Dontreix (Creuse), Manérol, 4 juin 1944

Par Eric Panthou

Le 4 juin 1944, soldats allemands et miliciens en civils attaquèrent par surprise le camp FTP Gabriel-Péri réfugié au hameau de Manérol à Dontreix. La plupart des hommes parvinrent à s’enfuir hormis deux FTP tués au combat et huit autres fusillés. Le nom d’un des fusillés reste encore aujourd’hui occulté tandis qu’un autre est non identifié.

Le 18 juin 1943, le maquis auvergnat Gabriel-Péri s’installa au bois de la Brousse situé sur la commune de Charensat (Puy-de-Dôme). Il déménagea ensuite à Charonnet où il fut attaqué par un GMR (groupe mobile de réserve) le 24 décembre 1943. Replié dans le Livradois, il perdit cinq hommes face aux Allemands dans les combats des 27 et 28 décembre 1943 à Sarpoil. De retour dans le Puy-de-Dôme sous le nom de 1103ème Cie FTP, le maquis Gabriel-Péri se déplaça sur les communes d’Espinasse, de Bussière, de Vergheas et enfin de Charensat où il fut à nouveau attaqué par les GMR. Suite à ces derniers évènements, la 1103 s’établit en Creuse, à la limite du Puy-de-Dôme, dans le hameau de Manérol à l’ouest de la commune de Dontreix au mois de mai 1944.
Envoyés en mission à Clermont-Ferrand, trois de ses FTP furent arrêtés par un convoi composé de militaires allemands et de miliciens, venant de la route de Charensat (Puy-de-Dôme). L’un des FTP, René Beffre fut ramené par les Allemands au camp abandonné de Charensat pour y être torturé et fusillé au matin du 4 juin. Tout s’enchaîna alors très vite.
Un jeune réfractaire au STO fut embarqué de force dans les camions pour servir de guide. Peut-être qu’un second jeune fut également embarqué. Le réfractaire confirma qu’il y avait plusieurs français, sans doute miliciens, parmi le convoi. Celui-ci était composé de deux camions et plusieurs voitures. Il s’arrêta à Chambary au pied du massif de La Goursole, laissant ici le jeune réfractaire sous la garde d’un soldat. Trois groupes de soldats allemands et de miliciens, accompagnés de membres du Parti Populaire Français (PPF) se mirent en position au pied du massif boisé de la Goursole. Les haies, les taillis et les bois étaient nombreux sur la pente et masquaient l’avancée des assaillants.
Il n’y avait pas beaucoup de mouvement autour des sept maisons du hameau accroché à la pente. Posté à l’entrée est, un jeune maquisard surplombait les alentours boisés. Dès qu’il aperçut des ombres qui se faufilaient en contrebas, il tira en rafale avec sa mitraillette. Mais il était déjà trop tard et des vagues d’assaillants ripostèrent. Le guetteur et un ou deux autres maquisards qui tentèrent de ralentir les Allemands furent tués. La plupart de la trentaine de FTP présents décrochèrent et forcèrent le barrage vers l’Ouest. Il y eut un blessé grave.
En plein sommeil, la garde de nuit n’eut pas le temps de se sauver. Prisonniers, les sept hommes furent alignés le long d’une grange. Ils entonnèrent un début de Marseillaise avant d’être fusillés.
Après s’être livrés à des pillages, les Allemands et leurs alliés français mirent le feu au repère des Résistants. Ils relâchèrent les deux jeunes paysans un peu plus loin. Quand les gendarmes arrivèrent sur les lieux, vers 22 heures 30 ce 4 juin (rapport de gendarmerie AD 87 op. cit), des habitants du hameau avaient déjà regroupés les dix corps dans une grange. Il y eut bien un rapport d’un médecin légiste mais il est impossible de déterminer lesquels de ces hommes ont été fusillés et ceux tués au combat. Il est précisé par les gendarmes que les miliciens présents se seraient acharnés sur les cadavres à coups de crosse. Avant de se retirer, Allemands et Miliciens pillèrent une maison, malmenèrent ses habitants puis lancèrent deux grenades à l’intérieur. Le convoi repartit en direction de Clermont-Ferrand, d’où il était sans doute parti, estime la gendarmerie. L’enquête révéla que quelques jours avant l’attaque, un prénommé Ludovic, du village voisin de Charensat, fils de facteur âgé de 35 ans environ, accompagné d’un autre jeune, sans doute originaire de Clermont-Ferrand s’étaient rendus autour du hameau de Manérol où le maquis venait de s’installer. L’homme ne réapparut pas à Dontreix après l’attaque et on le soupçonna d’avoir servi d’espion.

