COURNIL Pierre [COURNIL Jean, Emile, dit]

Par Madeleine Singer

Né le 15 décembre 1920 à Athis-Mons (Seine-et-Oise, Essonne), mort le 31 janvier 2007 à Périgueux (Dordogne) ; instituteur, puis directeur d’études ; membre du bureau national du SGEN (1946-1969).

Seul survivant de deux frères décédés en bas âge, Pierre Cournil était le fils de paysans sans terre, émigrés à Paris, sans véritable profession : le père, Henri Cournil, fut tout à tour métayer, garçon de bureau, manutentionnaire, enfin chômeur ; la mère fut à douze ans bonne à tout faire, puis concierge, vendeuse dans un kiosque de presse. Pierre Cournil entra en 1936 à l’École normale d’Auteuil où il fit aussitôt partie du groupe « tala ». Il en sortit instituteur à Bagneux en 1939.

Dès l’École normale, responsable des « pupilles » du SGEN (car les Normaliens n’avaient pas le droit de se syndiquer), il distribuait lesdites cartes, comme le rappelle l’un d’eux, Robert Himon*, et il représentait officieusement cette catégorie au sein du bureau national du SGEN. À la Libération, il s’occupa de la rédaction, de la maquette, de l’expédition du bulletin syndical École et Éducation dont il devint rédacteur en chef en février 1946, avec l’aide de R. Perrin* pour la partie pédagogique. Il siégea dès lors tant au bureau national qu’au comité national et appartint jusqu’en 1969 à ces deux organes directeurs.

Après avoir affronté la grève de la presse parisienne en 1947, il devint en octobre secrétaire administratif permanent du SGEN et passa donc en d’autres mains la rédaction d’École et Éducation. Pendant quatre ans, il cumula les tâches administratives avec des travaux relatifs à la réforme de l’enseignement, se chargeant de rassembler les données statistiques. Ses « notes sur la population scolaire » accompagnèrent le rapport moral présenté par Paul Vignaux* au congrès de 1950.

En 1954 il utilisait dans École et Éducation les résultats d’une enquête de l’Institut national d’études démographiques sur l’origine sociale des élèves en classe de fin d’études dans la Seine en juillet 1952. Comme une statistique du BUS donnait la profession du père pour les élèves entrés en sixième en 1951-1952 dans la Seine également, il pouvait établir que seuls les enfants des milieux les plus modestes demeuraient à l’école jusqu’à 14 ans et qu’il était donc urgent de démocratiser l’enseignement. L’année suivante, en juin, le bulletin intérieur SGEN, publiait sa longue étude : « Évolution passée et future de la population scolaire ».

En mai 1956, dans « L’inégalité des Français devant l’instruction », il montrait que malgré la gratuité de l’enseignement, la sortie de l’école primaire à 11-12 ans dépendait de la profession des parents, de la taille de la famille, les enfants de famille nombreuse restant davantage à l’école primaire : un tronc commun de deux ou trois ans était donc indispensable pour que l’orientation se fît en fonction des aptitudes. Mais cela exigeait aussi, disait-il, un effort des enseignants notamment dans le Second degré, pour s’adapter à une clientèle qui sera de moins en moins bourgeoise. Ces idées, évidentes à l’heure actuelle, se heurtaient alors à de farouches défenseurs du statu quo. Aussi l’apport de Cournil était-il indispensable au SGEN qui voulait promouvoir une véritable réforme de l’enseignement.

Cette même année 1956, on lui demanda de travailler avec Claude Bouret* à la brochure que l’Inspecteur général Cros devait rédiger, à la demande du Ministre, pour populariser le projet de réforme : René Billères envisageait en effet d’organiser un cycle d’orientation de deux ans commun à tous les enfants. C’est encore Cournil qui fournira les statistiques lorsqu’un dictionnaire de la question scolaire paraîtra dans le bulletin syndical à partir de 1966 : par exemple pour le numéro du 11 mai 1967, il donna, avec cartes à l’appui, une « géographie de l’enseignement privé ».

