CASANOVA Jean [pseudonyme dans la résistance : Gaston]

Par Eric Panthou

Né le 6 juillet 1909 à Viggianello (Corse-du-Sud) , tué au combat le 27 décembre à Saint-Jean-en-Val (Puy-de-Dôme) ; facteur aux PTT ; membre du Parti communiste (PCF) ; interné à la prison du Puy-en-Velay ; évadé ; résistant au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP).

Jean CASANOVA
Jean CASANOVA
Portrait de Jean Casanova

Fils de Pierre et de Marie Mandolini, Jean Casanova était agent de lignes aux PTT, c’est-à-dire facteur, à Cannes (Alpes-Maritimes). Marié à Françoise Santelli, ménagère, le 15 octobre 1932, ils eurent trois enfants.
Il était membre du Parti communiste.
Au moment de la guerre, il fut affecté spécial. Dès décembre 1940, il aurait participé à la réorganisation du PC à Cannes et dans les Alpes-Maritimes avec son frère Jacques à Cannes. Ce dernier rejoignit plus tard le maquis FTP de l’Isère. A partir de juin 1941, Jean Casanova aurait été responsable du courrier au sein de la nouvelle organisation créée par le PCF, le Front national.
Puis en décembre 1941, il fut recherché en tant que militant communiste. Tandis que plusieurs militants cannois étaient arrêtés, il se réfugia alors en Corse à Ghisonaccia fin décembre 1941. Le 15 janvier 1941, il fut condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité par Tribunal Militaire de la 15ème Division, implanté à Marseille.
Il fut arrêté par les gendarmes, le 8 février 1942 à Ghisonaccia (Haute-Corse), après qu’ils aient filé l’un de ses contacts. Après avoir été interné à Bastia, il est embarqué pour l’être à Fort-Saint-Nicolas à Marseille pour environ deux mois. Puis, il est envoyé à la prison militaire de Lodève (Hérault), où étaient internés de nombreux autres militants communistes du sud et sud-est. Là, il participe à la structuration clandestine de ces condamnés politiques. Puis, après la fermeture de la prison suite au débarquement américain en Afrique du Nord et l’occupation de la zone libre par les Allemands, il est envoyé au camp de Mauzac (Dordogne) puis Le Puy (Haute-Loire).

Il fit partie des 79 prisonniers qui dans la nuit du 1er au 2 octobre 1943 purent s’évader grâce aux FTP. La majorité des évadés furent conduits au maquis « Wodli » créé par le PCF, localisé au lieu-dit Raffy de la commune de Queyrière (Haute-Loire), proche d’Yssingeaux. Il aurait été transféré immédiatement en camionnette dans le Puy-de-Dôme vers le camp Gabriel-Péri selon les recherches menées par Raymond Vacheron. Il aurait fait partie du second groupe d’évadés, le premier étant envoyé vers camp Wodli en Haute-Loire, un troisième vers Pinol, en Margeride et un dernier vers Saint-Etienne, d’où provenaient nombre des 50 condamnés politiques évadés. Ce sont Charles Jouan ("Charlot") et Pierre Marion ("Georges") qui ont ramené le groupe de 18 hommes à Cacherat d’Espinasse au camp Gabriel-Péri. Deux camions devaient initialement venir du Camp pour récupérer les évadés, mais ils n’étaient pas présents au moment de l’évasion, ce qui compliqua les choses et limita sans doute le nombre de transferts vers le camp.
Il intégra donc la 1103e compagnie FTP à compter du 1er octobre 1943. Il fut nommé chef de groupe avec le grade de sergent. Cette unité était très mobile pour éviter d’être repérée. Fuyant le nord-ouest du Puy-de-Dôme et la région des Combrailles, elle s’était réfugiée dans le Livradois au sud-est. Mais là encore, elle fut repérée. C’est au cours d’un déplacement de Saint-Germain-l’Herm vers les bois de Fournol qu’elle fut interceptée par un barrage allemand, à Sarpoil, commune de Saint-Jean-en-Val (Puy-de-Dôme), le 27 décembre 1943.
Il a été tué avec quatre autres camarades au cours d’un accrochage avec les troupes allemandes sur le village de Sarpoil. Ils étaient dans le véhicule de tête, une ambulance, d’un convoi du maquis, intercepté par un barrage allemand. Après un accrochage avec le reste des maquisards qui avaient sauté de leur camion, les Allemands fusillèrent les trois résistants descendus de l’ambulance, Raymond Aurousset, Jean-Louis Guillaume et Paul Langlois quand le quatrième, Jean Casanova, resté caché au sein du véhicule avec grenade et explosif, mourut brûlé.
Son corps fut inhumé par les habitants au cimetière de la commune comme résistant inconnu.
Il a été homologué FFI, Mort pour la France, tué à l’ennemi. Sa durée de services homologués va du 1er octobre au 27 décembre 1943. Son activité résistante pour la période antérieure fut considérée comme non démontrée par la Commission régionale en 1952 et il n’obtint donc pas la mention RIF pour cette période.
Son nom ne fut pas mentionné, y compris sous le nom "Inconnu", dans l’état des morts ayant appartenu au Camp Gabriel-Péri, établi en 1947 pour la reconnaissance des droits des victimes. Il fut confondu avec David Stern qui lui ne fut pas tué à Serpoil mais à Vollore-Montagne le 8 juillet 1944.
Il existe deux versions sur l’identification de Jean Casanova. Selon la première, c’est grâce à une enquête menée plusieurs années après par René Crozet alias Jimmy, un jeune blessé lors de ce combat de Sarpoil, que Jean Casanova fut identifié. L’autre source laisse entendre que c’est Philomen Mioch qui courant 1973 apporta des informations sur les circonstances de son décès à sa veuve.
En 1972, le patriote inconnu brûlé vif dans l’ambulance, était présenté comme un dénommé Raoul et belge, en réalité Henri May.
Son frère, Jacques Casanova fut fusillé le 23 décembre 1943 à la prison de Montluc après avoir été arrêté dans l’Isère puis torturé à Lyon. Une rue honore les frères Casanova à Cannes depuis 1949.
Son nom est inscrit sur le Monument Aux Morts de Cannes. Une plaque commémorative a été apposée sur sa tombe.

Son épouse continua d’habiter Cannes après-guerre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article206952, notice CASANOVA Jean [pseudonyme dans la résistance : Gaston] par Eric Panthou, version mise en ligne le 29 septembre 2018, dernière modification le 9 juin 2021.

Par Eric Panthou

Jean CASANOVA
Jean CASANOVA
Portrait de Jean Casanova

Sources : SHD Vincennes, dossier de résistant : GR 16 P 109797 .— SHD Vincennes, dossier19 P 63/5 : liste des membres de la formation Gabriel Péri ou 12e Bataillon comprenant 1103e, 1104e, 1105e et 1106e compagnie FTPF du Puy-de-Dôme, avec durée des services homologuées .— SHD Vincennes, 19 P 63/5 : état des morts ayant appartenu au Camp Gabriel-Péri .— Musée de la Résistance azuréenne.— “C’était ainsi... Le combat de Sarpoil », Résistance d’Auvergne, n°5, janvier 1972 .— Archives municipales de Riom, fonds Georges Cathalifaud : Région FFI R 6 : état des morts ayant appartenu au camp Gabriel Péri .— Lettre de Lucien Ollier à Philomen Mioch, 23 juillet 1973. Copie transmise par Rose Blin-Mioch. — MemorialGenWeb .— Ministère de l’Intérieur, Direction générale de la police nationale. État Français. Circulaire n°40/43 U du 3/10/1943.

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