affecté spécial aux Usines Simca 163 avenue Georges-Clemenceau à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine) comme ajusteur-outilleur. Depuis janvier 1941 André Savoski vivait avec Marthe Ortoli au 3 bis, rue Jean-Jaurès à Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine) dans un logement de trois pièces, cuisine et débarras situé au 6e étage.
Un ouvrier de l’atelier outillage, Edouard Altani lui demanda en novembre 1941 d’entrer un paquet de tracts dans l’usine, il accepta. Rendez-vous lui fut donné de se rendre dans le square Louis XVI à Paris (VIIIe arr.) où il récupéra le paquet. Quelques jours plus tard nouveau rendez-vous au café La Coupole non loin du pont de Neuilly à Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine), un militant de l’organisation clandestine lui demanda s’il accepterait de prendre en charge le tirage de tracts. Il donna son accord quelques semaines plus tard à Edouard Altani.
Il réceptionna une caisse sous le pont des voies des chemins de fer, boulevard de la Chapelle dans le XVIIIe arrondissement. Un militant portant un paletot de cuir l’attendait près d’une poussette où était posée une caisse en bois, il la chargea dans sa remorque, puis pédala jusqu’à la rue Belidor dans le XVIIe arrondissement. Il récupéra des ramettes de papier lors d’un autre rendez-vous.
André Savoski éditait des tracts qui étaient diffusés dans plusieurs usines de la banlieue ouest au nom de Comités populaires d’usines : Simca, Somua, Bronzavia, Glaenzer, Benz, Westinghouse, CAMS, Hotchkiss, Gilbert Lan Ferrier, Jaeger, Soga, Chausson… Les entreprises étaient situées à Nanterre, Argenteuil, Bezons, Sartrouville, Colombes, Levallois-Perret, Asnières, Gennevilliers… Les tirages oscillaient entre 50 et 400 exemplaires. Les stencils lui étaient apportés par René Souillé ou Charles Ethièvre.
Les tirages s’effectuaient dans deux chambres mansardées situées au 4e étage du 1 rue Belidor à Paris (XVIIe arr.) Le journal ronéoté du Comité populaire Simca N° 2 de novembre 1941 titrait « Le 31 octobre de 16 à 16 h 05, Nous avons rendu hommage aux patriotes assassinés par la Gestapo et à notre camarade TIMBAUD. »
« NOUS VENGERONS NOS MORTS ! »
« Les assassins de TIMBAUD préparent la déportation massive de Travailleurs Français en Allemagne. »
« METALLOS !! de chez « SIMCA » ne nous laissons pas embrigader dans les bagnes hitlériens. »
« Redoublons d’ardeur et d’audace et nous aurons : »
« 500 Gr de pain, notre Litre de vin par jour, du beurre et des patates. »
Des policiers filèrent André Savoski, le 29 janvier 1942 vers 18 heures il était vu avec Edouard Altani et Marchand. Le 27 février 1942 il rencontra Altani à 14 heures 15 face à la Poste avenue Georges-Clemenceau à Nanterre, puis il se rendit au pont de Neuilly où il rencontra un homme portant moustache, casquette, vêtu d’un cuir. Le 5 mars vers 15 heures 30 au Pont de Neuilly, nouvelle rencontre avec Altani.
Le 14 mai 1942 à six heures du matin deux inspecteurs des Renseignements généraux frappaient à la porte du domicile d’André Savoski et Marthe Ortoli à Puteaux. Le couple était mis en état d’arrestation. Les deux chambres mansardées du 1 rue Belidor furent perquisitionnées. Les policiers saisissaient une machine à ronéotyper Gestetner à main, 6000 feuilles de papier, 2000 exemplaires du Métallo, sept stencils « Le Métallo », « Les Nazis commandent », « Alerte », « Allo ! avril 1942 », « L’Heure a sonné »…, ainsi que des documents rendant compte de l’activité clandestine.
Le 15 mai 1942 le commissaire de Puteaux Lucien Bizoire procéda à une confrontation entre André Savoski et Edouard Altani. Les deux militants reconnurent qu’ils se connaissaient. Lors de son interrogatoire le 22 mai, André Savoski affirma qu’il n’était pas membre du parti communiste quand l’organisation était légale. Il déclara : « J’ai été amené à participer à cette action non pas du point de vue politique, mais en raison des moyens qui m’étaient ainsi fournis de lutter contre le régime hitlérien. En effet, si je n’approuve pas les doctrines purement politiques du parti communiste, je me suis trouvé d’accord avec les militants du parti clandestin, sur le plan propagande ayant pour but de chasser les troupes allemandes du territoire. »
Frappé à deux reprises, il reconnut qu’il connaissait Altani qui travaillait comme lui aux usines Simca à Nanterre. Il donna son sentiment sur : « une certaine confiance de la part des dirigeants du parti » à son égard « je suppose qu’en raison des risques courus par la détention de cet appareil [le duplicateur] peu de militants ne se sentaient l’audace de conserver chez eux une telle machine. »
Septiques, les policiers le cognèrent, il affirma : « Je n’étais nullement appointé par le parti communiste. Celui-ci se bornait simplement à me défrayer des dépenses nécessitées par la location du logement où j’avais entreposé la machine. »
Le 8 juin 1942, lors d’une confrontation avec Edouard Altani, il confirma qu’il n’avait « jamais appartenu au Parti communiste avant sa dissolution », et qu’il était entré dans l’organisation communiste clandestine à la fin de l’année 1941 par l’intermédiaire d’Altani. Il installa une machine à ronéotyper rue Belidor, tirait des tracts de l’organisation. Edouard Altani confirma les déclarations de Savoski lors de la confrontation.
Inculpé d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, il comparut le 9 avril 1943 devant la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris. André Savoski fut condamné à 30 mois de prison. Onze autres militants impliqués dans la même affaire ont été également condamnés, dont Marthe Ortoli à deux ans de prison, René Souillé à quatre ans de prison. Tous furent condamnés à 1200 francs d’amende.
Emprisonné, André Savoski était le 12 mai 1944 dans le convoi de 2073 hommes qui partit de Compiègne à destination de Buchenwald (Allemagne). Matricule 51285 son parcours concentrationnaire resta inconnu. La libération du camp eut lieu le 11 avril 1945, les détenus organisés dans un Comité militaire clandestin arrêtaient cent vingt-cinq SS et prenaient possession du camp.
L’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton était à Buchenwald. André Savoski matricule 51285, était parmi les survivants du convoi. Il fut homologué comme membre de la Brigade française d’action libératrice, homologué Déporté, interné, résistant (DIR), et au titre des Forces Française Libre (FFL).
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Il s’était marié le 28 juin 1947 à Avion (Pas-de-Calais) avec Marthe Meili.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article206749, notice SAVOSKI André, Lucien, dit Lucien par Daniel Grason, version mise en ligne le 23 septembre 2018, dernière modification le 8 octobre 2018.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z/4/77, Z/4/144. – Arch. PPo. BA 2056, PCF carton 12 rapports hebdomadaires des Renseignements généraux des 26 et 1er juin 1942. – Bureau Résistance GR 16 P 538175. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977. — État civil.

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