En tout, la mémoire collective n’a retenu la mort que de neuf maquisards, mais c’est bien dix Résistants qui perdirent la vie à Manérol. Si plusieurs articles de presse récents évoquent trois résistants non identifiés en indiquant qu’il s’agirait de Luxembourgeois, enrôlés de force dans la Wehrmacht et venus rejoindre les maquisards après leur évasion, en réalité, seul un homme reste non identifié.
Marc Parrotin dans son Mémorial de la Résistance creusoise dit qu’il y eut dix victimes mais que les survivants de la compagnie FTPF ont toujours refusé l’inscription du nom du dixième sur la stèle, le considérant comme suspect de trahison. Marc Parrotin donne cependant son nom : Paul Jozat. Marc Parrotin, lui-même ancien résistant FTPF, n’aurait pas fait mettre le nom de Jozat sur le mémorial de Guéret s’il n’avait pas eu des doutes sur la suspicion, fondée sans doute sur des éléments peu fiables.
Il faut ajouter un neuvième non, absent des monuments de Guéret et Dontreix, ainsi que du martyrologe de Marc Parrotin : Marcel Legras. Nous ignorons les raisons pour lesquelles ce résistant, reconnu FFI, "Mort pour la France", au même titre que ses camarades, n’est pas signalé.
Dans l’état des morts ayant appartenu au Camp Gabriel-Péri, réalisé en 1947 pour établir les droits des victimes, deux versions sont présentes aux archives de Vincennes. Sur le premier tableau, non daté ni signé, dix résistants sont mentionnés dont deux inconnus et deux autres connus par leur seul nom de guerre, Bob, c’est-à-dire Maurice Bassis et Pierre qui est le nom d’un des trois derniers tués : Paul Jozat, Marcel Legras ou l’inconnu soi-disant luxembourgeois.
Dans le second, signé Delmas, le chef de Bataillon, huit noms seulement apparaissent parmi les tués à Manerol : Bourassier (sic), Cathelon (sic), Falateuf (sic), Favier, Pélisson et les pseudo Bob, pour Maurice Bassis, et Pierre. Les deux inconnus ont disparu.
Chaque année, une cérémonie est organisée le 4 juin par la population de cette région des Hautes Combrailles devant le monument. Le silence concernant Paul Jozat dure toujours lors de ces célébrations. Le nom de Marcel Legras n’est pas davantage évoqué.

Liste des victimes :
Maurice Bassis
Lucien Bourrassier
William Catelon
Léon Fallateuf
Marcel Favier
Paul Jozat
Marcel Legras
Albert Malveau
Louis Pelisson
Inconnu 1, Dontreix (4 juin 1944)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article207916, notice Dontreix (Creuse), Manérol, 4 juin 1944 par Eric Panthou, version mise en ligne le 28 octobre 2018, dernière modification le 10 janvier 2022.

Par Eric Panthou

Sources : SHD Vincennes, 19 P 63/5 : état des morts ayant appartenu au Camp Gabriel-Péri .— “Manérol ouvre sa mémoire le 4 juin”, Le Populaire du Centre, édition Creuse, Guéret, samedi 3 juin 2017 .— Marc Parrotin, Le Temps du maquis : histoire de la Résistance en Creuse, impr d’Aubusson, 1981 .— Arch. dép. de la Haute-Vienne, 1517 W 183 : Procès verbal constatant la découverte de 10 cadavres et l’incendie de bâtiments à Manérol, commune de Dontreix, Brigade de gendarmerie d’Auzances, 5 juin 1944.— Arch. dép. de la Haute-Vienne, 1517 W 183 : Procès-verbal constatant des renseignements militaires sur l’assassinat de dix FFI à Dontreix, Brigade de gendarmerie d’Auzances, 24 juillet 1946.— "De département à département", Résistance d’Auvergne, n°57, janvier 1985 .— "Le 6 juin : Commémoration des Combats de Manérol et Dontreix", Résistance d’Auvergne, n°56, octobre 1984 .— “4 juin 1944 : le massacre de Manérol fait neuf victimes ; seulement six ont été identifiées”, Le Populaire du Centre (site web), vendredi 1 juin 2018 (consulté sur Europresse le 28 octobre 2018) .— "Le massacre de Manérol n’est pas oublié", La Montagne, édition Creuse, Guéret, 7 juin 2014 .— Mémorial GenWeb .— Mémoire des Hommes .— Compléments par Michel Thébault.

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