PIANY Michel, Joseph, Martin

Par André Balent

Né le 4 janvier 1925 à Céret (Pyrénées-Orientales), mort exécuté par les Allemands le 18 août 1944 à Carmaux (Tarn) ; ouvrier agricole à Céret puis Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; résistant de l’Aveyron et du Tarn du maquis « Antoine », groupes Veny de l’Armée secrète (AS)

Michel Piany était le fils de Michel, cultivateur né le 9 août 1888 à Santa Coloma de Farners (province de Gérone, Catalogne, Espagne) et d’Isabelle Sourroque née à Talacha [orthographe de l’acte d’état civil, de fait « Talaixà », province de Gérone, localité de la frontière franco-espagnole avec le Vallespir (Pyrénées-Orientales)]. Illettré, Michel Piany père n’a pu signer l’acte de naissance de son fils. En 1925 les époux demeuraient dans un des nombreux mas [nom illisible sur l’acte d’état civil] que l’on trouve dans la partie montagneuse de la commune de Céret frontalière de l’Espagne.
Avant de gagner le maquis, Michel Piany demeurait à Perpignan. Menacé par le STO (Service du travail obligatoire), il entra en clandestinité et gagna l’Aveyron, « département refuge et pépinière de maquis » (Christian Font et Henri Moizet, L’Aveyron et les Aveyronnais durant la 2e guerre mondiale, Rodez et Toulouse, CDDP Rodez, CDIHP Aveyron, CRDP Midi-Pyrénées, 1995, p. 178) de la R 3. Il intégra les rangs du « maquis Antoine ».
Le maquis Antoine — du nom de son chef, Antoine Pech boucher à Carmaux (Tarn) — que rejoignit Michel Piany était basé dans le sud du Ségala, à l’ouest de l’Aveyron et proche de la région de Carmaux (Tarn). Il était une émanation des « groupes Veny » eux-mêmes proches du Parti socialiste clandestin. Veny était le pseudonyme du colonel Jean Vincent qui, en 1936, s’était mis à la disposition du gouvernement républicain espagnol. Ayant gagné Londres, en contact avec le réseau Buckmaster du SOE (Special Operations Executive), Vincent avait été parachuté dans le Lot en1943 accompagné par deux officiers britanniques dont « Georges » Hiller qui avaient pour mission de former les futures recrues des groupes armés. Un noyau des groupes Veny avait été formé à Carmaux (Tarn). Lors d’une réunion à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), il fut décidé de donner un commandement unique aux groupes Veny du Tarn et de l’Aveyron et de les rassembler dans un maquis situé dans ce dernier département. Antoine Pech, boucher à Carmaux en prit le commandement, secondé par Lucien Bousquet, ancien gendarme, originaire de Carmaux et domicilié à Sauveterre-de-Rouergue (Aveyron), localité du Ségala. Pech et Bousquet installèrent le « maquis Antoine », près de Naucelle (Aveyron) dans un hameau de la commune de Cabanès, Villelongue. Ce dernier, ruiné et difficilement accessible par des véhicules automobiles avait l’avantage de se trouver à proximité du petit plateau de Lucante qui devint un terrain de parachutages avec le nom de code de « Tilleuls ». Le maquis Antoine se renforça rapidement dans les premiers mois de 1944 ; intégrant des réfractaires du STO, en premier lieu du canton de Naucelle, et des mineurs de Carmaux. Les effectifs, 300 en juillet 1944, 400 au début août, furent renforcés par la moitié des gendarmes de la brigade de Naucelle, d’autres gendarmes de Rodez (Aveyron) et quelques officiers d’active ou de réserve. Il mena plusieurs opérations de combats et de sabotages principalement dans l’Aveyron mais aussi dans le Carmausin (Tarn) voisin.

Du 16 au 18 août 1944, le maquis Antoine participa à la bataille de Carmaux aux côtés de treize autres maquis du Tarn et de l’Aveyron : AS, parmi lesquels plusieurs « groupes Veny » du Tarn en plus du maquis aveyronnais Antoine, FTPF, FTPF-MOI, AGE (Agrupación de guerrilleros españoles), ORA. Sur un « front » de huit kilomètres, les maquisards avaient réussi à rassembler 2000 hommes environ qui affrontèrent 2500 hommes (Allemands et prétendus « Mongols » de l’Ost Legion. Le maquis Antoine fut engagé au nord de la ville au Garric, sur la route d’Albi ( côte Sainte-Cécile de l’ancienne RN 88). Les Allemands afin de briser l’encerclement des FFI, lancèrent plusieurs violentes attaques dans ce secteur. Le 17 juillet, une dizaine d’hommes du maquis Antoine commandés par Jacques Bories, parmi lesquels Michel Piany tenaient une position stratégique au carrefour du Garric sur l’ex-RN 88. Les tirs de leurs mitrailleuses, dont une particulièrement efficace servie par Jacques Troussel provoquèrent des pertes chez les Allemands (13 d’entre eux furent enterrés au cimetière Sainte-Cécile). Ces derniers, en particulier des éléments de l’Ost Legion, contre-attaquèrent et prirent à revers par le nord-est les maquisards commandés par Bories. Bories n’ayant pas donné l’ordre du repli, les hommes de son groupe furent encerclés ou sur l point de l’être. Après un court combat au cops à corps, quatre d’entre eux s’échappèrent de la nasse. Des six autres, seul Martinez qui parvint à se cacher échappa au massacre. Les autres (Michel Piany, Jacques Bories, Gaston Daris, Jacques Troussel et un inconnu dont on sait qu’il était légionnaire et qui était connu comme tel) furent abattus, alors qu’ils avaient leurs mains levées, par une rafale de mitraillette tirée par un soldat de l’Ost Legion. D’après Camille Pech, fils d’Antoine Pech commandant du maquis éponyme, ces cinq furent les seuls de son groupe qui périrent lors de la bataille de Carmaux.
Le décès de Michel Piany et de ses quatre camarades eut lieu sur le territoire de la commune du Garric le 17 août 1944 en début d’après-midi. Toutefois, la mention marginale de l’acte de naissance de Piany à l’état civil de Céret (Pyrénées-Orientales) indique que le décès a été enregistré à Carmaux le 18 août 1944.

Le nom de Michel Piany est gravé sur la stèle érigée à la mémoire des maquisards morts dans la commune du Garric pendant les combats de la bataille de Carmaux. Parmi eux les cinq du maquis Antoine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209680, notice PIANY Michel, Joseph, Martin par André Balent, version mise en ligne le 16 décembre 2018, dernière modification le 19 juillet 2021.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 2 E 2946, état civil de Céret, 1920-1925, acte de naissance de Michel Piany et mention marginale. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [ pp. 441-448] (monographie du maquis Antoine). — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II b, De la Résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998, pp, 540-541. — Henri Moizet, "Le maquis Antoine. Un maquis Veny", site L’Aveyron et la Résistance consulté le 16 décembre 2018. — Georges Sentis, Dictionnaire biographique des résistants et des civils des Pyrénées-Orientales tués par les Allemands et les collaborateurs, Perpignan, Éditions M / R, 28 p. [p. 25]. — Site norbertdelpon/la-liberation-du-tarn consulté le 16 décembre 2018. — Site MemorialGenWeb, consulté le 12 décembre 2018.— Courriel (15 décembre 2018) de Camille Pech à Henri Moizet, consulté sur le combat du Garric, bataille de Carmaux (16-18 août 1944) par l’auteur de la notice.

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