COTTAVE Robert, Lucien, Louis

Par Michel Dreyfus

Né le 20 septembre 1922 à Romorantin (Loir-et-Cher), mort le 17 janvier 2005 à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) ; secrétaire général de la Fédération nationale des ingénieurs et cadres Force ouvrière (FNIC-FO) de 1967 à 1982, membre de la commission exécutive confédérale (1961-1965).

Fils d’un lieutenant pilote d’aviation à Romorantin et d’une mère sans profession, Son père Paul Cottave-Claudet, était un des membres de l’escadrille des cigognes, grand ami de Guynemer et de l’ingénieur Voisin. Basé à Ypres durant la première guerre mondiale, c’était lui qui était chargé de photographier les lignes ennemies.

Robert Cottave ne poursuivit pas ses études au-delà du baccalauréat. Il fonda d’abord avec quelques amis une « communauté de travail » plus ou moins autogestionnaire avant la lettre, spécialisée dans l’édition et l’imprimerie mais cette initiative périclita rapidement. Robert Cottave devint alors ouvrier spécialisé à l’entreprise Neyrpic à Grenoble. Se formant sur le tas, il devint ingénieur en informatique et fut l’un des premiers Français à se servir d’un ordinateur.

Robert Cottave rejoignit alors Force ouvrière parce que, selon ses termes, il put « y entrer librement ». Sommé par la direction de l’entreprise de faire un choix entre l’informatique et le syndicalisme, il choisit ce dernier, quitta Neyrpic et après un bref passage chez Renault, de 1951 à 1958, il fut en charge, au nom de FO, des programmes sociaux et de développement à l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Il dirigea ensuite un organisme de formation tout en assurant une fonction de permanent à la Fédération nationale des Ingénieurs et Cadres (FNIC-FO). Élu secrétaire général adjoint de cette organisation au début des années 1960, il fut, lors de son XIVe congrès tenu les 23-24 mars 1963 à Paris, réélu à cette fonction avec Maurice Pellier ; René Richard* fut réélu secrétaire général et Georges Pagliano, membre du Conseil économique et social, élu trésorier général. En décembre 1967, Robert Cottave traita de la formation économique et sociale des cadres lors du congrès de la Fédération où il fut élu secrétaire général.

Lors du congrès des 9 et 10 octobre 1967 à Paris, Robert Cottave remplaça René Richard au poste de secrétaire général.

Au sein de la Confédération, Robert Cottave appartint à la « nouvelle minorité » constituée à partir de 1961 autour de Maurice Labi*, secrétaire de la Fédération de la chimie, qui se proclama moderniste et qui publia à partir de 1963 un bulletin, Idées et action. Les animateurs de cette nouvelle minorité étaient des syndicalistes du secteur privé dont les secteurs et donc leurs fédérations subissaient directement les mutations socio-économiques d’un capitalisme dont le gaullisme planificateur programmait alors la modernisation. Jugeant « archaïques » les structures et les orientations syndicales, ils voulaient réformer les unes et les autres dans la perspective d’une planification démocratique future. Ils réfléchissaient aussi à la possibilité d’un retour à la réunification syndicale alors même que dans ces années, la seule unité d’action était rejetée par FO. Influencés par l’idéologie mendésiste, ces syndicalistes recherchaient des contacts avec les groupes politiques qui s’étaient alors séparés d’une SFIO en pleine crise : Parti socialiste autonome, Union des forces démocratiques, Parti socialiste unifié, etc. Après 1964 et la création de la CFDT, ils envisagèrent aussi un rapprochement avec cette dernière, dans le but de rééquilibrer l’unité d’action avec la CGT. Outre Maurice Labi et Robert Cottave, Antoine Laval, de la Fédération de la Métallurgie et Alphonse Sidro, de la Fédération des Employés, appartinrent à cette « nouvelle minorité ». Cette lutte entre les « archaïques » et les modernes avait aussi un côté générationnel dans la mesure où les dirigeants de cette « nouvelle minorité » étaient, pour la plupart, âgés, de 30 et 40 ans : dans ces conditions, les vieilles divisions issues de la Guerre froide n’avaient plus de sens à leurs yeux et devaient donc être dépassées. Cet épisode s’acheva avec le départ de Maurice Labi à la CFDT en 1968. Mais ni Robert Cottave ni les autres dirigeants de la « nouvelle minorité » ne le suivirent dans sa démarche.

