RIÓS GARCIA Jesús (prénom rectifié officiellement : "Félix") [alias Mario MARTÍN ou Mario GARCIA MARTÍN]

Par André Balent

Né le 7 décembre 1915 à Alagón (province de Saragosse, Aragon, Espagne), mort à l’hôpital le 27 mai 1944 à Foix (Ariège) ; forestier ("bûcheron" sur son acte de décès) et charbonnier dans l’Aude puis en Ariège à Dalou ; militant des Jeunesses socialistes unifiées (JSU) [communistes], du Parti communiste d’Espagne (PCE) en Espagne puis clandestin en France ; combattant de l’Armée populaire de la République espagnole ; résistant de l’Aude puis de l’Ariège (UNE ; AGE)

Jesús RIÓS GARCIA (1915-1944)
Jesús RIÓS GARCIA (1915-1944)
Jesús [Félix] Rios Garcia (115-1944)

Jesús Ríos était natif d’Alagón, une petite ville bâtie sur la rive droite de l’Èbre, en amont et à peu de distance de Saragosse, la capitale aragonaise, au cœur d’un terroir agricole irrigué.

Après le coup d’État militaire du 18 juillet 1936, Ríos réussit à passer dans la zone républicaine. Militant des JSU, engagé dans l’Armée populaire, il devint commissaire politique de la 234e brigade mixte. Puis il passa au XIVe corps d’armée destiné aux actions en territoire ennemi. Cette unité fondée en 1937 et opérationnelle depuis février 1938, pratiquait la guérilla et les sabotages à l’arrière des lignes franquistes.
Après la Retirada, Ríos fut interné d’abord au camp du Barcarès (Pyrénées-Orientales) puis à celui de Septfonds (Tarn-et-Garonne). Après qu’il en fut sorti, le PCE le recruta pour ses actions spéciales. Comme « couverture » de ces activités clandestines, il travaillait dès la fin de 1939, dans un chantier forestier produisant du charbon de bois implanté à Montréal (Aude) dans le domaine de Majou, appartenant au docteur Delteil de Carcassonne (Aude). Celui-ci, un franc-maçon résistant, employait des communistes espagnols afin de favoriser leur activité politique et leur cédait le produit des activités forestières et charbonnières. Le responsable de ce chantier localisé dans la zone pyrénéenne était Sixto Agudo, communiste espagnol, lui aussi réfugié de la Retirada. Jesús Ríos était marié avec une Espagnole prénommée Libertad — mais sur son acte de décès son épouse est nommée Miguela Martín — qui le suivit dans ses changements successifs de résidences. En 1939, ils résidèrent à Carcassonne avant qu’il n’allât à Montréal au domaine de Majou. Leur fille, Laura, naquit à Carcassonne à la villa Odette.
Du 15 au 20 décembre 1941, lors d’une réunion à la villa Odette à Carcassonne (Aude), le PCE décida de passer à la lutte armée en France en mettant en place une organisation armée autonome, en dehors de la MOI et des FTPF. Le principe de la création d’un corps de guerrilleros fut établi. Plus tard, à Toulouse (Haute-Garonne), en janvier, puis en avril 1942, Jesús Ríos participa à à deux réunions clandestines du PCE qui rassembla douze cadres militaires du PCE issus du XIVe corps d’armée de la guerre civile, parmi lesquels Cristino Garcia. Il y fut décidé de reconstituer le XIVe corps d’armée afin de développer la lutte armée en France, contre Vichy et les Allemands. Ces réunions présidées par Jaime Nieto, membre du comité central du PCE permirent de désigner Ríos, comme chef du nouveau XIVe corps d’armée qui devint plus tard l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles). Silvestre Gómez [alias « Margallo », « el Veruga »], chef des guérilleros du Cantal, devint son adjoint. Sa structuration géographique en France, dans la zone sud, donna lieu à des tâtonnements. D’après Narcís Falguera (dir.), op.cit., pp. 89-90), Ríos essaya de mettre en place une « région » (division ?) du XIVe corps regroupant, sous le commandement de Pradal, avec des Espagnols du Tarn, de l’Aude et de l’Aveyron. Mais, au premier trimestre 1943, ce fut Luis Fernández qui dirigea, sous l’autorité de Ríos, une division du « XIVe corps » regroupant les brigades de guérilleros espagnols des Pyrénées-Orientales, de l’Aude et de l’Ariège. Cette division fut ensuite étendue à d’autres départements pyrénéens. Après des arrestations dans l’Aude en septembre 1942, le transfert du groupe de guérilleros du domaine de Majou à Saissac, dans la Montagne Noire (Aude), traqué par la police, Ríos quitta l’Aude et s’installa d’bord avec son PC du XIVe corps en Ariège, à Dalou, près de Varilhes, à proximité de Saint-Jean-de-Verges, siège du 721e GTE (Groupement de travailleurs étrangers). En Ariège, Ríos se fit établir de faux papiers au nom « Mario Martín », « né à Palencia le 18 avril 1911 ».

