COSTA Eugène, Joseph

Par Gérard Leidet

Né le 22 juillet 1911 à Cadolive (Bouches-du-Rhône), mort le 4 octobre 1999 à Rognes (Bouches-du-Rhône) ; instituteur ; secrétaire général de la section des Bouches-du-Rhône (1950-1953) du Syndicat national des instituteurs ; militant pédagogique et de l’Office central des coopératives scolaires, président de la section départementale de l’École moderne (groupes Freinet) et de la CEL (coopérative de l’enseignement laïc).

Le père d’Eugène Costa, Victor Costa, instituteur à l’école de Cadolive, petite localité minière, secrétaire de la section locale socialiste, fut tué au front en décembre 1914 et la fédération socialiste SFIO des Bouches-du-Rhône publia dans Le Petit Provençal son éloge funèbre, évoquant un « défenseur acharné des idées de paix [...] tombé victime de la guerre [...] ». Eugène Costa, fut « adopté par la nation » par jugement du 14 avril 1919 du tribunal civil de Marseille. Pupille de la Nation, il devint le fils adoptif de Maurin Augustin, épicier, né en 1874 à Cadolive, et de Maurin Maria née en 1881 à Altopaschi (Italie). Ces derniers, « figures » estimées du village, avaient sans doute bien connu Victor Costa.

Eugène Costa poursuivit ses études à l’École normale d’instituteurs d’Aix-en-Provence puis enseigna à partir de la rentrée d’octobre 1931, en compagnie de Marcel Bens et Clotilde Bens, à l’école de Cadolive (celle-là même où sept ans auparavant Marie et François Mayoux avaient été nommés après leur réintégration dans l’Instruction publique…). Avec Clotilde et Marcel Bens, il utilisait les méthodes et les pratiques pédagogiques que développait Célestin Freinet ; ils militaient pour les idées de l’instituteur de Bar-sur-Loup, puis de Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes), qui avait fondé, le 4 août 1928 au deuxième congrès des imprimeurs qui se tint à Paris, salle de la Bellevilloise, la Coopérative de l’Enseignement laïc (CEL). Ce congrès, était jumelé avec celui de la FUE, comme le précédent qui avait eu lieu à Tours. La CEL correspondit à l’entité qui fusionna deux associations créées par Freinet. L’une qui avait une bonne assise financière, la Cinémathèque coopérative de l’enseignement laïque créée en 1927 à Tours ; l’autre déficitaire, la Coopérative d’entraide pédagogique qui vendait des presses d’imprimerie et qui, elle, fonctionnait sans existence légale depuis 1926.

Très rapidement, Eugène Costa utilisa l’imprimerie à l’école, et publiait avec ses élèves un « Journal scolaire ». Il fut ensuite responsable, pour les Bouches-du-Rhône, de La gerbe, « coorevue » d’enfants composée et imprimée par les écoles travaillant avec l’imprimerie, une revue mensuelle éditée par « l’Imprimerie à l’École » de Bar-sur-Loup dont le premier numéro parut en avril 1927. La parution de la revue se poursuivit, de façon un peu irrégulière, jusqu’en 1956.

Peu de temps auparavant, il s’était marié à Marseille, le 30 avril 1932, avec Fernande Juliette Francou qui était, elle aussi, adepte des techniques de l’École moderne et militait dans le mouvement Freinet. Par ailleurs, les liens qui se nouèrent entre Célestin Freinet et Eugène Costa ne furent pas seulement pédagogiques et syndicaux, mais semblèrent aussi être familiaux. Francou, le nom de jeune-fille de Fernande Costa peut laisser deviner l’idée d’un rapprochement possible, d’ordre familial, entre les deux militants enseignants et pédagogiques. En effet, Francou était aussi le nom de jeune-fille de Clémence Bens (son prénom d’usage, alors qu’à l’état-civil, elle se prénommait Clotilde). Or Clémence Bens était la mère de Jacques Bens époux de Madeleine Freinet, la fille de Célestin et d’ Élise Freinet.

