TROUSSEL Jacques, André

Par André Balent

Né le 16 juin 1924 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), mort, exécuté sommairement le 18 août 1944 à Carmaux (Tarn) (d’après l’état civil, le 17 août 1944 au Garric, Tarn, d’après la stèle commémorative de cette commune) ; résistant du maquis Antoine des groupes Veny de l’AS (Armée secrète) de l’Aveyron.

Jacques Troussel (1924-1944)
Jacques Troussel (1924-1944)
Source : MemorialGenWeb

Né à Boulogne-sur-Mer, Jacques Troussel vécut avec sa famille à Argenteuil (Seine-et-Oise / Val d’Oise). Sa mère était agent d’un service de renseignements de la France Libre. Il était marié et père d’une fille, Danielle.
Sans doute réfractaire au STO, Jacques Troussel intégra le « maquis Antoine » (du nom d’Antoine Pech, boucher carmausin qui en fut le créateur et le chef). Ce maquis fut implanté dans l’Aveyron, à Cabanès, près de Naucelle, sur le Ségala, vaste plateau schisteux entaillé par les gorges du Viaur, à la limite du Ségala tarnais et du bassin de Carmaux. Il était rattaché aux groupes Veny (pseudonyme du colonel Jean Vincent) dont le développement était impulsé depuis le Lot où il avait été parachuté depuis Londres en 1943, par leur créateur lié au Parti socialiste clandestin et soutenu par l’OSS (Special Operations Executive) britannique. Depuis le hameau de Villelongue, dans la commune de Cabanès (Aveyron), le maquis Antoine multiplia les actions de sabotage et de harcèlement des forces allemandes dans l’Aveyron et le Carmausin voisin. Jacques Troussel prit le commandement d’un groupe de maquisards parmi lesquels Michel Piany, Gaston Daris et Jacques Bories qui le commandait.
Du 16 au 18 août 1944, le maquis Antoine participa à la bataille de Carmaux aux côtés de treize autres maquis du Tarn et de l’Aveyron : AS, parmi lesquels plusieurs « groupes Veny » du Tarn, en plus du maquis Antoine de l’Aveyron, FTPF, FTPF-MOI, AGE (Agrupación de guerrilleros españoles), ORA. Sur un « front » de huit kilomètres, les maquisards avaient réussi à rassembler 2000 hommes environ qui affrontèrent 2500 hommes (Allemands et prétendus « Mongols » de l’Ost Legion. Le maquis Antoine fut engagé au nord de la ville au Garric, sur la route d’Albi (côte Sainte-Cécile de l’ancienne RN 88). Les Allemands afin de briser l’encerclement des FFI, lancèrent plusieurs violentes attaques dans ce secteur. Le 17 juillet, une dizaine d’hommes du maquis Antoine commandés par Jacques Bories tenaient une position stratégique au carrefour du Garric sur l’ex-RN 88. Les tirs de leurs mitrailleuses, dont une particulièrement efficace servie par Jacques Troussel provoquèrent des pertes chez les Allemands (13 d’entre eux furent enterrés au cimetière Sainte-Cécile). Ces derniers, en particulier des éléments de l’Ost Legion, contre-attaquèrent et prirent à revers par le nord-est les maquisards commandés par Jacques Bories. Ce dernier n’ayant pas donné l’ordre du repli, les hommes de son groupe, parmi lesquels Troussel, furent encerclés ou sur le point de l’être. Après un court combat au corps à corps, quatre d’entre eux s’échappèrent de la nasse. Des six autres, seul Martinez qui parvint à se cacher échappa au massacre. Les autres (Michel Piany, Jacques Bories, Gaston Daris, Jacques Troussel et un inconnu dont on sait qu’il était légionnaire et qui était connu comme tel) furent abattus, alors qu’ils avaient leurs mains levées, par une rafale de mitraillette tirée par un soldat de l’Ost Legion. D’après Camille Pech, fils d’Antoine Pech commandant du maquis éponyme, ces cinq furent les seuls de son groupe qui périrent lors de la bataille de Carmaux.
Le décès de Jacques Troussel et de ses quatre camarades eut lieu sur le territoire de la commune du Garric le 17 août 1944 en début d’après-midi. Mais il est enregistré sur l’état civil de Carmaux avec la date du 18 août 1944. Jacques Troussel fut homologué sous-lieutenant des FFI. Il fut inhumé dans le carré militaire du cimetière de la rue de Calais à Argenteuil (Val d’Oise). Le nom de Jacques Troussel figure sur le monument aux morts d’Argenteuil. Il est également gravé sur la stèle érigée à la mémoire des maquisards morts au Garric (Tarn) pendant les combats de la bataille de Carmaux. Parmi eux les cinq du maquis Antoine.

DERNIÈRE LETTRE :
Depuis le maquis Antoine, stationné à Cabanès (Aveyron) Jacques Troussel, sept jours avant sa mort, écrivit une dernière lettre à sa mère, agent secret du général De Gaulle. Elle a été publiée dans La Dépêche du 13 août 2014.
« Chère maman, voilà quatre ans que nous avons souffert, loin l’un de l’autre. Chacun de nous deux a suivi son chemin dans un sens différent pour rejoindre le même carrefour, avec le même esprit idéaliste de nous battre pour revoir notre chère France libre et redevenir heureux dans notre belle province du Nord…
Tu n’auras pas à rougir de ton fils, quel que soit le sort qui m’attend…
Maman chérie, si je t’écris cette lettre et si tu la lis un jour, c’est que je serai mort en me battant contre l’Allemand ! Si je t’écris, c’est pour te parler de ma chère petite fille Danielle, qui représente toute ma raison de vivre… Ce à quoi je tiens, maman, c’est sur tes qualités de cœur pour l’accueillir… et la faire vivre le mieux possible dans mon souvenir…
Maman chérie, ma dernière pensée sera pour vous tous ainsi que pour mes petites sœurs.
Doux baisers. Ton fils qui fait son devoir.
Jacques ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209772, notice TROUSSEL Jacques, André par André Balent, version mise en ligne le 19 décembre 2018, dernière modification le 14 décembre 2020.

Par André Balent

Jacques Troussel (1924-1944)
Jacques Troussel (1924-1944)
Source : MemorialGenWeb

SOURCES : Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [pp. 441-448], monographie du maquis Antoine. — Henri Moizet, « Le maquis Antoine. Un maquis Veny », site L’Aveyron et la Résistance consulté le 16 décembre 2018. — La Dépêche, Tarn, Carmaux, 13 août 2014. — Site norbertdelpon/la-liberation-du-tarn consulté le 16 décembre 2018. — Site MemorialGenWeb, consulté le 12 décembre 2018.

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