PLANTIER Maurice, Paul, Max

Par Robert Mencherini

Né le 8 mai 1913 à Venelles (Bouches-du-Rhône), blessé au combat et exécuté, le 19 août 1944, entre Venelles et Puyricard (Bouches-du-Rhône) ; représentant de commerce, puis infirmier ; socialiste et franc-maçon ; résistant, membre du mouvement Combat, adjoint au chef régional du MUR-MLN.

Stèle Maurice Plantier à Venelles, vue d’ensemble
Stèle Maurice Plantier à Venelles, vue d’ensemble
Cliché Robert Mencherini

Maurice Plantier, cadet de deux garçons, est né dans l’école primaire située sur les hauteurs de la petite bourgade de Venelles, où son père Auguste Paul Plantier et sa mère Sidonie Maximilienne, née Gautier, étaient instituteurs publics. Après l’école communale, il fut, à la fin des années 1920, élève de l’EPS (École primaire supérieure) de garçons de la ville d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Maurice Plantier y fit une rencontre déterminante, celle d’Henri Malacrida*. Ce professeur d’histoire-géographie, militant socialiste et franc-maçon, pour lequel l’EPS ne pouvait être qu’une « véritable école du peuple », garda un souvenir ému et chaleureux de cet élève avec lequel il appréciait de s’entretenir. L’influence d’Henri Malacrida fut sans doute pour beaucoup dans l’adhésion de Maurice Plantier au Parti socialiste dont il fut vite reconnu comme « un militant ardent » et dans l’entrée du jeune homme en franc-maçonnerie, à la loge « Les Arts et l’amitié » du Grand Orient de France, l’une des plus anciennes de France.
Maurice Plantier effectua son service militaire au 2e bataillon de l’Air. Rendu à la vie civile en juillet 1935, il se maria, le 17 octobre de la même année, avec Paulette Louise Pascal dont il eut une petite fille. Il travaillait alors comme représentant de commerce.
En 1939, il fut mobilisé au 141e régiment d’infanterie alpine. Celui-ci fut affecté dans les Alpes, puis dans le Nord-Est de la France, aux environs de Bitche (Moselle), avant d’être envoyé sur la Somme. Maurice Plantier fut fait prisonnier à Saint-Dié (Vosges), le 26 juin 1940. Il parvint à s’évader, après neuf mois de détention, en février 1941. De retour à Aix-en-Provence, il trouva un emploi d’infirmier à l’hôpital psychiatrique de cette ville.
Bien décidé à agir pour la libération du pays, il aurait, selon certaines sources, participé au réseau Jean-Marie du SOE (Special operations executive). Quoiqu’il en soit, il renoua rapidement des liens établis avant l’interdiction des loges maçonniques. Il participa, en particulier, avec d’autres francs maçons d’Aix, à une réunion clandestine, organisée, à Marseille, par Henri Malacrida, dans le cadre du mouvement Combat. Très actif, Maurice Plantier s’investit dans la réception de parachutages, la collecte d’armes et l’aide aux réfractaires au STO (Service travail obligatoire). Il servit aussi de « boîte aux lettres » au mouvement. Repéré par les occupants, il fut arrêté le 27 avril 1943 et interrogé au siège du SIPO-SD (Police et services de sécurité allemands), 425 rue Paradis à Marseille (Bouches-du-Rhône). Il apparaît, à la date du 4 juillet 1943, sur le livre de saisie de celui-ci, sous le numéro 175, en possession de 575 francs. On le retrouve, sous son nom, dans le « Rapport Flora », où Ernst Dunker-Delage, responsable du SIPO-SD dresse le bilan du coup de filet meurtrier pour les MUR (Mouvements unis de Résistance) effectué de mars à juillet 1943. Porteur du numéro 32 (sur une liste de 105 personnes identifiées comme membres ou liées à l’organisation), Maurice Plantier est qualifié de « boîte aux lettres et agent de liaison du COPA [Centre d’opération de parachutage et d’atterrissage] et Combat ». Interné à la prison Saint-Pierre de Marseille, il fut ensuite transféré à Paris (le 17 août 1943 selon le livre de saisie du SIPO-SD de Marseille, mais d’autres sources évoquent son incarcération à Fresnes, en juin 1943). Envoyé à Compiègne pour être déporté, il s’évada du convoi le 22 décembre 1943, en sautant du train qui l’emmenait en Allemagne, aux alentours de Chalons-sur-Saône (Saône-et-Loire).
De retour en Provence, Maurice Plantier fut, par mesure de sécurité, mis au vert à Seyne-les-Alpes (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence). Ce qui ne l’empêcha pas de participer à des parachutages. Mieux, devenu l’adjoint de Max Juvenal*, Ovide, Maxence chef des MUR pour la région R2, il l’accompagna en Italie. Il était présent à ses côtés, le 30 mai 1944, lorsque furent signés les accords avec la Résistance piémontaise, à Saretto, dans la haute vallée de la Maïra, près du col de Larche. En juin 1944, il intervint, à la tête d’un groupe important, pour permettre le dégagement vers l’Italie d’un maquis de la région de Barcelonnette (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence).
En juillet 1944, de retour dans la proche région d’Aix, il y participa à de nombreuses opérations et assura la protection de Max Juvenal. Le 18 août 1944, Maxence décida de rejoindre son frère Jean Juvenal, Janville, qui tenait, avec ses hommes, le secteur de Vauvenargues (Bouches-du-Rhône, au nord de la Sainte-Victoire). Le groupe d’une trentaine de résistants, en route dans cette direction depuis Rognes (Bouches-du-Rhône), traversa la plaine de Venelles et la route des Alpes avant d’établir son bivouac à proximité. Mais, ayant appris qu’il était possible de libérer des camarades emprisonnés et Max Juvenal ayant rendez-vous, pour cette opération, à Puyricard (Bouches-du-Rhône), ils firent, le lendemain, le chemin inverse. En traversant, de nouveau, la route des Alpes parcourue par des convois ennemis en retraite, ils furent accrochés par deux colonnes allemandes. Max Juvénal, grièvement blessé, donna l’ordre à ses amis de continuer leur route. Maurice Plantier, blessé moins gravement, lui obéit à regret et put se réfugier dans une ferme. Soucieux de porter secours à Max Juvenal, il refusa de fuir dans une automobile récupérée par l’un de ses camarades, Paul Ferréol, avant que Juvénal n’ait été retrouvé. Mais une patrouille allemande ratissait le secteur. Maurice Plantier s’éloigna de la ferme qui l’avait accueilli et fut abattu. Les Allemands enfouirent son corps sur place, de manière sommaire. Il fut, par la suite, exhumé par ses camarades et transféré au cimetière de Puyricard.
Un an plus tard, le 19 août 1945, fut inaugurée, à Venelles, sur le lieu de sa mort, en présence des associations de Résistance, des autorités et d’une foule nombreuse, une stèle commémorative en l’honneur de Maurice Plantier. Érigée avenue de la gare, près du pont ferroviaire sous lequel passe la route vers Puyricard, œuvre du sculpteur aixois Barnier, elle fut édifiée grâce à une souscription publique organisée par le comité « souvenir Maurice Plantier » qui en fit don à la commune.
Maurice Plantier obtint la mention « Mort pour la France » et fut homologué Commandant. Chevalier de la Légion d’honneur, il fut décoré de la Croix de Guerre avec palme, de la Médaille de la Résistance avec rosette. Un décret du 20 janvier 1946 lui attribua la Croix de la Libération et le titre de Compagnon de la Libération.
Le nom de Maurice Plantier fut donné à une avenue de Venelles et à l’école publique où il avait été élevé. Il figure sur les monuments aux morts de la commune de Venelles et de Puyricard, à Aix, sur le monument de la Résistance du cimetière Saint-Pierre, et sur la plaque commémorative de la place des Martyrs de la Résistance, à Lambesc (Bouches-du-Rhône), sur le mémorial du maquis de Sainte-Anne. Il est également inscrit sur le mémorial du Grand Orient de France, rue Cadet à Paris.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article207050, notice PLANTIER Maurice, Paul, Max par Robert Mencherini, version mise en ligne le 2 octobre 2018, dernière modification le 3 avril 2021.

