COUGNON Alfred, Pierre, Henri, Jean, Baptiste [dit Fredo]

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

Né le 4 juin 1900 à Beaurepaire (Vendée), fusillé le 17 avril 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; artisan taxi puis mécanicien : militant communiste ; résistant.

Fils d’Alfred, aubergiste, père de sept enfants et d’Adeline, née Chanson, Alfred Cougnon obtint le CEP. Il reçut une formation de chaudronnier puis de motoriste dans la région parisienne. Il effectua son service militaire au 137e Régiment d’infanterie à la Fontenay-le-Comte (Vendée). Il épousa le 23 septembre 1924 Germaine Drot en mairie de Clichy-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine). Le couple habitait 23 rue Montmartre (Charles-Schmidt). Une fille, Jacqueline naquit en janvier 1925. Alfred Cougnon dirigeait jusqu’en 1936 une petite entreprise de taxis avec une quinzaine de salariés. Il adhéra en 1935 au Parti communiste. En 1936 il était secrétaire des Aéro-Clubs populaires de la localité et passa son brevet de pilote.
Mobilisé en août 1939 au 438e Régiment de Pionniers à Meaux (Seine-et-Marne), il fut démobilisé dans l’Ariège le 14 juillet 1940. Il participa à une manifestation le 11 novembre 1940 dans le marché aux Puces de Saint-Ouen. Il travaillait en tant que mécanicien à la maison Lécuyer à Clichy-la-Garenne, puis dès juillet 1941 au garage Chrétien Lhéritier 16-18 rue de la Chapelle (Docteur Bauer) à Saint-Ouen.
Il reprit de l’activité au sein du Parti communiste clandestin dès l’automne. En contact avec Jean Baillet, Alfred Ottino et Léon Landsoght, il s’occupa de la propagande en direction des chômeurs, diffusa l’Humanité clandestine. En septembre 1941 il était mis en relation avec des dirigeants de l’Organisation spéciale (OS), participa à la constitution d’un dépôt d’explosifs de la région nord-ouest dans une baraque de la rue Paul-Bert.
À la suite de l’arrestation d’un membre de l’organisation clandestine, cinq inspecteurs de la BS2 l’appréhendèrent le 17 février 1942 vers 20 h 15 à son domicile. Dans la poche d’une gabardine ils trouvèrent deux balles de revolver de calibre 6,35 mm non percutées. Dans un livre ils saisirent un rapport manuscrit sur l’expédition d’un colis, un autre rapport concernait un dépôt d’armes du Parti populaire français de Doriot. Deux carnets annotés et différents papiers avec des noms et des adresses furent saisis.
Lors des interrogatoires dans les locaux des Brigades spéciales à la préfecture de police, il reconnut être membre du Parti communiste clandestin, mais affirma qu’il ne le fut pas auparavant. Il soutint qu’il ne s’occupait que de propagande et qu’il était en contact avec « Paulo » et « Raoul » et n’avait jamais été rétribué par l’organisation communiste. Il fut inculpé pour infraction au décret du 26 septembre 1939 pour transport et diffusion de tracts. Les autorités allemandes demandèrent la livraison d’Alfred Cougnon pour « terrorisme ». Les policiers allemands de la Sipo-SD (Gestapo) l’accusèrent de transports d’armes et d’explosifs qui auraient été entreposés dans son garage.
Incarcéré à la prison de la Santé, il comparut devant le tribunal du Gross Paris qui siégea à la Maison de la Chimie et fut condamné à mort le 14 avril 1942 pour « activités de franc-tireur ». Le journal collaborationniste L’Œuvre écrivit : « Avant de lever l’audience le président tient à remercier les défenseurs et souligne à nouveau l’aide apportée par la police française en parfaite collaboration avec la police allemande pour la découverte des terroristes. » Quant au quotidien Le Matin il annonça le verdict : « 25 condamnations à mort au procès de terroristes ». Il fut passé par les armes à 17 h 31 avec ses compagnons au Mont-Valérien. Son inhumation eut lieu au carré des corps restitué au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Son épouse Germaine fut entendue le 31 mars 1945 par une commission rogatoire présidée par un juge. Alfred Cougnon fut détenu trois semaines dans les locaux des Brigades spéciales. Elle déclara : « J’ai pu le voir à deux reprises, il avait le visage tuméfié par les coups qu’il avait reçu ; de plus, il ne pouvait plus se tenir debout et il était soutenu par deux inspecteurs. »
« Une souricière a été organisée pendant huit jours à mon domicile par deux inspecteurs, elle demeura infructueuse. »
Elle porta plainte contre les policiers qui procédèrent à l’arrestation de son mari, « les considérant comme responsable de sa mort » et « contre ceux qui l’ont frappé, au cours de sa détention dans les locaux de la préfecture de police ».
Une cérémonie se déroula le 22 avril 1945 dans le cimetière communal où il fut ré-inhumé. Le nom d’Alfred Cougnon figure sur une stèle commémorative aux côtés des autres fusillés de la commune et des victimes de la déportation. Dans une salle de la Maison de la Chimie une plaque commémorative a été apposée avec les noms des fusillés : « En ce lieu, ont été jugés du 7 au 14 avril 1942 par un tribunal militaire nazi, siégeant à la Maison de la Chimie réquisitionnée, 27 combattants membres des premiers groupes de résistance armée (OS–FTPF), livrés à l’occupant par la police de Vichy. »
Le secrétariat général des Anciens Combattants attribua à Alfred Cougnon la mention « Mort pour la France » le 12 novembre 1945.
Germaine Cougnon travailla à la mairie de Saint-Ouen en tant qu’employée aux écritures et elle obtint une pension de veuve de guerre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20833, notice COUGNON Alfred, Pierre, Henri, Jean, Baptiste [dit Fredo] par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 9 décembre 2018.

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

Alfred Cougnon
Alfred Cougnon
Cliché fourni par sa famille

SOURCES : Arch. PPo., BA 1801, BA 2117, PCF carton 12, rapports hebdomadaires des Renseignements généraux, 77W 239, 77W 3116, KB 64, KB 103. – DAVCC, Caen, Boîte 5, Liste S 1744-219/42 (Notes Thomas Pouty). – Arch. mun. Saint-Ouen. – L’Œuvre et Le Matin, 15 avril 1942. – André Rossel-Kirschen, Le procès de la Maison de la Chimie (7 au 14 avril 1942), L’Harmattan, 2002. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil.

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