Dans l’intervalle, en 1951, il avait laissé à d’autres les tâches administratives et reprit un poste d’instituteur. S’il resta au bureau national, c’est qu’outre le travail statistique, il avait en charge les questions de laïcité. Vignaux me dira qu’à la Libération, c’est Cournil qui, avec Anne Serrier*, aida le secrétaire général Reinhard à maintenir sur la laïcité la ligne d’avant-guerre, car lui-même ne rentra des États-Unis qu’en octobre 1945. Or le Président du SGEN, Émile Coornaert, avait certes mis au service du Syndicat son prestige de professeur au Collège de France et ses relations avec les milieux résistants MRP, mais il était favorable à la politique scolaire de ce parti, ce qui l’amènera à démissionner de son poste pendant le congrès SGEN de 1947.

C’est en effet Pierre Cournil qui, exposant dans le bulletin d’octobre 1945 « les principes du SGEN » rappela que « la neutralité de l’école publique se trouve liée à un effort de communauté nationale ». Aussi lorsqu’en octobre 1946, le SGEN constitua une Commission de politique scolaire, il y siégea avec F. Henry*, H. Marrou* et A. Serrier* et en fut le secrétaire. Il s’agissait d’expliciter les positions scolaires du SGEN à une époque où l’abolition, par l’Assemblée nationale, des subventions accordées par Vichy à l’enseignement privé avait déclenché dans tout le pays des incidents et des polémiques violentes. Ces positions furent défendues par F. Henry au congrès SGEN de 1947 qui les entérina.

Ce sera encore Pierre Cournil qui préparera pour le congrès SGEN d’avril 1968 la « Note sur le projet d’aide à l’enseignement privé ». Le gouvernement Pompidou envisageait en effet de modifier la loi Debré de 1959 dans un sens favorable à l’enseignement privé : pérennisation, dans le Premier degré, du contrat simple prévu pour dix ans ; abaissement de cinq ans à un an de la durée d’existence d’un établissement, requise pour l’obtention d’un contrat. Bien entendu le congrès SGEN réclama « l’intégration au service public des maîtres et des établissements privés bénéficiant d’un financement public », afin de respecter « l’unité du service public ».

En 1961 Pierre Cournil était devenu directeur d’études à l’Institut des Sciences sociales du travail (ISST) de l’Université de Paris. C’est à cette époque qu’on lui demanda de représenter la CFTC dans la Commission de l’équipement scolaire, universitaire et sportif, créée par l’arrêté du 12 novembre 1964 ; il y siégea en qualité de membre du bureau national du SGEN et non au titre de la CFTC qui allait se transformer ce mois-là par son congrès extraordinaire. L’année suivante, le SGEN l’envoya à titre d’observateur aux réunions de juillet, au cours desquelles se constitua la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). Lorsque celle-ci devint effective le 10 septembre 1965, le SGEN n’accepta pas d’en faire partie. Mais Pierre Cournil demanda au groupe Reconstruction qu’on réservât à celui-ci un mandat et un poste de représentant au comité exécutif, poste qu’il occupa lui-même jusqu’à la dislocation de la FGDS en novembre 1968.

Après s’être occupé des étudiants pendant huit ans, il passa en 1969 à l’ISST de Sceaux où, jusqu’à sa retraite, en 1978, il assura la préparation et la direction des stages pour les syndicalistes CGT-FO et CFDT. Comme cette tâche supposait qu’il s’abstînt de toute position publique en matière syndicale, il quitta alors le SGEN Ainsi a-t-il servi toute sa vie, non seulement le SGEN, mais le mouvement syndical tout entier auquel il apporta son expérience et sa compétence.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20908, notice COURNIL Pierre [COURNIL Jean, Emile, dit] par Madeleine Singer, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 12 août 2021.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, thèse, Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J 1471). — Histoire du SGEN, 1987, PUL. — Lettres de Pierre Cournil à Madeleine Singer, 15 juillet 1991, 2 février 1995, 19 novembre 1995 (arch. privées). — Cahiers Reconstruction, janvier et juillet 1966.

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