RAKOWICZ Hersz

Par Michel Thébault

Né le 29 août 1907 à Siedlec (Pologne), blessé grièvement le 25 juillet 1944 à Lussac-les-Châteaux (Vienne), mort le 27 juillet 1944 à l’hôpital de Montmorillon (Vienne) ; cordonnier ; victime civile ?

Hersz Rakowicz et son épouse Madeleine à Lussac-les-Châteaux
Hersz Rakowicz et son épouse Madeleine à Lussac-les-Châteaux

Juif d’origine polonaise, Hersz (son prénom usuel était Herzel) Rakowicz était le fils de Judgka Rakowicz et de Hila Wejnberg. Époux de Madeleine (Matla en polonais) Grosman (décédée en 1976), ils avaient immigré en France en 1925 avec leurs deux fils Samuel et Salomon (né encore à Siedlec (Pologne) le 25 août 1924). Ils eurent en France quatre autres enfants, Bernard, Sarah, Thérèse et Fanny. Ayant été naturalisés français, ils résidaient à Paris en 1941 lorsque leur fils Salomon (selon son Journal op. cit.) décida à la mi-septembre avec une autre famille juive, les Glajman, de passer en zone libre. Après avoir pris le train de nuit jusqu’à Angoulême, ils se rendirent à Bouex (Charente), où l’adresse de passeurs leur avait été fournie. Un jeune homme à bicyclette leur fit alors franchir clandestinement la ligne de démarcation (la description permet de penser qu’il s’agit d’un des héros de la résistance charentaise René Chabasse qui organisa à partir de mars 1941 une filière de passage de la ligne de démarcation entre Bouëx et Vouzan pour des hommes et du courrier). Réfugié à Limoges (Haute-Vienne), Salomon fut rejoint par son père Hersz et son frère Samuel fin octobre 1941, puis un peu plus tard par sa mère et les quatre plus jeunes enfants.

A la mi-octobre 1943, la famille Rakowicz se sentant sans doute menacée quitta Limoges pour s’installer à Lussac-les-Châteaux (Vienne) où Hersz Rakowicz reprit sans doute son métier de cordonnier. Son fils Salomon, caché dans des fermes pour échapper au STO s’engagea à la mi-juin 1944 dans la résistance rejoignant, dans le secteur de Lussac-les-Châteaux, le maquis AS Masier appartenant au groupement « Le Chouan ».

La présence dans ce secteur de tout un ensemble de maquis constituait pour l’État-major allemand une menace (le passage par le seuil du Poitou étant un enjeu stratégique) sur la sécurité des voies de communication vers l’est de Poitiers en direction de Limoges mais aussi de l’Indre (Le Blanc) et du centre. Une attaque d’un dépôt de carburant, à l’est de Poitiers, à Mignaloux-Beauvoir par le groupe Le Chouan, dans la nuit du 20 au 21 juillet précipita sans doute la riposte allemande. Une série d’opérations de répression contre les maquis de l’Est de la Vienne fut donc lancée par l’État-major allemand, la première le 25 juillet. Une colonne allemande venant de Poitiers attaqua à 6 heures du matin le groupe Le Chouan posté à l’entrée du village du Pont de Mazerolles, avant le pont sur la Vienne. Les maquisards de Masier venus en renfort, et ayant pris position sur l’autre rive, dans la côte de Lussac et dans les virages qui mènent au pont, bloquèrent les Allemands sur la rive droite. Le combat dura plusieurs heures puis les maquis se replièrent en bon ordre en début d’après-midi. De lourdes pertes furent enregistrées de part et d’autre. Hersz Rakowicz fut grièvement blessé d’une balle dans le ventre, vers 10 heures du matin, dans la zone des combats, pour des raisons qui n’ont pu être à ce jour déterminées. Sans être enregistré au maquis Masier, il était peut être venu prêter spontanément main forte ou apporter de l’aide au maquis de son fils ou simplement s’informer de la situation de son fils ? Selon le témoignage tardif du fils d’Henri Jammet ("Léon" dans le maquis Masier") qui hébergeait alors la famille Rakowicz, son père lui avait raconté que, la fusillade s’étant calmée, Hersz Rakowicz était sorti de chez lui, probablement inquiet pour le sort de son fils. Il aurait alors été abattu d’une rafale de mitraillette par les Allemands qui étaient à l’entrée nord de Lussac après le retrait du maquis. Transporté en char-à-banc à l’hôpital de Montmorillon distant de 12 kilomètres, il fut opéré mais mourut des suites de ses blessures le 27 juillet 1944. Il fut inhumé le 30 juillet 1944 à Lussac-les-Châteaux.

Il obtint la mention mort pour la France le 2 novembre 1945 et son nom est inscrit sur le monument FFI de Lussac-les-Châteaux, avec la mention victime civile. Son nom figure aussi dans le cimetière de Bagneux (aujourd’hui Hauts-de-Seine) sur la stèle commémorative des Amis de Lodz sous l’inscription : Union des amis de Lodz « Que le souvenir de nos martyrs reste à jamais gravé dans nos cœurs - A la mémoire de nos 230.000 compatriotes de Lodz, de nos chers sociétaires, parents, frères, sœurs, enfants et amis martyrisés et sauvagement exterminés par les barbares hitlériens - 1939-1945 ». Hersz Rakowicz y est présenté comme membre de l’association.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209611, notice RAKOWICZ Hersz par Michel Thébault, version mise en ligne le 14 décembre 2018, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Michel Thébault

Hersz Rakowicz
Hersz Rakowicz
Hersz Rakowicz et son épouse Madeleine à Lussac-les-Châteaux
Hersz Rakowicz et son épouse Madeleine à Lussac-les-Châteaux

SOURCES : Journal de Salomon Rakowicz, décembre 1944, transcrit dans Le Lussacois pendant la seconde guerre mondiale édité par l’association Passeurs de mémoire du Lussacois, 2016 — Renseignements familiaux et photographies Serge Rakowicz (fils de Salomon Rakowicz et petit-fils d’Hersz Rakowicz) — Christian Richard Groupement Le Chouan, maquis Est et Nord-Est de la Vienne, Lagardère, Le Chouan, Masier Michel Fontaine Ed. 2015 — site VRID (Vienne Résistance, Internement, Déportation), fiche maquis Masier — Mémoire des Hommes — mémorial genweb. — Renseignements Jean Claude Corneille — État civil registre des décès 1944, mairie de Montmorillon.

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