À l’été 1934, Eugène Costa se rendit en URSS. À son retour, il effectua un compte rendu qui parut dans le numéro 1 d’octobre (1934) de L’Educateur prolétarien. Dans la partie « documentation internationale » de la revue il contribua, avec d’autres instituteurs qui avaient effectué un voyage d’études à Moscou, à une série d’articles sur l’école en URSS. Il apporta son témoignage, sur « l’école polytechnique », en prenant appui sur les contacts qu’il avait eus avec des éducateurs et des enseignants soviétiques. Lecteur assidu d’ouvrages de pédagogie, Eugène Costa connaissait déjà les principes théoriques de « l’école polytechnique » mais il en découvrit sur place « la vie pratique ». La vie scolaire se réalisant par étapes, et l’école évoluant au rythme des formes de l’économie soviétique, il fut persuadé que cette évolution se poursuivrait et que les conceptions de Célestin Freinet allaient trouver là-bas aussi l’application qu’elles n’avaient pas encore. Aux côtés de l’instruction générale des élèves, cette « école polytechnique » envisageait l’instruction polytechnique, la liaison de l’enseignement avec le travail productif dans l’industrie et l’agriculture, l’éducation physique. Du point de vue pratique, ces études s’effectuaient en partie à l’école dans des ateliers de travail manuel, et hors de l’école dans la grande industrie. Costa détailla tous ces aspects dans son rapport analytique de l’école n° 25 de Moscou, lieu d’éducation pour un millier d‘enfants soviétiques de 8 à 18 ans. Ce qui le marqua visiblement dans ce type de système éducatif tenait au fait qu’il ne s’agissait pas là d’une simple « orientation professionnelle » (comme c’était le cas en France, après l’âge de 13 ans, pour la plupart des enfants du peuple) mais d’une authentique « éducation rationnelle » au sein de laquelle les travaux manuels et mécaniques étaient considérés comme une solide base d’enseignement. Un tel système, qui ne pouvait trouver selon lui son épanouissement que dans une société à base économique nouvelle, n’avait pas encore déployé toutes ses potentialités.

Après la guerre, directeur de l’école de la rue de La Loubière, puis de celle de La Barasse à Marseille et membre du conseil syndical de la section départementale du SNI, Costa engagea le débat sur l’apprentissage de la lecture à l’école. Les conférences pédagogiques de 1947 avaient, en effet, vulgarisé la méthode globale de lecture. Dans un article intitulé « Globale ou syllabique ? », paru en janvier 1949, il établit le constat d’une certaine régression de cette approche pédagogique en analysant trois pistes de réflexion. La première concernait la formation des maîtres. Il émit le vœu de voir les deux méthodes « être traitées au moins comme équivalentes, en théorie et dans la pratique ». La deuxième, reliée à la précédente, pariait sur l’attitude compréhensive des inspecteurs de l’enseignement primaire et leur soutien pratique afin « de ne pas redouter les erreurs d’interprétation » concernant les acquisitions des élèves. Enfin la question du matériel — nécessitant un long investissement personnel du maître dans le cas de la méthode globale — se posait de façon pédagogique et financière. Sur ce dernier point, il pensait que l’action syndicale devait permettre d’obtenir le matériel nécessaire. Il termina sa contribution en demandant à chaque instituteur d’apporter à ce débat une expression personnelle.

Dans le même temps, Costa participait à l’animation du SNI. Dès 1945, il fut membre du collectif qui jeta les bases du Syndicat unique de l’enseignement des Bouches-du-Rhône (future section départementale de la Fédération de l’éducation nationale). En 1949-1950, comme secrétaire de la section départementale du SNI, il transmit au bureau national du SNI la résolution votée le 9 janvier 1950 (soutien à la grève des dockers qui refusaient de charger les armes pour la guerre d’Indochine, salut aux marins, métallos, ouvriers, cheminots qui soutenaient l’action, demande de voir cesser les hostilités et d’obtenir le retour rapide du corps expéditionnaire français). Il exprima, à plusieurs reprises, des critiques par rapport aux positions de la majorité du SNI. Lors de la réunion du conseil national, le 17 juillet 1950, il intervint dans le débat sur la carte scolaire initié par Denis Forestier qu’il critiqua, car, selon lui, la question de l’enseignement primaire devait être traitée au niveau départemental et non pas national. Au cours du congrès suivant, le 19 juillet, il montra son mécontentement par rapport à l’action du bureau national. Lorsque le conseil national se réunit à nouveau le 27 décembre 1950, il critiqua l’appel pour la paix lancé au début de la guerre de Corée par la direction du SNI parce que les responsables de la guerre n’étaient pas identifiés.

