HOU Dachun 後大椿

Par Alain Roux

Né en 1905 à Tianzhang (Anhui), fusillé le 15 mars 1944.

Son nom est transcrit dans la presse chinoise en langue anglaise en C.D.Ou. Un des dirigeants essentiels du syndicat des travailleurs des Presses Commerciales ( Shanghai Shangwu zhigong hui). Tôt rallié à Wang Jingwei, il participa à divers trafics frauduleux dont une vaste spéculation sur le riz durant l’occupation japonaise qui entraîna sa chute et son exécution le 15 mars 1944.
Né en 1905 à Tianzhang (Anhui), Hou Dachun fut un des « réorganisateurs » du syndicat des travailleurs des Presses Commerciales après le declenchement de la terreur blanche à Shanghai par Chiang Kaï-shek le 12 avril 1927. Il devint le responsable de la branche messagerie (faxingsuo) de ce syndicat, forte de 500 employés, et co-dirigea le syndicat avec Yang Youren* (U.Z.Yang) , le responsable des 3.000 ouvriers de l’imprimerie. Ce syndicat était l’un des Sept Grands Syndicats de Shanghai apparus sur la lancée des mouvements du 4 mai 1919 et du 30 mai 1925 et qui poursuivaient leurs activités après l’élimination de leur composante révolutionnaire. En décembre 1928, Albert Thomas (1978-1932), le président du Bureau International du Travail (BIT), en visite officielle en Chine, rencontra Hou Dachun ainsi que Yang Youren dans les locaux du syndicat. Albert Thomas écrivit dans ses souvenirs (À la rencontre de l’Orient) qu’ils avaient « l’esprit typo » en ajoutant « que des syndicalistes européens parleraient peut-être d’entente avec les patrons et de jaunisse ».
Ce fut en effet dans ce cadre d’une collaboration entre le capital et le travail prôné par Chiang Kaï-shek qu’il commença sa carrière. En août 1930, le Bureau des Affaires Sociales (BAS) de Shanghai, où la clique CC du GMD associé aux réseaux mafieux de Du Yuesheng commençait à tisser sa toile, le désigna comme conseiller auprès du syndicat des travailleurs de la compagnie française de l’eau et de l’électricité (Fadian) dont le personnel était engagé dans une grève dure contre les patrons français. L’autre conseiller était Chen Junyi, un membre de la commision des enquêtes du Dangbu (le bureau local du GMD) et un « disciple » de Du Yuesheng. À l’automne 1930, Hou Dachun, qui était lui aussi devenu à cette date un des responsables du Dangbu de Shanghai, fut très actif lors d’un mouvement de boycott anti-japonais, durant lequel il s’appropria de marchandises saisies. Lors du procés qui découla de cette affaire de détournement de biens en novembre 1931, Pan Gongzhan, le directeur du BAS, qui appartenait comme lui à la clique CC, refusa de témoigner en sa faveur, ce qui poussa Hou Dachun à rejoindre le clan « sudiste » en décembre 1931 et à se ranger aux côtés de *Wang Jingwei. Des bagarres survenues lors du défilé des lampions organisé à l’occasion de la fête nationale du 10 octobre 1930, entre syndicalistes des Presses Commerciales et membres du syndicat de la manufacture de cigarettes Huacheng présidé par le « labor boss » Zhou Xuexiang*, renvoient sans doute à un conflit territorial pour le contrôle de Zhabei entre « dealers ». En effet, Hou Dachun semble avoir été en étroites relations dès cette époque avec le monde des voyous de Zhabei. Le 10 décembre 1931, 2 700 travailleurs des Presses entament une grève perlée devant le refus patronal de leur verser une prime à l’occasion du 35e anniversaire de l’entreprise. Ce mouvement est animé par des opposants à Hou Dachun et à Yang Youren, qui le combattent : une assemblée générale des grévistes élut 25 délégués et exigea la dissolution de la direction du syndicat. Le 23 décembre, le Dangbu, où les « sudistes » de Wang Jingwei venaient de supplanter les « nordistes » de Chiang Kaï-shek, nomme une nouvelle direction du syndicat des Presses où ne se trouve aucun de ces délégués et, le 25, Hou Dachun et Yang Youren s’installent à nouveau dans les locaux du syndicat avec l’appui d’un service d’ordre formé de nervis et de voyous (liumang). Le 26 décembre une bagarre générale éclate : on dénombre huit blessés, dont Hou Dachun. Suit une médiation où Du Yuesheng intervint : une nouvelle direction du syndicat est désignée, dirigée par Ge Hecai. L’influence des « sudistes » est en déclin suite au compromis politique qui permet le retour au premier plan de Chiang Kaï-shek dans le contexte de la bataille de Shanghai contre les Japonais qui commence le 28 janvier 1932 : Hou Dachun s’efface. Les bâtiments des Presses Commerciales sont détruits pendant les combats : l’enjeu du conflit pour la direction de son syndicat s’est envolé en fumée.
Hou Dachun reparait en 1937, dans le contexte de la guerre sino-japonaise. Il avait conservé des responsabilités au Dangbu et ses activités étaient désormais politiques. Tout en soutenant le gouvernement GMD replié à Chongqing, Hou Dachun, fidèle à sa sympathie pour Wang Jingwei, participa bientôt au « « mouvement de paix » animé par les partisans de ce dernier. Ses liens anciens avec l’ancien dirigeant des Presses Commerciales Li Shengwu devenu ministre de l’éducation dans le gouvernement « réformé » établi à Nankin en 1940 sous la « protection » des envahisseurs japonais lui permirent de faire une rapide carrière au Comité de formation des masses et au Comité de pacification rurale. Nommé chef du Bureau des vivres du gouvernement du Jiangsu, son appât du gain fit de lui un rouage central d’un vaste réseau de spéculation sur le riz. Le hasard d’un contrôle en octobre 1943 entraîna son arrestation par la police militaire japonaise le 21 janvier 1944. Le régime de Wang Jingwei aux abois saisit cette occasion pour faire un exemple de sévérité contre un « affameur du peuple » bien réel : condamné plus sévèrement que ses complices à la peine de mort, Hou Dachun fut fusillé le 15 mars 1944.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article207028, notice HOU Dachun 後大椿 par Alain Roux, version mise en ligne le 1er octobre 2018, dernière modification le 5 novembre 2022.

Par Alain Roux

SOURCES : Roux, 1991. — David Serfass : Le gouvernement collaborateur de Wang Jingwei , p. 862.

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