ZAY Jean

Par Éric Panthou

Né le 6 août 1904 à Orléans (Loiret), assassiné par la Milice le 20 juin 1944 à Molles (Allier) ; député radical-socialiste, ministre de l’Éducation nationale.

Fils d’un journaliste juif originaire de Metz, Léon Zay, directeur du journal radical-socialiste Le Progrès du Loiret et d’une institutrice protestante originaire de la Beauce, Alice Chartrain, Jean Zay grandit et étudia à Orléans. au lycée Pothier. Il obtint un prix de composition française au concours général de 1922 et un prix de philosophie au concours de 1923. Il finança ses études de droit en travaillant comme clerc d’avoué et comme secrétaire de rédaction dans le journal de son père. Il créa une revue littéraire, Le Grenier. Militant des Jeunesses laïques et républicaines, membre de la Ligue des droits de l’homme, initié à la maçonnerie en 1926, il se consacra très jeune à la politique.
Il se maria à Madeleine avec qui il eut deux filles, Catherine et Hélène.

Brillant étudiant, il devint avocat en 1928. Élevé dans le protestantisme, il devint rapidement agnostique, entra dans la franc-maçonnerie et milita au parti radical-socialiste. Il fut élu député radical du Loiret en 1932 puis en 1936 et devint un pillier des "Jeunes turcs" qui voulaient rénover le Parti radical.

À la suite de la victoire du front populaire aux législatives de 1936, Léon Blum fit appel à lui pour le ministère de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts. Son engagement contre les accords de Munich en 1938 lui valurent d’être accusé de bellicisme et accentua l’hostilité de certains à son égard. Enfin, la campagne incessante contre Zay, menée par l’extrême droite mais aussi par un journal comme La Croix, insistait sur son origine juive (alors que sa mère était une bonne protestante) et se nourrissait aussi du fait qu’il avait écrit un texte, à l’âge de 19 ans, jamais publié d’ailleurs, mais révélé à la presse par un des ses anciens copains de lycée : La Drapeau, un texte très antimilitariste, anti patriote.

Jean Zay aida à la mise sur pied du Premier Festival de Cannes qui aurait dû ouvrir le 1er septembre 1939.
Il démissionna le 2 septembre 1939 pour rejoindre l’armée française. Il voulut gagner l’Afrique du Nord avec d’autres parlementaires mais leur bateau, le Massilia, fut bloqué au Port du Verdon à Casablanca (Maroc) et les parlementaires arrêtés le 15 août 1940 et rapatriés en France.
Le 4 octobre 1940, un tribunal militaire siégeant à Clermont-Ferrand le condamna à la déportation à vie et à la dégradation militaire. Il fut transféré le 4 décembre 1940 à Marseille de décembre 1940 à février 1941 où il souffrit terriblement des conditions de détention. L’idée était de l’amener au bagne. Il tint un journal sur la vie de prison et ce qu’il apprenait de l’actualité. Sa peine de déportation dans un bagne fut muée par le régime de Vichy en simple internement en métropole et, le 7 janvier 1941, il fut incarcéré au quartier spécial de la maison d’arrêt de Riom.
Le 20 juin 1944, trois miliciens arrachèrent Jean Zay à sa cellule, le mitraillèrent et jetèrent son corps dans un ravin du bois de Molles (Allier). Son corps ne fut identifié que trois ans plus tard.
Jean Zay fut inhumé dans le grand cimetière d’Orléans, du 15 mai 1948 à 2015, année de son transfert au Panthéon.

19 juin 1944
Mon cher petit amour bien-aimé, Voici la dernière étape, celle qui sera brève et au bout de laquelle nous nous retrouverons unis et tranquilles dans notre bonheur, avec nos filles. Elle était Inévitable ; Il faut la supporter avec courage et confiance, avec une certitude entière et une patience inébranlable. Ainsi je ferai, même loin de toi, même sans nouvelles. Chacun de nous restera plus près que jamais de la pensée de l’autre et lui inspirera à distance toute sa force. Je te confie mes filles, et sais comment tu les garderas ; je te confie Papa, dis-lui surtout de n’avoir aucune inquiétude d’aucune sorte ; tu le rassureras pleinement, ainsi que Jacqueline. Je pars plein de bonne humeur et de force. Je n’ai jamais été si sûr de mon destin et de ma route. J’ai le cœur et la conscience tranquilles. Je n’ai aucune peur. J’attendrai, comme je le dois, dans la paix de ma pensée, l’heure de vous retrouver tous. Je t’écrirai dès que je le pourrai. Mais, pour cent raisons, peut être resteras-tu sans nouvelles. Tu pourras, au bout de quelques semaines, si tu le juges à propos, en demander par l’ambassade. Consulte au besoin des amis. Mais, quoi qu’il arrive, pas d’angoisse, pas d’inquiétude. Chaque heure nous rapprochera du bonheur retrouvé. Embrasse Papa, Jacqueline, pour moi de tout mon cœur et dis-leur : « Confiance ! » Serre dans tes bras mes petites filles bien-aimées. Je t’aime, mon amour, de toute mon âme. J’emporte le réconfort de notre entretien de dimanche. Je suis fier de toi. Je te dois déjà treize années de profond bonheur. D’autres nous sont dues. Je t’aime et t’étreins sur mon cœur A bientôt !
Jean Zay

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209590, notice ZAY Jean par Éric Panthou , version mise en ligne le 26 février 2020, dernière modification le 27 juin 2021.

Par Éric Panthou

Jean Zay, Souvenirs et Solitude, Paris, Belin, 2010.
Jean Zay, Lettres de la drôle de Guerre (1939-1940), Paris, Belin, 2015.

SOURCES : Antoine Prost, Jean Zay. Le ministre assassiné, 1904-1944, Paris, Tallandier, 2015 .— Olivier Loubes, Jean Zay. L’inconnu de la République, Paris, Armand Colin, 2012 .— Roger Karoutchi, Olivier Babeau, Jean Zay : 1904-1944 Ministre de l’Instruction du Front populaire, Résistant, martyr, Paris, Ramsay, 2006 .— Gérard Boulanger, L’Affaire Jean Zay : La République assassinée, Paris, Calmann-Lévy, 2013 . — Page wikipedia. — Notes de Jean-Paul Salles.

Version imprimable Signaler un complément