POUGHEON Martin, Auguste [pseudonyme dans la résistance : André]

Par Eric Panthou

Né le 10 août 1899 à Charensat (Puy-de-Dôme), torturé et achevé le 19 juillet 1944 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; ouvrier Michelin à Clermont-Ferrand, membre de la Confédération générale du Travail (CGT) et du Parti communiste (PCF) ; délégué CGT du personnel ; résistant au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP).

Martin Pougheon
Martin Pougheon

Fils de Jean et de Marie, née Rougier, cultivateurs à Charensat, Martin Pougheon épousa Suzanne Gaonach le 21 avril 1923 à Clermont-Ferrand. Il eut deux fils.
Il était ouvrier chez Michelin. Le 1er juin 1939, il est élu délégué CGT de l’atelier BL et BH avec 184 voix contre 1 seule à son opposant, sans doute SPF, syndicat Croix-de-Feu. Pougheon n’avait pas été candidat aux élections de délégués en 1937 et 1938. Est-ce parce que son engagement syndical et politique était plus tardif ou est-ce parce que des militants plus connus que lui s’étaient imposés ? On l’ignore.

En décembre 1939, il a refusé de répondre au questionnaire de l’UD demandant aux délégués CGT Michelin de dénoncer le pacte germano soviétique et de dire qu’ils n’ont jamais été membre du PCF. Il est aussi secrétaire de la cellule PCF Margarita, cellule de la section Michelin à la veille de la guerre.

Sous-officier au dépôt 132 de Clermont-Ferrand en 1939, il est vraisemblablement licencié de chez Michelin, comme plusieurs dizaines d’autres communistes, car à son retour de mobilisation fin juillet 1940 il devint maçon dans l’entreprise Robiati, rue Champfort à Clermont-Ferrand, et ce jusqu’à son arrestation. Il continua néanmoins d’habiter la cité Michelin de la Plaine, au 141 rue de la Foi. En 1944, il était travailleur requis, envoyé à la base aérienne d’Aulnat, à proximité de Clermont-Ferrand.

Sous l’Occupation, il rejoignit la Résistance en mai 1944 au sein de la formation FTP Gabriel Péri du Puy-de-Dôme, 1ère compagnie FTP, avec une durée des services homologuées du 10 mai au 19 juillet 1944, nommé capitaine le 10 juin 1944. Il fut affecté à la 1103ème compagnie du 1er Bataillon FTP selon Jean Bac, alias Lenoir. Son supérieur aurait, selon la fiche de demande remplie par son épouse pour l’attribution du titre "Mort pour la France", était un certain commandant Séguy, alias Nicolas, vraisemblablement Pascal Jean SEGUY, né le 20 février 1908 à Paris 6e arrondissement (SHD Vincennes : GR 16 P 543549). Sur une fiche similaire, son épouse indique comme supérieur, le lieutenant-colonel Sicard alias Fournier.

Il était commissaire aux opérations de la compagnie ayant organisé quatre explosions sur voie ferrée Clermont-Paris à hauteur de Gerzat la nuit du 18 au 19 juillet 1944. C’est à la suite de celle-ci qu’eut lieu une vaste opération des Allemands au cours de laquelle il est arrêté à Montferrand le 18 août. Claude Servajean fut arrêté dans les mêmes circonstances.
Martin Poughon faillit être brûlé sur place après qu’un dépôt ait été trouvé dans une cabane située dans les vignes de Chanturgue et dont il était propriétaire. Un geste d’un membre de la Gestapo évita cela. Mais la brutalité des interrogatoires fut telle ensuite qu’il meurt dans sa cellule, au siège de la Gestapo, au 2 avenue de Royat à Chamalières, des suites des coups reçus. selon le témoignage de Mathieu, français du SD, ce furent Bresson et Coutarci, deux autres membres français du SD, qui tuèrent Pougheon.

Son fils, André Pougheon fut fusillé à Dachau, il était lui-même militant communiste. Une cérémonie en leur honneur fut organisée début août 1948 au monument aux Morts de la Plaine, à Montferrand. On rappela à cette occasion que Martin Pougheon fut délégué du personnel chez Michelin et fervent syndicaliste de la CGT. Le commandant Chalus des FTP, un de ses camarades, évoqua aussi sa mémoire tout comme le député PCF du Puy-de-Dôme Pierre Besset, qui déclara. « Il ne faut pas que leur sacrifice soit vain. Ces deux communistes, parmi des milliers et milliers d’autres, ont tout donné. Il n’est pas possible que l’exclusive jetée contre les meilleurs Français se prolonge. Les communistes ont droit à la place qui leur revient de droit dans les affaires du pays. »

Il a été homologué FFI et Interné-Résistant (DIR), reconnu “Mort pour la France” par jugement du 29 mai 1945. Le 17 décembre 1952, il a reçu la carte de combattant volontaire de la Résistance (CVR) à titre posthume.

Une rue de Clermont-Ferrand, dans le quartier de Champratel, porte son nom et celui de son fils. Une plaque en l’honneur du père et du fils existe depuis 1948 au Monument aux Morts de la Plaine, à Clermont-Ferrand.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article207726, notice POUGHEON Martin, Auguste [pseudonyme dans la résistance : André] par Eric Panthou, version mise en ligne le 21 octobre 2018, dernière modification le 14 octobre 2020.

Par Eric Panthou

Martin Pougheon
Martin Pougheon

Sources : Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 2546 W 8441. Dossier demande attribution carte CVR pour Martin Pougheon .— SHD Vincennes, 19 P 63/5 : état des morts ayant appartenu à la 1ére Compagnie FTP, Camp Gabriel-Moquet, signé Lieutenants Bazin et Ollier, 4 janvier 1948 .— AVCC Caen, AC 21 P 733071 et AC 21 P 135245. Dossiers Martin Pougheon .— SHD Vincennes, GR 16 P 487923. Dossier Martin Pougheon (nc) .— SHD Vincennes, ; dossier 19 P 63/5 : liste des membres du Camp Gabriel-Péri .— Archives privées Henri Verde : Syndicat CGT Clermont-Ferrand Procès verbal, élection des délégués ouvriers ou collaborateurs, Michelin et Compagnie, 1er juin 1939, service BL et BH .— Archives privées Henri Verde, Syndicat CGT Clermont-Ferrand : Délégués n’ayant pas répondu au questionnaire .— La Voix du Peuple, 7 août 1948 .— Gilles Lévy, A nous, Auvergne !, Paris, Presses de la Cité, 1981. —Liste des camarades fusillés déportés ou sans nouvelles du syndicat des produits chimiques (Archives Henri Verde, UD CGT 63). — "Un quart d’heure avec Mathieu et Bresson", La Voix du Peuple, 28 octobre 1944. — MémorialGenWeb .— état-civil.

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