Afin de faciliter le regroupement d’Espagnols réfugiés de la Retirada, il participa à la mise en place de chantiers forestiers dans le Pays d’Olmes, en Ariège et dans les Corbières, dans l’Aude. En Ariège, il installa l’état-major du XIVe corps au col de Py, dans la commune de L’Herm. La première unité de guérilleros du XIVe corps le fut sous forme de brigade départementale commandée par Molina dans l’Aude, à Greffeil dans les Corbières. La 3e brigade (Ariège) des guérilleros du XIVe corps fut constituée le 12 août 1942 à Saint-Micoulau (commune de Baulou) où se trouvait déjà l’UNE (Unión nacional española] départementale. Par la suite, les guérilleros espagnols se développèrent dans l’Ariège avec des hommes venus des Hautes-Pyrénées, du Tarn, du Cantal, de la Haute-Loire de la Corrèze et, même, de la Loire-Inférieure. Un premier maquis fut créé dans la haute montagne pyrénéenne, dans la vallée d’Aston affluente de l’Ariège et limitrophe avec l’Andorre, en amont, vers les hautes crêtes. Ce maquis mit en place un « groupe spécial » chargé de passages vers l’Andorre et, de là, vers l’Espagne. Plus tard, un second maquis fut créé dans les premiers contreforts pré-pyrénéens à La Caramille, à Rieux-de-Pelleport (Ariège) près de Varilhes.

Au début de 1943, Ríos rencontra José Avila Peña, un ancien lieutenant du XIVe corps d’armée pendant la guerre civile et lui proposa, alors qu’il était réticent, de participer à la direction de l’unité reformés en France. Ríos amena Avila à la forêt d’Aston. Celui-ci refusa alors nettement de participer à la résistance armée. Des discussions houleuses détériorèrent les rapports entre les deux hommes. Les Espagnols d’Aston, considérant qu’Avila en savait trop, le condamnèrent à mort. Il réussit à s’évader et alla derechef dénoncer le maquis espagnol à la gendarmerie la plus proche, celle des Cabannes (Ariège).

Le 22 avril 1943, des gendarmes des GMR et des policiers français accompagnés par deux Allemands investirent le maquis d’Aston. Ils surprirent les Espagnols, les arrêtèrent et le conduisirent à Foix. Ils s’emparèrent de tracts, d’armes et explosifs. Ils investirent aussi le maquis de Rieux où ils ne trouvèrent ni armes, ni documents compromettants et procédèrent à des arrestations au col de Py. Au total, quatre-vingts guérilleros furent arrêtés.

Ríos, quant à lui, fut emprisonné et torturé à Foix puis interné à Noé (Haute-Garonne). Arrêté le 22 avril 1943 sans armes ni tracts, il évita la déportation comme la plupart des Espagnols de Rieux. En fait, comme Claude Delpla, correspondant pour l’Ariège du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, le découvrit en 1970 dans les archives départementales de l’Ariège, Ríos fut protégé par sa fausse identité de « Mario Garcia Martín ». Avila Peña le dénonça sous ce faux nom, se gardant bien de révéler sa véritable identité. Par ailleurs, le procureur de Foix, n’obtempéra pas aux ordres du préfet de l’Ariège qui désirait que les Espagnols arrêtés à Rieux ne fussent considérés comme des suspects et non comme des terroristes comme ceux d’Aston. Toutefois, le PCE considéra désormais que Ríos était suspect. De Noé, il fut transféré en zone Nord, sans doute afin d’être déporté en Allemagne. Il réussit à s’échapper du train et revint clandestinement en Ariège où, désormais considéré définitivement comme suspect, il ne fut réintégré dans l’AGE que comme simple guérillero.