Dans les années d’après-guerre, entre 1945 et 1949, Eugène Costa poursuivit l’écriture de ses articles pédagogiques dans la revue L’Éducateur. Dans une de ses contributions, il indiqua prendre à son compte l’animation de la commission des classes de sixièmes nouvelles créées dans les lycées par la réforme Langevin-Wallon (L’Éducateur n°10, 1946). Outre la responsabilité de cette commission, et celle de la refondation du groupe départemental des Bouches-du-Rhône, il prit la responsabilité de la CEL en en devenant Président de 1956 à 1962. Il succédait alors aux dix années de présidence d’après-guerre de Florentin Alziary. Cette succession se produisit, après le XIe congrès de l’École moderne (premier congrès à dimension internationale du mouvement) qui se tint à Aix-en-Provence en 1955. Costa avait été le principal organisateur de ce congrès ; il animait la délégation marseillaise lors de ces journées au cours desquelles les 600 participants, au-delà des thématiques chères aux partisans de Freinet, avaient posé la question cruciale de la réduction des effectifs (25 élèves par classe). Tout en présidant la section départementale de l’École moderne (groupes Freinet), il militait dans l’Office central des coopératives scolaires.

Eugène Costa, membre du comité de patronage de l’exposition des peintres pour la paix (concours départemental de février 1951), secrétaire général de la section départementale en 1951, introduisit le rapport moral au congrès de Salon en juillet 1951 en présence de Jean Buisson et Émile Labrunie. Il insista sur le renforcement de l’école laïque dans un contexte scolaire menacé (futures lois Marie et Barangé). À l’issue de ce congrès, trois résolutions furent votées : la demande de libération d’Henri Martin ; la participation des instituteurs à « la journée du 15 juillet 1951 en défense de la paix », et le soutien à l’appel du Comité mondial de la paix qui réclamait « un pacte de paix entre les cinq grands ». Dans son allocution de clôture, il évoqua le fonctionnement interne de la section départementale et reprit ses critiques à l’encontre de la majorité nationale du SNI : « Contrairement à la politique pratiquée par le bureau national à l’égard des minorités (CGT), le bureau départemental laisse aux minorités une large place dans la discussion. » Il rappela notamment que ce n’était qu’après un échange de vues qu’avait été voté, par l’ensemble du personnel enseignant, l’appel contre le réarmement de l’Allemagne.

En ce début des années 1950, Costa dirigeait dans son quartier l’association des intérêts locaux. En 1953, le 5é février, il présida un meeting des enseignants au cinéma La Plaine, place Jean Jaurès. Le 12 juin 1953, il était membre du bureau d’une assemblée de fonctionnaires et agents du service public toujours au cinéma La Plaine. Le 25 octobre de cette même année, il participa à l’appel de 42 personnalités marseillaises en faveur du rassemblement régional de la paix.

En 1957, Costa devint secrétaire dans la section syndicale départementale à l’action laïque et aux activités pédagogiques et le demeura jusqu’en 1964.

En continuant d’articuler étroitement questions corporatives et pédagogiques, Eugène Costa, membre du Conseil départemental de l’enseignement primaire et du comité technique paritaire, incarna longtemps au sein de la section départementale des Bouches-du-Rhône, un type de militantisme syndical et pédagogique assez exemplaire, et qui marqua longtemps les mémoires militantes chez les instituteurs et institutrices du département.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20722, notice COSTA Eugène, Joseph par Gérard Leidet, version mise en ligne le 30 août 2021, dernière modification le 5 octobre 2021.

Par Gérard Leidet

ŒUVRE : Liste des numéros de L’Éducateur Prolétarien et de L’Éducateur qui contiennent des articles d’Eugène Costa : L’Éducateur Prolétarien : année 1933-1934, n°3 ; année 1934-1935, n°1, 3, 5, 10 ; année 1935-1936, n°4. — L’Éducateur : année 1945 -1946, n°6 (1945), n°10 (1946), n°20 (1946) ; année 1946 -1947, n°11 ; année 1947 -1948, n°1 (1947), titré « Au congrès du SN » ; n°5 (1947), couverture ; n°19 (1948) ; année 1948 -1949, n°9 (1949) ; n°18 (1949) ; année 1952 -1953, n°10 (1953) ; année 1954 -1955 n°13, (1955).

SOURCES : Arch. Mun. Cadolive. — Centre de ressources international des Amis de Freinet (Mayenne), Revue des Amis de Freinet et de son mouvement et site Internet — Arch. Centre international de recherches sur l’anarchie (Marseille). — Arch. SNI, Bouches-du-Rhône. — Presse syndicale et locale. — Notice DBMOF. — Entretiens avec Paulette Quarante et François Walger. Texte-hommage A Eugène Costa, Bulletin des Amis de Freinet n° 74, publié en 2000. – L’éducateur prolétarien, n°1, octobre 1934, en ligne — Notes d’Hervé Moullé , de Jean Reynaud et de Josette Ueberschlag.

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