JAFFRÉ Emmanuel, Mathurin, Marie

Par Jean-Pierre Husson ; Jocelyne Husson

Né le 14 mai 1900 à Saint-Thuriau (Morbihan), mort des suites de tortures le 1er septembre 1944 à Sarzeau (Morbihan) ; gendarme ; résistant ; FFI.

Emmanuel Jaffré
Emmanuel Jaffré
SOURCE : Les services de l’État du Morbihan

Emmanuel Jaffré était le fils de Joseph Marie Jaffré, charpentier, et de Damienne, Marie Le Thuaut, ménagère. Il avait épousé Marguerite Marie Philomène Le Denmat le 7 octobre 1924 à Pontivy (Morbihan) et le couple était domicilié à Sarzeau (Morbihan) où Emmanuel Jaffré exerçait la profession de gendarme.

Engagé volontaire en août 1918 dans la Marine nationale (maitre canonnier), décoré de la Médaille de la Grande Guerre et de la Médaille interalliée dite de la Victoire, il avait intégré la gendarmerie en tant qu’élève gendarme le 20 mai 1923. Il a été affecté successivement à la 4e Légion de gendarmerie, puis à la 3e Légion de gendarmerie, et enfin à la 11e Légion de gendarmerie le 10 juillet 1928. Admis dans le corps des sous-officiers le 1er avril 1929, il fut affecté le 1er septembre 1941 à la brigade de Sarzeau (Morbihan), devenue Légion de Bretagne en 1943.

Membre du réseau Action, recruté par le Commandant Maurice ’’ Yodi ’’ Guillaudot, chef du réseau et de la Compagnie du Morbihan, il participa notamment à l’élaboration de l’important rapport dit du « Panier de cerises » (cartographie des positions militaires allemandes du Morbihan). Il effectua régulièrement des transports d’armes destinées à l’Armée secrète.
Le 31 mars 1944, Emmanuel Jaffré fut arrêté à la Brigade de Sarzeau (Morbihan) dans le cadre d’un vaste coup de filet mené par la Police allemande contre les responsables de l’Armée secrète. Ces arrestations aboutirent à l’exécution le 8 juin 1944 à Rennes d’Albert Le Brun, Gabriel Malard, Émile Le Grévellec, Léon Le Barzic et Jean-Paul Burgot, ainsi qu’à la déportation en juillet 1944 de treize résistants à Neuengamme.
Incarcéré à la prison de vannes, il a été transférée le 21 avril 1944 à la prison de Rennes, Emmanuel Jaffré y fut torturé. Sur les registres en face de son nom, est écrit à l’encre rouge la mention : « tête dure ».
Selon un rapport du docteur Eugène Marquis, cité par Kristian Hamon, pour le faire parler, on le mit à plat ventre sur un tabouret tournant, pieds et poings liés, puis ses tortionnaires firent tourner le tabouret pendant l’interrogatoire. Comme il ne répondait pas, on le frappait à coups de nerfs de bœuf : « Á la suite de ses mauvais traitements il fit une furonculose, puis une congestion pulmonaire soignée à la maison d’arrêt de Rennes puis enfin une pleurésie purulente et le 26 juin fut transféré à l’infirmerie de la caserne Margueritte. Il fut abandonné par les Allemands en fuite, étant reconnu intransportable »

Il fut libéré par les troupes américaines le 4 août 1944.Très affaibli par sa détention et les sévices subis, il fut hospitalisé dans la clinique Saint-Vincent, puis ramené à son domicile au Bindo en Sarzeau, où il est décédé le 1er septembre 1944.

Emmanuel Jaffré a obtenu la mention « Mort pour la France » et a été homologué FFI. Le titre d’Interné-Résistant lui a été attribué à titre posthume, ainsi que la Médaille de la Résistance par décret du 6 septembre 1945, publié au JO du 12 septembre 1945.

En juillet 2019, la 97e promotion d’élèves de l’école de Gendarmerie de Châteaulin a choisi le gendarme Emmanuel Jaffré comme parrain et a honoré sa mémoire en apposant une plaque sur la façade de la brigade de Gendarmerie de Sarzeau qui porte l’inscription :

« À la mémoire du gendarme JAFFRÉ Emmanuel
résistant et membre des FFI,
arrêté à la brigade de Sarzeau le 31/03/1944 par la gestapo.
Emprisonné à Rennes et sauvagement torturé par ses geôliers,
il ne parlera jamais...
Libéré par les troupes américaines en août 1944,
il décède à son domicile à Sarzeau le 01/09/1944 à l’âge de 44 ans
des suites de ses blessures subies pendant son incarcération.
La 97e promotion de l’école de gendarmerie de Châteaulin à son parrain. »

Dans le Morbihan, à Sarzeau où une place porte son nom, Emmanuel Jaffré et son fils Emmanuel Joseph figurent sur le monument aux morts communal.
Emmanuel Joseph Jaffré, né le 17 juillet 1926 à Pontivy, était en juin 1944 moniteur d’éducation physique à l’École militaire des enfants de troupe de Tulle (Corrèze), lorsque le 9 juin 1944 la ville fut investie par la division Das Reich, qui pendit aux balcons quatre-vingt-dix-neuf otages. Plus d’une centaine d’otages furent déportés, dont Emmanuel Joseph Jaffré qui décéda dans le « train de la mort » parti de Compiègne le 2 juillet 1944 en direction de Dachau (Allemagne).
À Pontivy, une « rue Emmanuel Jaffré père et fils » honore leur mémoire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article207036, notice JAFFRÉ Emmanuel, Mathurin, Marie par Jean-Pierre Husson ; Jocelyne Husson, version mise en ligne le 1er octobre 2018, dernière modification le 16 février 2021.

Par Jean-Pierre Husson ; Jocelyne Husson

Emmanuel Jaffré
Emmanuel Jaffré
SOURCE : Les services de l’État du Morbihan
Sur le monument aux morts de Sarzeau
Sur le monument aux morts de Sarzeau
Sur la façade de la Gendarmerie de Sarzeau
Sur la façade de la Gendarmerie de Sarzeau
SOURCE :
Photos Jean-Pierre et Jocelyne Husson

SOURCES : SHD, Vincennes, GR 16 P 304952. — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur éditeur à Mayenne, 1978. — Kristian Hamon, Chez nous il n’y a que des morts. L’action des parachutistes du SAS en Bretagne », à paraître. — Site Internet Les services de l’État dans le Morbihan - Portraits de gendarmes résistants (photo) — Mémorial GenWeb .— État civil, Saint-Thuriau (acte de naissance) ; Sarzeau (acte de décès).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément