BACH Germaine ou Guerda

Par Chantal Dossin

Née le 21 novembre 1925 à Paris (XIe arr.), morte le 13 janvier 2012 à Paris (XVe arr.) ; très jeune résistante, membre de la MOI, puis agent de liaison de l’UJJ (Union de la Jeunesse Juive) à Lyon ; arrêtée le 7 juin 1944, déportée le 30 juin 1944 au camp d’Auschwitz-Birkenau ; rapatriée en mai 1945.

Le père de Germaine Bach, Tana (Tanchel Bach), était né en Russie , à Damaczevo, le 17 mai 1892. Avec sa mère, Léa née Blaser, d’origine polonaise, ils étaient tricoteurs et habitaient au 141, avenue Ledru-Rollin, dans le XIe arrondissement.
Selon le témoignage d’Aline Kott (Germaine Bach était l’agent de liaison de son mari, Jacques Kott, à Lyon. Aline était elle-même résistante . Elle a bien connu Germaine Bach après la guerre). « Dans l’entre-deux-guerres, son père, attaché à la culture yiddish, incite Germaine à prendre contact avec le groupe de langues yiddish de la MOI ,Main d’œuvre immigrée, organisation créée par le Parti communiste dans les années 1920. Germaine fait alors partie de ce groupe de langues, ainsi que du club sportif correspondant, le Yask ( Yiddisher Arbeter Klub) qui organise des sections de natation, de basket et autres. Elle participe également à "une école de complément" qui donne les bases de cette culture yiddish. »
Germaine Bach connut dans cette organisation un groupe de jeunes de la rue des Immeubles industriels dans le XIe arrondissement où elle habitait. Dès 1941, ils lui demandaient de venir donner un coup de main pour coller des papillons ou distribuer des tracts. Ce furent les premiers actes de propagande. Au cours d’une de ces distributions, Germaine Bach fut arrêtée en décembre 1941. Elle déclara à son retour de déportation : « Je distribuais des tracts dans la rue lorsque j’ai été arrêtée. C’était fin décembre 1941. » Ou encore , en 1996 : « Je m’en souviens comme si c’était hier, c’étaient des flics à bicyclette- on les appelait des Hirondelles (donc des policiers français) et je collais des papillons sur lesquels était écrit : " Chassons l’envahisseur". J’avais 15 ans à l’époque et l’air parfaitement candide ; je me suis quand même retrouvée à la Petite Roquette, puis à Fresnes où je suis restée à peu près deux mois et ils ont fini par me relâcher. Mais je n’ai pas été reprise au lycée. »
Elle fut effectivement internée un mois à la prison de Fresnes au début de l’année 1942. À son entrée dans cette prison, elle était dite "vêtue d’un manteau rouille, d’une robe écossaise, et d’une paire de souliers marron". Elle figura dans le registre des femmes mineures arrêtées pour vagabondage et prostitution, dans ce qui était appelé École de Préservation, titre donné au quartier cellulaire d’éducation correctionnelle créé à la prison de Fresnes en 1927 et isolé du " Grand Quartier". Même si les gardiennes étaient appelées monitrices et si une ou deux institutrices étaient en poste, l’école de préservation ressemblait à une maison d’arrêt ordinaire. Elle y fut consignée du 3 au 23 février 1942 , date à laquelle il est dit qu’" elle est radiée et mise en liberté ". Son jeune âge, elle avait alors 16 ans, joua en faveur de sa libération.
En 1942, elle poursuivit ces actions de propagande dans le cadre de l’UJJ (Union de la Jeunesse juive) ; à Paris d’abord, puis à Lyon à partir du printemps 1943. À ce moment, de nombreux militants de l’UJJ furent envoyés en zone sud, suite aux nombreuses arrestations de militants à Paris. Elle devint alors l’agent de liaison entre le responsable de l’UJJ, Jacques Kott et un responsable adulte de l’UJRE ( Union des Juifs pour le résistance et l’entraide). Jacques Kott dit d’elle : « Une ravissante jeune fille, de trois ou quatre ans ma cadette, s’est présentée à moi sous le nom de Diane. Il s’agissait de Germaine Bach, qui a été une des plus jeunes résistantes de France. Elle était agent de liaison de Kowarski, un dirigeant de l’UJRE Durant 14 ou 15 mois, elle a déployé une intense activité au sein de l’UJJ lyonnaise, sans se départir de son sourire et de sa bonne humeur. A l’instar de Diane ( pseudo de Germaine) et Aline, (la femme de Jacques), des dizaines de jeunes femmes passaient des journées harassantes, afin de permettre la parution et la diffusion des journaux, procurer bons de rationnement et vêtements, faux papiers…. » Germaine Bach transmit le journal clandestin de l’UJJ, Jeune combat, accompagna des militants dans les grandes villes de la zone sud, Marseille et Toulouse notamment. Avec la création des groupes armés, elle transporta également des explosifs et des armes pour les opérations exécutées par des groupes de combat de Lyon.
Au printemps 1944, les responsables de l’UJRE et de l’UJJ, pensant que le débarquement interviendrait dans le sud du pays, on l’ envoya à Marseille, où, pendant plusieurs semaines, elle fut l’agent de liaison de Charles Lederman qui l’atteste le 22 janvier 1946.
Le 6 juin 1944, lorsque l’on apprit le débarquement des armées alliées sur les plages normandes, elle fut rappelée par son chef à Lyon pour être affectée au service de liaisons dans le département du Rhône. Arrivée à Lyon après le couvre-feu, elle se rendit au domicile de ses parents à Villeurbanne. Le lendemain matin, elle et son père furent arrêtés . Elle fait elle-même le récit de son arrestation dans un article de journal conservé dans son dossier de résistante au SHD, service historique de la défense : « J’ai été arrêté par Francis André, dit " Gueule tordue", adjoint de Barbie. Il m’a rattrapée alors que j’avais tenté une évasion en m’échappant du véhicule. Je n’ai pas été blessée, malgré la fusillade qui m’a accompagnée durant ma fuite. On a arrêté mon père en même temps que moi. Et nous avons été emmenés au siège de la Gestapo, place Bellecour, à Lyon. Après avoir subi un interrogatoire musclé en règle, au terme duquel je ne tenais plus sur mes jambes, on m’a littéralement jetée dans une pièce sombre où se tenaient mon père, le crâne blessé par un coup de crosse, et d’autres prisonniers. Inutile de dire combien mon père était désespéré lorsque la sentinelle qui nous gardait lui a dit : « Si elle est de votre famille, vous pouvez lui dire au revoir, elle sera fusillée ce soir. Nous n’avons pu que nous soutenir quelques instants, puis nous avons été séparés, définitivement, l’un et l’autre emmenés à Montluc. »
Elle fut transférée 8 jours plus tard au camp de Drancy. C’est en fait son père qui est fusillé le 12 juin avec 22 otages de la prison, dans une clairière près du village de Dagneux. Elle est déportée le 30 juin 1944 au centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. Elle est internée au camp de femmes de Birkenau. Elle porte le numéro matricule A- 8528. Elle y croise Paulette Shlivka qu’elle a connue dans le club sportif de la MOI. Evacuées le 18 juin 1945, elles font ensemble, avec cinq autres Françaises, la marche de la mort. Puis elles furent emmenées sur des plateformes découvertes au camp de Ravensbrück. Horreur indescriptible : toutes les femmes de l’Est étaient rassemblées sous une tente immense. Huit jours plus tard, elles furent encore évacuées en train dans un camp annexe, à Neustadt- Glewe. Germaine Bach travailla dans le Scheiss Kommando qui vidangeait les latrines.. Le 3 mai elles furent libérées par les Soviétiques, puis rapatriées en France par Lille le 22 mai 1945.
Germaine Bach se maria en 1949 avec le professeur Lucien Israêl. Elle a eu trois enfants.
Elle n’a pas demandé pendant des années à être reconnue comme résistante, se sentant responsable de la mort de son père. Probablement apaisée, elle a constitué son dossier de résistante en 1996 et a obtenu alors le titre de déportée résistante.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article207658, notice BACH Germaine ou Guerda par Chantal Dossin, version mise en ligne le 19 octobre 2018, dernière modification le 6 mai 2020.

Par Chantal Dossin

SOURCES : AVCC Caen et SHD Vincennes,21P574793, dossier individuel de déportée résistante. Archives du val de Marne, prison de Fresnes,2742W103,128, — Archives de Paris,prison de la Petite Roquette,témoignages d’Aline et Jacques Kott, de Paulette Shlivka-Sarcey, de Maurice Lubczanski.

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