BALLY Marcel, Jean, Louis

Par Gérard Leidet

Né le 4 décembre 1934 Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 27 décembre 2003 à Marseille ; instituteur à Marseille ; militant mutualiste de la MGEN et syndicaliste du SNI, secrétaire général de la section départementale des Bouches-du-Rhône (1968-1972) ; militant communiste.

Marcel Bally
Marcel Bally
Photo dans sa nécrologie

Marcel Bally naquit dans le quartier du Camas au centre de Marseille, où son père, Marius Bally, né à Nice (Alpes-Maritimes) le 19 juin 1894, était dessinateur, et sa mère, Madeleine Hocque, née à Buenos Aires (Argentine), le 31 janvier 1896, s’occupait du foyer.

Il épousa à Marseille le 6 juillet 1957 Mireille Payan et devint instituteur à l’école de la Rouguière (XIe arr.), dont le directeur était Alfred Bizot, secrétaire général de la section départementale du Syndicat national des instituteurs entre 1960 et 1962. Ce dernier l’encouragea à s’engager dans le militantisme syndical et probablement aussi à adhérer au Parti communiste français dans la cellule de la Rouguière.

Marcel Bally milita donc dans le courant « Bouches du Rhône » du SNI, qui prit le nom d’« Unité et Action » à partir de 1966. En décembre 1965, il fut élu membre de la commission exécutive de la section départementale et de son bureau, en tant que secrétaire de la commission des jeunes, avec Edmond Der Krikorian. Ils écrivaient régulièrement des articles dans la rubrique « Les jeunes » du bulletin départemental.

En octobre 1967, il entra au secrétariat collectif de la section, succédant à Jean-François Battini, aux côtés de Gabriel Vialle et Guy Grandemange. Il développa alors les positions de fond de la section sur les thèmes de la politique générale. Il critiqua l’absence de la FEN lors de la journée d’action CGT-CFDT du 13 décembre 1967 contre la politique gaulliste. Ayant participé au conseil national du SNI du 22 décembre 1967, il critiqua "l’anticommunisme renaissant" de la direction nationale qui contenait des ferments de division, mettant en cause selon lui, l’avenir de l’unité syndicale.

Il fut un des principaux animateurs de la participation des instituteurs et institutrices aux actions en mai-juin 1968 dans le département, dont il rendit compte à l’assemblée générale du SNI, le samedi 8 juin, au cinéma La Plaine. La grève avait commencé les 20 et 21 mai et s’était poursuivie en consultant toujours le plus largement possible les syndiqués, dans une vingtaine d’assemblées. Début juin, sur 4 113 votants, 3 194 votèrent contre la reprise du travail, 843 pour et 76 s’abstinrent. Cette position était contraire à celle de la majorité « autonome » du SNI et de la FEN qui appelèrent à la reprise du travail lors du conseil national fédéral le 6 juin, ce qui ne correspondait pas selon lui aux vœux de la base. Avec Jean-François Battini, alors secrétaire de la section départementale de la FEN, il rappela fortement combien la lutte des instituteurs avait embrayé sur celle des étudiants. Pour lui, le mouvement étudiant et les problèmes de l’université restaient au centre de la lutte.

En octobre 1968, Marcel Bally devint secrétaire général de la section départementale du SNI, en charge de trois dossiers : jeunes (ce qui le fit désigner dans la commission nationale des jeunes au conseil national en décembre suivant), liaison avec les organisations syndicales et sous-sections marseillaises. Cinq secrétaires généraux adjoints complétaient le secrétariat (Jean-François Battini, Jean-Jacques Casanova, Christian Mechetti, Manuel Lacambra, et Roger Tourniaire).

Manuel Lacambra lui succéda en septembre 1972 au poste de secrétaire général de la section départementale du SNI. Il s’agissait là d’une simple rotation habituelle, intégrée dans le fonctionnement de la section depuis le début des années 1920, sur le modèle de la Fédération unitaire de l’enseignement-CGTU. Marcel Bally demeura au sein du bureau. Il anima notamment l’action pour la titularisation des suppléants avec des militants très aguerris : Noël Marchetti, Noël Roch, Pierre Rizzi, Jacqueline Leras, Jean-Louis Escalère... En tant que membre élu de la CAPD, il prenait à cœur son rôle de « rempart contre l’arbitraire » : pour lui la défense au quotidien des personnels était essentielle et ne s’opposait pas aux « grandes luttes ».

