LHOMENÈDE Julien, Joseph [pseudonyme dans la résistance : Jérôme]

Par Eric Panthou

Né le 20 février 1895 à Frugières-le-Pin (Haute-Loire), mort sous un bombardement le 30 août 1944 à Buchenwald (Allemagne) ; maire de Frugières-le-Pin, conseiller général SFIO, résistant au sein du mouvement Combat puis des Mouvements Unis de la Résistance (MUR), déporté.

Son père Antoine était instituteur à Lempdes (Haute-Loire) quand Julien Lhomenède, plus communément prénommé Joseph, est né. Sa mère, née Marie Augusta Fayolle, était ménagère.
Après des études au lycée du Puy-en-Velay, puis au lycée Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand, il s’apprête à rejoindre l’école des Mines, à Saint-Étienne, lorsqu’il est mobilisé, en décembre 1914. Il ne sera démobilisé qu’en septembre 1919.
Il s’est marié le 25 septembre 1931 à Frugières-le-Pin avec Marie Antoinette Boudon. Il eut une fille.
En 1935, au décès de son oncle, Julien Fayolle, député de la Haute-Loire et sénateur radical socialiste, Joseph Lhomenède se présente aux élections municipales et cantonales, comme socialiste SFIO. Dans ses professions de foi, il dénonçait la montée du fascisme et le capital contre le travail. Il fut plébiscité. Candidat aux sénatoriales en 1938, il ne put accéder au second tour.
Le 3 septembre 1939, Joseph Lhomenède est mobilisé comme lieutenant. Il participe à la campagne de France et à la débâcle. Fait prisonnier le 22 juin 1940 à Clermont-Ferrand, il s’évade le même jour et rejoint sa femme et sa fille à son domicile.
Il s’est très vite opposé au régime pétainiste de Vichy. Dès le mois de juin 1940, il commence à organiser la Résistance avec des amis sûrs. En 1941, il est dénoncé au préfet par la Légion des combattants à Frugières et Paulhaguet pour ses activités.
En novembre 1941, il entre au mouvement Combat d’Henri Frenay, sous le pseudo de Jérôme et devient le chef du secteur Bleuet, la région de Brioude et Saugues. Le 25 juillet 1942, il entre au réseau Rousseau Marco-Polo, un réseau de renseignements dépendant du BCRA basé à Londres.
Le 10 mai 1943, il réceptionne le parachutage de Domeyrat (Haute-Loire). Son radio, Henri Michel, était aussi de Frugières-le-Pin et il était menacé par certains habitants de la commune pour ses activités. Il se préoccupe aussi d’installer et de ravitailler les maquis pour soustraire les jeunes au Service de travail obligatoire (STO), instauré en février 1943. Après la fusion des différents mouvements de Résistance, au printemps 1943, il devient le chef de secteur des Mouvements unis de la Résistance (MUR).
Le 31 août 1943, il est démissionné d’office de son poste de maire par arrêté du gouvernement de Vichy pour « attitude incompatible avec les devoirs de sa charge ».
Joseph Lhomenède a également joué un grand rôle dans la protection d’Henry Ingrand. Le chef de la région R6 (les quatre départements auvergnats) était traqué par la police française et la Gestapo. Joseph Lhomenède l’a caché et ravitaillé, il lui a fourni son secrétariat clandestin dans l’école des Frères, à Paulhaguet, et son repaire, à Bacou.
Ses activités de résistant sont nombreuses, qu’il s’agisse d’organiser des réunions pour, par exemple, faire évader De Lattre de Tassigny de la maison d’arrêt de Riom ou encore de réceptionner des parachutages.
Son destin bascule le 10 février 1944. La veille il a rencontré Henry Ingrand et Émile Andrieux (alias Blaise) à Domeyrat pour examiner des possibilités de camouflage alentours. Le soir de ce même jour Jean Brunel (alias Landru) neveu de Lhomenède auquel il servait souvent de chauffeur et Jean Mazuel (alias Judex), chef du mythique groupe des Corps francs, étaient au domicile de Lhomenède. Judex conseilla à ce dernier de ne pas coucher là, la Gestapo étant à Brioude pour l’arrestation de Mme Vidal. Mais il refusa d’abandonner son épouse et ses filles, Jacqueline (3 mois) et Julienne (8 ans).