Dès lors, Robert Cottave fut le véritable bâtisseur du syndicalisme cadre à FO. Il voulait faire sortir les cadres du « syndicalisme catégoriel » défendu par la CGC et « leur faire comprendre qu’ils sont des salariés comme les autres ». Il se battit pour convertir FO, alors très ouvriériste, au problème de l’encadrement. Robert Cottave fut aussi très attentif aux questions de formation, notamment au sein du Centre national d’information pour le progrès économique (CNIPE) devenu ensuite le Centre INFFO qui joua un rôle important dans le développement de la formation permanente en France autour du début des années 1970. Robert Cottave fut parfois mis en minorité au sein de son organisation, à laquelle il resta toujours fidèle parce que son « projet comme la pratique concilient la liberté, la générosité mais aussi l’efficacité ». Il fut réélu secrétaire général de la FNIC-FO, lors de ses congrès tenus Toulouse (11-13 décembre 1970), à Nîmes (4-5 octobre 1973), à Grenoble (22-24 avril 1977) — où la FNIC-FO se transforma en Union des cadres et ingénieurs (UCI) — puis à Tours (14-16 mai 1981). Lors de la tenue du conseil national, le 15 janvier 1983 à Paris, il céda la place à Hubert Bouchet et représenta la France auprès de la Communauté européenne pour les affaires sociales. En 1961, Robert Cottave avait également été élu à la commission exécutive confédérale de Force ouvrière ; il y siégeait toujours en 1965.

Révolté contre « cette société qui ne peut continuer à fabriquer des exclus », cet homme de gauche suivit quelque temps son ami Michel Rocard* au Parti socialiste unifié (PSU) en mai 1968. Tout en finesse, homme d’influence discret et tenace, il notait avec son humour coutumier qu’il aurait pu être ministre. En avril 1991, Michel Rocard lui confia, peu avant son départ de Matignon, la présidence d’une mission sur l’adaptation des retraites du secteur privé ; il préconisa alors un allongement progressif, à partir de 1996 de la cotisation, à quarante ans mais ne se reconnut pas dans la réforme des retraites qui fut effectuée en 2003.

Robert Cottave qui s’était marié en décembre 1946 à Grenoble divorça et se maria en secondes noces à Londres en août 1984 avec Ann Boswell (connue sous le prénom de Judith), une sculptrice britannique qui mourut avant lui. Ils avaient eu une fille et il avait un fils de son premier mariage. Il vécut ses dernières années à Orgeval (Yvelines) où il fut enterré le 22 janvier 2005.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20771, notice COTTAVE Robert, Lucien, Louis par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 5 novembre 2015.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : Force ouvrière, 27 mars 1963, n° 1114, 15 novembre 1967, 1118, 13 décembre 1967. — FOH, n° 1364, 10 octobre 1973, n° 1509, 4 mai 1977, n° 1670, 20 mai 1981. — Michel Noblecourt, « Robert Cottave. Le bâtisseur du syndicalisme FO des cadres », Le Monde, 20 janvier 2005. — K. Yon, Retour sur les rapports entre syndicalisme et politique, le cas de la CFT-FO. Éléments pour la sociologie d’un « mode de pensée », thèse Université Paris 1, 2008. —Guy Brucy, Lucie Tanguy, « La formation au coeur du paritarisme, la position de FO », communication présentée au colloque, FO, acteur de la vie contractuelle et du paritarisme, fin des années 1950, début des années 1960, colloque organisé par le Centre d’histoire sociale du XXe siècle et FO, Paris, 11 et 12 décembre 2008, à paraître. — État civil de Romorantin. — Notes de Louis Botella. — Notes de sa fille, Jane Cottave-Claudet, novembre 2015.

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