SERRA Jaime dit Jacques [Dictionnaire des anarchistes]

Par Cira de Marseille

Né en 1915 à Alcarràs (Espagne) ; anarchiste ; libre penseur ; franc-maçon, adhérent du CIRA de Marseille ; coiffeur puis forain

Jaime Serra était né en 1915 à Alcarràs, un gros bourg situé à 10 kilomètres de Lleida (Lérida). Ses parents étaient des cultivateurs, petits propriétaires, républicains mais opposés aux collectivisations. C’est une région où tout le monde parlait catalan.
Jaime Serra, qui exerça le métier de coiffeur, fréquenta dès l’âge de 15 ans, à Lérida, les anarchistes de la FIJL (Federación Ibérica de Juventudes Libertarias). Leur groupe comptait alors plusieurs centaines de membres. Par ailleurs, il suivit les cours du soir de l’École moderne, créée par Francisco Ferrer (1859-1909).
En 1936, il a rejoint la Colonne Durruti (26e Division). Il s’était battu pendant trois années sur le front d’Aragon dans la section des mitrailleuses. Une balle lui traversa le bras gauche et comme il le disait lui-même : « Si elle avait traversé ma tête, je ne serais plus là pour vous en parler... ». Le 23 novembre 1936, il fit partie des dizaines de milliers de personnes qui participèrent aux funérailles de Durruti.
En 1939, c’est la Retirada. Après avoir passé la frontière au Perthus, il se retrouva interné à Argelès-sur-Mer puis à Bram dans l’Aude. Son frère, refoulé à la frontière, fut fait prisonnier par les troupes franquistes et mourut en prison.
Il refusa de s’engager dans l’armée française : « Moi, j’ai fait trois ans de guerre, maintenant ça suffit ». Il fut embauché chez un paysan du côté de Bourges. De là, il rejoignit Bordeaux en bicyclette puis Marseille à pied.
Dans cette ville, grâce à la complicité d’un employé du consulat espagnol, il put obtenir des papiers en règle et ainsi éviter de se cacher. Cela ne l’empêcha pas de rendre des services à la Résistance.
Il s’installa ensuite à Aix-en-Provence où après avoir été coiffeur, son salon s’appelait « Le Barbier de Séville », puis il devint forain. On pouvait voir son camion nommé « Aix bazar » sur les marchés d’Aix et de Gardanne.
À Aix, il s’investit dans les activités de la Libre pensée dont le groupe avait pour nom « Francisco Ferrer ». Il organisa, avec entre autres le géographe libertaire Roland Breton (1931-2016), de nombreuses conférences. Certaines sont animées par des anarchistes : Charles-Auguste Bontemps, Hélène Hernandez… À partir de 2002, il milita à l’Observatoire de la laïcité du pays d’Aix.
Il fut aussi actif dans la franc-maçonnerie locale. Il fit partie, dès 1977, de la loge La Chaîne d’union.
À 103 ans, Jaime Serra n’avait pas renié ses idées de jeunesse et il déclarait avec un sourire malicieux : « L’anarchie c’est la plus haute expression de l’ordre, mais tant qu’il n’y aura pas l’anarchie ce sera la pagaille ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article208774, notice SERRA Jaime dit Jacques [Dictionnaire des anarchistes] par Cira de Marseille, version mise en ligne le 11 novembre 2018, dernière modification le 28 novembre 2018.

Par Cira de Marseille

Journée des associations, Aix-en-Provence le 26 septembre 1999
Roland Breton, Pepita Carpena, Jaime Serra lors de la projection-débat de Un autre futur à Aix-en-Provence le 17 mars 1992

SOURCE : entretien avec Jaime Serra, 19 septembre 2018

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