Il fut blessé lors d’une embuscade de la Milice, une ferme du hameau de Pény à Gudas (Ariège), près de Dalou et de Saint-Jean-de-Verges, où il résidait chez un autre guerrillero, Jacques (Jaime) Beleta qui avait dû se réfugier en Andorre après la rafle du 22 avril 1943. Les trois femmes de la maison — Elvira Beleta née le 11 novembre 1891 à Mequinensa épouse de Jaime, Maria Ferrer née le 6 janvier 1914 à Mequinensa sa fille, Conchita Grangé née le 6 août 1925 à Cabdella, Maria Ferrer née le 6 janvier —, en contact avec l’AS locale, étaient impliquées dans l’activité des réseaux assurant les passages vers l’Andorre ou l’Espagne et l’hébergement de fugitifs ou de clandestins. Le 24 mai 1944, lors de l’incursion de la Milice, Ríos et deux passeurs étaient hébergés au domicile de la famille Beleta. Elles furent arrêtées et déportées à Dachau puis à Ravensbrück par le convoi parti de Toulouse le 3 juillet 1944 et arrivé à Dachau le 28 août 1944. Il fut transféré à l’hôpital de Foix (Ariège) où il mourut le 27 mai 1944. Il fut enterré au carré militaire du cimetière de Foix, sous le nom de « Jesús Garcia Martín ». Mais Ríos, le quasi « traitre », fut oublié par ses camarades guérilleros. En 1972, Claude Delpla communiqua les informations du dossier d’archives concernant les arrestations d’avril 1942 à Sixto Agudo. Commença alors le processus de réhabilitation de Jesús Ríos que récupéra la mémoire de l’AGE et de l’UNE. En août 1974, Claude Delpla accompagna une délégation d’anciens dirigeants guérilleros qui organisa une cérémonie en l’honneur de Ríos, sur sa tombe au cimetière de Foix. Désormais, son nom réapparut dans les publications émanant de leurs associations et amicales. En 2015, le maire de Foix refusa de faire inscrire le nom de Jesús Ríos sur le monument aux morts de la ville, répondant négativement à une requête de l’AAGEF (Association de anciens guérilleros espagnols en France) de l’Ariège. Son nom était absent (2018) du site MemorialGenWeb.

Il fut enregistré sur son acte de décès,18 esplanade de Villote à Foix sous le nom de Jesús Garcia Martín, né à Saragosse. Le tribunal civil de Foix dans un jugement du 28 février 1945 rectifia son patronyme. Une mention marginale sur l’acte de décès indiqua qu’il se nommait "Jesús Rios Garcia". Le 10 avril 1946, une note du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre lui attribua la mention "mort pour la France" qui fut transcrite en marge de son acte de décès. Le novembre 1981, enfin, le procureur de la République de Foix modifia son prénom. Il devait désormais s’appeler "Félix" et non "Jesús". Ce jugement fut également transcrit en marge de son acte de décès.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article208832, notice RIÓS GARCIA Jesús (prénom rectifié officiellement : "Félix") [alias Mario MARTÍN ou Mario GARCIA MARTÍN] par André Balent, version mise en ligne le 12 novembre 2018, dernière modification le 23 juin 2022.

Par André Balent

Jesús RIÓS GARCIA (1915-1944)
Jesús RIÓS GARCIA (1915-1944)
Jesús [Félix] Rios Garcia (115-1944)
Clichés : Arch. dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla. La troisième photographie : Jesús Rios avec sa fille Laura.
Monument aux Guérilleros à Prayols (Ariège). Oeuvre de Manuel [Manolo] Pérez Valiente : voir : Montagut François
Cliché Annie Pennetier

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 4 E 4304, état civil, registre des décès (1944), acte de décès Jesús Garcia Martín (Jésus Garcia Martin, patronyme et prénom modifiés à deux reprises) et mentions marginales ; 64 J 23, fonds Claude Delpla, dossier Jesús Ríos. — Gran enciclopèdia aragonesa en ligne, 2000. — Claude Delpla, « Les origines des guerrilleros espagnols dans les Pyrénées (1940-1943) », in Jean Ortiz (dir.), Rouges : maquis de France et d’Espagne. Les Guérilleros, Actes du colloque du Laboratoire de langues et littératures romanes de l’Université de Pau, 20 et 21 octobre 2005, Biarritz, Atlantica, 2006, pp. 150-184 [pp. 157, 165-175]. — Geneviève Dreyfus Armand, L’exil des républicains espagnols en France. De la guerre civile à la mort de Franco, Paris, Albin Michel, 1999, 475 p. [pp. 164-165]. — David Wingeate Pike, Jours de gloire, jours de honte. Le Parti communiste d’Espagne depuis son arrivée en 1939 jusqu’à son départ en 1950, Paris, Société d’édition d’enseignement supérieur, 1984, 312 p. [pp. 44 ; 47-48]. — Ferran Sánchez Agustí, Maquis y Pirineos. La gran invasión (1944-1945), Lérida, Editorial Milenio, 2001, 327 p. [ pp. 42-43]. — Bulletin de de l’Amicale des Anciens guérilleros espagnols en France (FFI), 134, 2014 ; 143, 2016. — Site histariege consulté le 10 novembre 2018. — Site ariege.gouv.fr. (pour les collégiens : rallye citoyen, 7 mai 2015) consulté le 15 octobre 2018. — Site MemorialGenWeb, consulté le 12 novembre 2018.

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