ARVIS Pierre dit Pierrot

Par Daniel Grason

Né le 22 janvier 1910 à Argenteuil (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), mort le 11 janvier 1989 à Vierzon (Cher) ; ajusteur dans l’aviation, directeur de la fabrication ; syndicaliste CGT ; résistant ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Pierre Arvis sur le tour de France suivant sur sa moto Antonin Magne
Pierre Arvis sur le tour de France suivant sur sa moto Antonin Magne

Fils de François et de Léonarde, née Demichel, Pierre Arvis savait lire et écrire, il vivait depuis le 29 juin 1940 dans une chambre située au 3e étage du Celtic l’hôtel au 14 rue Ganneron à Paris (XVIIIe arr.). Ajusteur, il travailla dans l’entreprise Lioré-Olivier, syndiqué à la CGT, il fut secrétaire de la section syndicale. De la classe 1930, recrutement de Versailles, à la déclaration de guerre il a été affecté à l’entreprise CIPA à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine). Passionné par le tour de France, il en fut suiveur à moto.
Evacué pendant l’exode, il revint dans la région parisienne le 28 juin 1940. Plusieurs ouvriers se manifestèrent le 11 novembre 1941, jour anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918 dans l’enceinte de l’usine, ils furent interpellés. Pierre Arvis prit part à l’organisation d’une collecte en faveur des emprisonnés, il aurait été chargé de répartir les fonds.
Il fut repéré par la police lors de filatures, des policiers notèrent qu’il était le vendredi 13 février 1942 vers 15 heures avec Edouard Altani place des Ternes dans le XVIIe arrondissement. Les deux hommes conversèrent pendant une heure et demie. Nouvelle rencontre le vendredi 27 février à 18 heures 45 au pont de Neuilly à Puteaux. Ils se rendirent au restaurant Quentin au 3 avenue de Saint-Ouen (XVIIe arr.), à 21 heures 15, ils ressortaient avec un troisième homme, se dirigeait place Clichy au café Le Clichy où ils rencontraient un autre homme.
Le vendredi 13 mars 1942 vers 18 heures 30, nouveau rendez-vous au pont de Neuilly entre Pierre Arvis, Edouard Altani et André Barillot. Tous les trois se rendaient gare Saint-Lazare où ils rencontraient un homme, puis une femme. Ils se séparèrent vers 20 heures 40. Le jeudi 14 mai 1942 à une heure 30 deux inspecteurs du commissariat de Puteaux frappaient à la porte de sa chambre de l’hôtel du 14 rue Ganneron. Deux carnets de poche de 1940 et 1942 étaient saisis. Interrogé le lendemain au commissariat de Puteaux, des policiers lui demandèrent des explications sur les sommes inscrites. Pierre Arvis répondit qu’en 1940 après l’exode de l’argent avait été collecté pour les nécessiteux. Quant à une adresse inscrite sur le carnet de 1941, c’était celle d’un hôpital où séjournait son amie.
Il affirma qu’il n’avait jamais distribué de tracts et qu’il n’était pas membre du parti communiste. Après avoir nié toutes relations avec des militants, il reconnaissait qu’Edouard Altani le présenta à André Barillot, lequel devait le mettre en rapport avec un responsable d’usine afin de former une section syndicale.
Pierre Arvis devait rendre compte à Jules Javernaud, dit « Bertrand » du résultat de son entretien avec André Barillot. Il soutint que ses rapports avec Altani et Barillot étaient purement syndicaux. Quant à Maurice Dupuis rencontré au restaurant, il affirma qu’il ignorait s’il avait une activité politique clandestine.
Il comparut le lundi 8 juin 1942 devant le juge d’instruction. Il confirma sa déclaration au commissaire de Puteaux Lucien Bizoire : « C’est parce-que je craignais d’être compromis que je n’avais pas voulu au début reconnaître, malgré les affirmations des inspecteurs, que j’avais été en rapport avec le Edouard Altani et André Barillot. Je tiens à affirmer, encore une fois aujourd’hui, que les rapports que j’ai eus avec ces deux hommes étaient purement placés sur le plan syndical. » Il affirma : « Je n’ai jamais appartenu au parti communiste et je n’ai jamais été sollicité de militer dans l’organisation clandestine. »
« C’est au début du mois de février que j’ai rencontré un nommé Bertrand, dont j’ignore le nom et l’adresse. Il m’a proposé de me mettre en rapport avec des camarades qui envisageaient la formation d’une section syndicale légale dans la région de Neuilly, Courbevoie. Sur mon acceptation, il m’a mis en rapport avec Edouard Altani. J’ai rencontré ce dernier à plusieurs reprises et n’ai parlé avec lui que de sections syndicales. »
« Un jour dans le courant du mois de mars, Altani m’a présenté Barillot. Ce dernier devait former une section syndicale chez Delage et nous fournir des renseignements à ce sujet. Je n’ai pas [revu]] Altani, j’ai abandonné, depuis la fin du mois de mars, les projets dont il avait été question, car je n’avais pas trouvé les adhésions qui m’étaient nécessaires. »