Le lendemain, jeudi 10 février 1944 à 6 heures du matin, alors qu’il est à son domicile à Frugières-le-Pin-Gare et s’apprête à se rendre à la seconde réunion du Comité régional de Libération, aux côtés des chefs régionaux de la Résistance à Esbelin, à proximité de Domarget, Jérôme ouvre la porte et se trouve nez à nez avec les membres de la brigade de Batissier qui eurent vite fait de le maîtriser et ensuite de fouiller toute la maison. Il est arrêté par le SD allemand, sous le commandement du capitaine Smith. Il a été dénoncé par un Français qui avait réussi à infiltrer la Résistance altiligérienne, jouant le rôle d’un agent double au bénéfice des Allemands. Joseph Lhomenède est alors transféré à Clermont-Ferrand. Interrogé, battu, torturé, il ne livra aucun renseignement.
Henry Ingrand, qu’il cachait, refusa de quitter son repaire, persuadé que Joseph Lhomenède ne parlerait pas. Après son transfert au camp de transit de Compiègne (Oise), le 12 mai 1944, Joseph Lhomenède est déporté en Allemagne, au camp de Buchenwald, par le transport I.211 (nomenclature FMD). Il disparaît le 24 août 1944, lors du bombardement par l’aviation américaine des usines d’armement la Mibau et la Gustloff.
Le 5 novembre 1944, après la Libération, sans nouvelles de son décès, Joseph Lhomenède fut réintégré dans ses fonctions de maire de Frugières-le-Pin et, le 6 mai 1945, réélu maire.
Son épouse et sa fille n’apprendront son décès qu’à la fin de l’année 1945 et n’en connaîtront les circonstances exactes qu’en 1946. Ce sont les archives allemands qui attestent de la date de sa mort. Ce jour-là, une bombe est tombée sur un baraquement et il y eut 450 morts.
Après son arrestation, Jean Pradier, dit Joseph, succède à Joseph Lhomenède et Georges Archer, alias Commandant Antoine, assure la continuité des opérations contre l’occupant et participe aux combats du Mont-Mouchet à partir du réduit de Venteuges.
Le dénonciateur de Joseph Lhomenéde, arrêté en juin 1944, fut relaxé en Haute-Loire, mais démasqué sur Toulouse. Condamné aux travaux forcés à perpétuité, il bénéficia de deux amnisties.
Par décret du 20 mai 1947, Joseph Lhomenède fut nommé, à titre posthume, pour ses états de service dans la Résistance au grade de chevalier de la Légion d’honneur. Il a été déclaré "Mort pour la France", membre des Forces françaises combattantes (FFC), Déportés et internés de la résistance (DIR), Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Une rue, à Paulhaguet et une avenue, à Brioude, portent le nom de Joseph Lhomenède. Surtout, un musée ouvert en 1986 porte son nom, le Musée de la Résistance, à Frugières-le-Pin. Son gendre en assure la direction.
Son nom figure sur la stèle du monument aux morts de Frugières-le-Pin. L’inauguration de cette stèle a eu lieu le 10 février 1946 en présence notamment d’Emile Coulaudon et d’Henri Ingrand qui décora la veuve de Julien Lhoménède de la Médaille de la Résistance en lieu et place de son mari. Une plaque honorant le Résistant a également été apposée au nom de la section socialiste du canton de Paulhaguet.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209352, notice LHOMENÈDE Julien, Joseph [pseudonyme dans la résistance : Jérôme] par Eric Panthou, version mise en ligne le 6 décembre 2018, dernière modification le 3 juillet 2020.

Par Eric Panthou

Sources AVCC : Dossier Joseph Lhomenède : AC 21 P 84557 (non consulté) .— SHD Vincennes, dossier Joseph Lhomenède : GR 16 P 371453 (non consulté) .— Fernand Boyer, Témoins de pierre du sang versé. Les monuments de la résistance en Haute-Loire, Le Puy, éditions de la Société académique, 1983 .— "Le destin de Joseph Lhomenède bascule jeudi 10 février 1944, à 6 heures du matin", La Montagne, édition Haute-Loire, 11 janvier 2017 .— Pomme Labrousse, “ Le héros de la Résistance brivadoise Joseph Lhomenède est mort le 24 août 1944 à Buchenwald ”, La Montagne, Haute-Loire, 24 août 2014 .— “ Joseph Lhomenède meurt le 24 août 1944, à Buchenwald, victime d’un bombardement US ”, La Montagne, Haute-Loire, 12 janvier 2017 .— état civil.

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