Par Robert Mencherini

Stèle Maurice Plantier à Venelles, vue d'ensemble
Stèle Maurice Plantier à Venelles, vue d’ensemble
Cliché Robert Mencherini
Stèle Maurice Plantier à Venelles, plan rapproché
Stèle Maurice Plantier à Venelles, plan rapproché
Cliché Robert Mencherini

SOURCES : AVCC Caen, 21 P136239, dossier de mort pour la France ; 27 P 45, livre de saisies de la police de sécurité (SD), commencé le 14 juin 1943. — Arch. Nat. 72 AJ 104, témoignage de Max Juvenal — Arch. Dep. Bouches-du-Rhône 44J43, témoignage de Max Juvenal — Arch. Mun. Aix-en-Provence, 6H57, 6h58, 6H61. — Arch. ANACR Aix-en-Provence. — La Provence libérée, samedi 25 août et 31 août 1945. — Madeleine Baudoin, "Témoins de la Résistance en R2, intérêt du témoignage en histoire contemporaine", thèse de doctorat d’État, Université de Provence, 1977, « Carnet de route de Max Juvenal », « Rapport Flora ». — Marie-Thérèse Claverie, « Maurice Plantier », Journal de l’ANACR, n°65, 2e trimestre 2012. — André Combes, La Franc-maçonnerie sous l’Occupation, Monaco, Les éditions du Rocher, 2001. — Pierre Gabert, « Maurice Plantier », IDERM en Provence, n°3, 2002. — Jean Garcin, De l’armistice à la libération dans les Alpes de Haute-Provence, 17 juin 1940 - 20 août 1944. Chronique. Essai sur l’histoire de la Résistance avec un prologue 1935-1940 et un épilogue 1944 - 1945, Digne, Chez l’auteur, 1983, document complémentaire, 1985, 2e édition, 1990. — Robert Mencherini, Résistance et Occupation, 1940-1944, Midi rouge, Ombres et lumières. Histoire politique et sociale de Marseille et des Bouches-du-Rhône, 1930 - 1950, tome 3, Paris, Syllepse, 2011. — Jean-Claude Pouzet, La Résistance mosaïque, Marseille, Jeanne Laffitte, 1990. — Site de l’Ordre de la Libération — Site « L’histoire des Vennellois racontée par les Venellois », témoignage de Mme Fina.

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