COUHIER Maxime

Par Pierre Lévêque

Né le 22 mars 1887 à Vielverge (Côte-d’Or), mort le 12 juin 1953 à Dijon (Côte-d’Or) ; instituteur ; militant syndicaliste du SNI ; résistant ; militant communiste de Côte-d’Or, adjoint au maire de Dijon.

Fils d’un petit cultivateur, indiqué « maçon » sur le registre d’état civil, conseiller municipal républicain de sa commune, qui avait sept enfants, Maxime Couhier, préparé au concours par son instituteur, entra à l’École normale d’instituteurs de Dijon en 1904. Mobilisé en 1914, il termina la guerre comme officier. Longtemps instituteur à Chassagne-Montrachet, il fut nommé à Dijon en 1928 et devint en 1932 directeur de l’école de garçons de la Maladière.

Maxime Couhier avait adhéré à l’Union laïque dès sa fondation en 1919, avec les instituteurs syndicalistes révolutionnaires, socialistes de gauche et communistes, ces derniers très peu nombreux en Côte-d’Or. Puis il adhéra à la Fédération unitaire de l’enseignement tout en étant membre de la section départementale du Syndicat national des instituteurs. Selon le rapport du 11 décembre 1934 de l’inspecteur d’Académie, « instituteur excellent », il « jouait un rôle important à l’œuvre départementale des Pupilles de l’École publique ». Il était membre du conseil d’administration de l’Union des sociétés de secours mutuels des instituteurs de France. Au cours d’un séjour au sanatorium de Sainte-Feyre (Creuse), il créa la délégation permanente des malades, à l’origine des congés de longue durée. Il fut l’un des quatre premiers représentants des malades au conseil d’administration de l’Union des sanatoriums en 1932 dont il fut le secrétaire général. Il en garda un grand intérêt pour la protection sanitaire des enseignants. Aussi, contribua-t-il à la création, avec Alexis Léaud, d’un deuxième sanatorium à Saint-Jean-d’Aulps (Haute-Savoie). Pour les Pupilles de l’école publique, il contribua à la création de la première école de plein air à Coutivert et fut un des réalisateurs de "Jeannette Bourgogne", film produit grâce à une souscription des instituteurs qu’il présenta dans la presse syndicale. Les fonds recueillis allèrent à l’œuvre des pupilles.

Il épousa en septembre 1908 à Dijon Charlotte Boisseau, institutrice, future présidente de l’association « La Fraternelle des adjoints de Dijon » qui mena une action revendicative, au début des années 1930, contre les directeurs de la ville et les inspecteurs primaires. Le couple eut sept enfants.

Maxime Couhier participa à la fondation à Dijon en 1931 du groupe local des « Amis de l’URSS », et, à la suite d’un voyage en Union soviétique, il adhéra en 1934 au Parti communiste. Il joua un rôle important lors des grèves de juin 1936. Il était en 1939 membre du comité de la région communiste de Côte-d’Or.

Il fut sanctionné à la suite des grèves du 12 février 1934 et du 30 novembre 1938, puis frappé de "réprimande" avec d’autres instituteurs, pour son activité dans l’association des Amis de l’URSS. Alphonse Levasseur, dans un article de L’École libératrice, en janvier 1935, protesta contre ces sanctions. Il devint en 1940 directeur d’un centre d’accueil pour réfugiés. En contact avec les communistes locaux, il fut accusé, lors du procès d’un communiste dijonnais, de fournir des vêtements, prélevés sur le vestiaire de ce centre, destinés aux prisonniers du camp de Longvic-les-Dijon.

Le préfet de Côte-d’Or, le 26 novembre 1940, demanda au secrétaire d’État à l’Instruction publique de prendre des « mesures sévères » contre Couhier. Arrêté en juin 1941, il fut interné à Compiègne ; mais gravement atteint de tuberculose, hospitalisé, il fut libéré en novembre 1943. Pendant ce temps, sa femme, qui avait adhéré au Parti communiste clandestin après son arrestation, contribua avec le professeur Georges Connes, socialiste, et le docteur Kuhn, radical, à fonder le Front national en Côte-d’Or. Membre de son comité directeur, elle échappa à l’arrestation au début de février 1944. Ses quatre fils et ses trois belles-filles furent arrêtés pendant la guerre. Deux de ses fils moururent en déportation.

Joseph Couhier, instituteur, puis professeur d’éducation physique au collège moderne et technique de Dijon depuis 1941, fut arrêté le 21 décembre 1943 à son domicile. Déporté à Mauthausen, transféré en juin 1944 au kommando d’extermination de Güsen-Linz, il fut exécuté le 13 juin 1944. Son aîné, arrêté en février 1944, déporté à Auschwitz puis à Flossenburg, fut abattu au cours d’un transport, le 22 avril 1945.

Coopté en tant que personnalité représentative de la Résistance au comité départemental de Libération en septembre 1944, Maxime Couhier y anima la commission d’action sociale. À la Libération, adjoint au maire de Dijon, Connes, il fut élu conseiller municipal de Dijon de 1947 à 1949. À cette date, gravement malade, il se retira de la vie politique active. Sa veuve continua à militer plusieurs années, notamment au Mouvement de la paix et à France-URSS comme membre du bureau départemental, puis rompit avec le PCF en décembre 1962-janvier 1963 ; elle adhéra alors à la Convention des institutions républicaines en 1966, puis au Parti socialiste en 1971.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20836, notice COUHIER Maxime par Pierre Lévêque, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2021.

Par Pierre Lévêque

SOURCES : Arch. Nat., F 1 a/3655, F17 27110. — RGASPI, 517 1 1908. — Arch. Union nationale des sociétés de secours mutuels d’instituteurs. — Presse syndicale. — Notice DBMOF. — Notes de J. Girault et de Ch. Siney-Lange.— HÉBERT Lucie, Des déportés aux marges de la mémoire collective : les communistes arrêtés de septembre 1939 à juillet 1941, Université de Caen Basse-Normandie, 2013.

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