« En ce qui concerne Dupuis, que je ne connaissais que sous le nom de Charuet, je déclare n’avoir eu avec lui ni rapports politiques, ni rapports syndicaux. [Il] prenait ses repas au même restaurant que moi. Nous nous étions liés et il n’est pas étonnant que l’on ait pu me voir converser avec lui. J’ignorais absolument que cet homme se livrait à une activité clandestine et qu’il était dans l’illégalité. »
« Auguste Clébant et Simon Boudot étaient également des camarades de restaurant avec lesquels je n’entretenais que des relations d’amitiés. Il nous arrivait souvent de nous réunir après diner pour jouer aux cartes, Dupuis venait aussi avec nous. J’affirme que jamais il n’a été question de politique entre nous. »
« Les deux carnets qui font l’objet du scellé 7 que vous me présentez ont bien été saisis à mon domicile. Je confirme les explications que j’ai fournies à monsieur le commissaire de police en ce qui concerne les indications relevées sur ce carnet. »
Edouard Altani confirma les déclarations de Pierre Arvis. Elles « sont exactes en ce qui me concerne, c’est en effet le prénommé Bertrand qui m’a mis en rapports avec lui et m’a chargé de lui présenter Barillot. Je suppose que Barillot devait fournir à Arvis des renseignements sur l’usine Delage. »
Le 9 avril 1943 il comparut devant la Section spéciale de la cour d’Appel de Paris en compagnie d’André Savoski, Marthe Ortoli, Roger Favrie, François Lafaurie, Roger Buquet, Paul Esnault et dix autres inculpés. Pierre Arvis a été condamné à cinq ans de prison et 1200 francs d’amende. Il fut emprisonné successivement à la Santé du 21 mai 1942 au 22 avril 1943, Clairvaux du 22 avril 1943 au 24 septembre 1943, Melun du 24 septembre 1943 au 15 décembre 1943, Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne) du 15 décembre 1943 au 24 avril 1944, puis Compiègne.
Pierre Arvis était dans le convoi qui partit le 12 mai 1944 de Compiègne à destination de Buchenwald, les 2073 détenus arrivèrent quarante-huit heures plus tard. Il a été affecté au kommando de travail de Mühlhausen ou Martha situé à 80 kilomètres au nord-ouest de Buchenwald. Les prisonniers travaillaient dans l’usine Junkers à la fabrication de fuselages et de gouvernes. Ils étaient près de six cents en janvier 1945, cinq cents soixante-neuf prisonniers dont Pierre Arvis furent évacués le 3 avril 1945 sur Buchenwald.
La libération du camp eut lieu le 11 avril 1945, des détenus organisés dans un Comité militaire clandestin arrêtaient cent vingt-cinq SS et prenaient possession du camp. L’après-midi l’armée américaine conduite par le général Patton était à Buchenwald. Pierre Arvis matricule 51829 était parmi les survivants du convoi. Il fut homologué comme membre de la Brigade française d’action libératrice.
Marcel Mugnier liquidateur national du Front National de lutte pour la Libération, l’Indépendance et la Renaissance de la France lui délivra deux attestations, l’une le 22 juillet 1950, l’autre le 23 décembre 1959 dans lesquelles il retraçait son activité dans la résistance. Pierre Arvis a été homologué Déporté interné résistant (DIR), et au titre de la Résistance intérieure (RIF).
Sa sœur Marcelle Arvis épouse Chabot fut également résistante. Arrêtée, elle a été déportée le 31 janvier 1944 à Ravensbrück puis à Zwodau (Allemagne). Elle survécut aux épreuves, elle a été homologuée au titre de la Résistance intérieure française (RIF).
Après la guerre, Pierre Arvis habita 83, rue des Moines à Paris (XVIIe arr.). Il travaillait à la Société industrielle pour l’aéronautique (SIPA), future Aérospatiale dans les années soixante-dix. Ajusteur, par ses compétences il gravit tous les échelons de la hiérarchie, devint directeur de la fabrication. Il continua à être syndiqué à la CGT sans militer en raison de ses responsabilités au sein de l’appareil de direction. Il resta proche du Parti communiste sans en être membre.
En retraite, il partit vivre à Saint-Bon-Tarentaise, dans le hameau La Cuerdy, arrondissement d’Alberville en Savoie. Le hameau devint désert, il en fut le seul habitant, puis la tendance s’inversa, des citadins s’installèrent à la campagne. Pierre Arvis mourut des suites d’un cancer le 11 janvier 1989 à Vierzon (Cher).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article206872, notice ARVIS Pierre dit Pierrot par Daniel Grason, version mise en ligne le 26 décembre 2018, dernière modification le 26 décembre 2018.

Par Daniel Grason

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Pierre Arvis après la guerre, la résistance et la déportation
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SOURCES : AN Z/4/77, Z/4/144. – Arch. PPo. BA 2056, PCF carton 12 rapports hebdomadaire des Renseignements généraux du 26 mai et du 1er juin 1942. – Bureau Résistance GR 16 P 19226. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Nos remerciements à Pierre Arvis, petit-fils de Pierre Arvis pour les informations et les photographies qu’il nous a transmises.

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