Après mai-juin 1981, Marcel Bally qui avait beaucoup milité pour le programme commun et l’union de la Gauche, fut de ceux qui, au sein du bureau départemental du SNI-Pegc, étaient partisans d’une attitude de « bienveillance vigilante » vis-à-vis du nouveau pouvoir. Il conseillait une certaine prudence ou modération dans les formes de l’action syndicale lors des tournées d’écoles qu’il effectuait et où il dut affronter vers 1983-1984 la colère des enseignant.e.s contre des fermetures de classes.

Pendant le fort mouvement de grève commencé au début de l’année 1987 contre le projet de « maître-directeur » de René Monory, ministre de l’Éducation nationale du gouvernement Chirac de cohabitation, Marcel Bally pensait qu’une telle détermination de la base, appuyée sur l’intervention des élus locaux, compterait dans le rapport de force. Il rédigea alors, avec l’aide de son camarade le plus proche, François Walger (alors secrétaire général de la section départementale de la FEN), des notes pour Jean Tardito, ancien syndicaliste du SNI, maire d’Aubagne et député communiste de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône (1988-1998), lorsque celui-ci devait intervenir à l’Assemblée nationale sur les questions relatives à l’Éducation nationale. Par la suite, Marcel Bally poursuivit cette forme de coopération avec le député, notamment pour la titularisation des maîtres-suppléants.

En 1992-1993, selon le témoignage d’Alain Brémond, il fut de ceux qui refusèrent longtemps la scission de la FEN et, avec François Walger, il fit partie des militants qui tentèrent de maintenir coûte que coûte une "FEN 13 unitaire". Cependant, il devint membre en avril-mai 1993 des nouvelles directions départementales du SNUipp et de la FSU. Durant les dernières années de sa vie militante, il fut en charge du secteur retraités au SNUipp. Et par ailleurs il assura le secrétariat de la section départementales de la FGR (Fédération des retraités de la fonction publique) jusqu’en 2003.

Marcel Bally eut toujours à cœur de préserver la protection sociale et le droit à l’accès aux soins pour tous. Il était à cet égard un militant mutualiste très écouté au sein de la section départementale de la MGEN. Les questions d’économie sociale et solidaire l’avaient toujours intéressé ; elles accompagnèrent, en l’enrichissant, son parcours syndical.

Ce passionné de voile, toujours humble face aux aléas de la météo qui selon lui ramenait les problèmes à leur juste mesure, manifestait aussi un grand intérêt pour l’histoire chaotique du mouvement ouvrier, et prit un grand soin, la retraite venue en septembre 1990, à classer les archives de la section départementale du SNI (depuis 1924).

Marcel Bally était un orateur écouté dans le silence lors des congrès parfois houleux du SNI, et que François Walger sollicitait pour bénéficier de ses conseils lorsqu’il devait intervenir à la radio ou la télévision. Selon la plupart des témoignages de ceux qui l’avaient connu, il était un militant à la fois fin et subtil, épris de liberté, à l’écoute des syndiqués, faisant preuve d’une grande humanité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209377, notice BALLY Marcel, Jean, Louis par Gérard Leidet, version mise en ligne le 7 décembre 2018, dernière modification le 2 juillet 2021.

Par Gérard Leidet

Marcel Bally
Marcel Bally
Photo dans sa nécrologie
Marcel Bally au centre, Jean Arnaud à gauche et Manuel Lacambra à droite. Congrès des années 1980

SOURCES : Arch. section départementale des Bouches-du-Rhône du SNI dont Bulletin du Syndicat Unique des Institutrices et Instituteurs des Bouches-du-Rhône. — Info-hebdo, « Bulletin de liaison hebdomadaire de la section des Bouches-du-Rhône du SNUipp », n° 516, 20 janvier 2004.— L’École libératrice. — Gérard Leidet, « Un entre-deux mai ? Quelques aperçus sur le mouvement enseignant, le SNI et la FEN dans les Bouches-du-Rhône en mai-juin 1968 », Bulletin de PROMEMO, n°2, mai 2004, p. 18-21. — Gérard Leidet, « Le syndicalisme enseignant dans les Bouches-du-Rhône en 1968, un entre-deux mai ? », dans Marseille-Paris les belles de mai, Gérard Leidet et Bernard Régaudiat (dir.), Ed. Syllepse, 2018, p. 143-158. — Témoignages de François Walger, 8 février 2019, et de Corinne Vialle, 18 février 2020. — État civil, arch. mun. Marseille. — Note de Jacques Girault et d’Alain Brémond.

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