TAGNARD Lucienne, Alphonsine, née Balme [Pseudonyme dans la résistance : Eva]

Par Eric Panthou, Henri-Ferréol Billy

Née le 31 mai 1907 à Guillestre (Hautes-Alpes), décédée le 5 octobre 1993 à Lyon (Rhône), VIe arrondissement ; marchande de cycles ; membre du Parti communiste (PCF) ; résistante au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP), déportée.

Lucienne Balme est la fille d’un tailleur d’habit domicilié à Vizille (Isère), sa mère, mariée, vivant alors chez ses parents à Guillestre.
Elle épousa Paul Tagnard le 20 mai 1924 à Vizille. Elle était modiste et ils habitaient Corbie (Somme) quand est née leur fille Paulette, le 30 avril 1925.
En 1940, le couple exerçait la profession de réparateurs, vendeurs, loueurs de cycles à Buis-les-Baronnies (Drôme).
Selon les témoignages de deux enfants d’anciens résistants communistes de Buis-les-Baronnies, il n’y a aucun doute sur le fait que Lulu et Polo (Lucienne et Paul Tagnard) faisaient partie du groupe des communistes du pays aux côtés de Jarnias, Reynier, Buix, Fernand Benoit, Louis Borel.
Le couple s’engagea dans les activités clandestines dès la fin de l’année 1940.
De janvier à 1941 au 9 novembre 1942, Lucienne fut chargée de la diffusion de la presse clandestine dans la région de Buis-les-Baronnies. Du 10 novembre 1942 au 5 janvier 1944, elle fut membre du Comité militaire départemental FTP de la Drôme puis du Comité militaire inter-régional de la vallée du Rhône, région G. Elle renonça à ses occupations professionnelles légales début janvier ou fin mars 1943.
Elle a rejoint la Résistance armée avec son mari dans le Gard au sein des FTP. Elle appartenait au service B de renseignements et fut chargée de l’élaboration du plan d’évasion de la prison Centrale de Nîmes. En effet, en liaison avec les responsables des internés de la centrale, un plan avait été élaboré par « Mistral » et le service B (service de renseignement) de la R2. C’est Lucienne Tagnard, alias Eva, qui dirigeait ce service. Son époux, Paul Tagnard alias Philippe, était alors le Commissaire aux opérations de la R2.
Les services homologués de Lucienne Tagnard au sein du service de renseignement FTP régional du Gard et de la Lozère vont du 1er janvier au 9 décembre 1943. Le 1er mars 1943, elle fut mutée au service de renseignements de l’état-major inter région G, en tant que chef de service et avec le grade de sous-lieutenant. La région comprenait les départements du Gard, Drôme, Ardèche, Lozère, Vaucluse et Gard.
Parmi ses activités on relève les suivantes : recherche de renseignements concernant les troupes ennemies, effectifs, matériel, menées des activités anti-françaises, recherche des armes, acheminement des effectifs patriotes dans les unités des maquis, organisation des évasions de patriotes (prison de Nîmes). Elle ne dépendait pas du Comité Militaire départemental du Gard, étant Chef du Service régional des renseignements de l’Inter-Région G, placée sous les ordre du commandant Benoît Faur, commandant de la 2éme subdivision FTPF Zone-sud.
Étant recherchée par la Gestapo avec son mari, ils rejoignirent le Puy-de-Dôme après plusieurs perquisitions à leur domicile. Là, ils intégrèrent l’état-major FTP de l’Inter A, avant d’être arrêtés. Elle est nommée sous-lieutenant le 10 décembre 1943 par le Comité militaire des FTP de l’Inter Région "A". Le 6 janvier 1944, elle est nommée par ce même comité comme chef du service de renseignements, avec le grade de lieutenant, avec responsabilités sur les départements Cantal, Puy-de-Dôme, Allier, Loire et Haute-Loire, avec les mêmes missions que précédemment.
Elle comptait parmi les agents sous ses ordres, Henri Sintes qui fin 1943 fut nommé, en tant qu’agent du service B, chef de l’équipe spéciale de Clermont-Ferrand. C’est cette équipe qui réussit le coup dit du Milliard de la Banque de France, l’enlèvement le 9 février 1944 de plus d’un milliard de francs à la gare de Clermont-Ferrand.
En mars 1944, le couple fut hébergé par le couple Lucien et Yvette Armand, dans la cité Michelin de la Plaine, avant d’être envoyé chez le couple Madrange, qui louait une chambre au-dessus de leur café Cabaret, café de Chanturgue, route de Riom, aujourd’hui Bar Des Clos, boulevard Étienne Clémentel à Clermont-Ferrand.
Le 27 avril, des membres du SD se sont présentés au café Madrange, ont arrêté le propriétaire, son épouse, leur fille ainsi que le couple Tagnard. Dans la chambre de ces derniers, ont été trouvé des tracts FTP et communistes. C’est au cours d’un interrogatoire suivant ces arrestations que, selon Yvette Armand, madame Madrange a dû donner le nom de la personne lui ayant envoyé les Tagnard. C’est ainsi que le même jour, 29 avril, Lucien Armand et sa femme furent arrêtés par le SD à leur domicile.
Le 30 avril 1944 à Clermont-Ferrand l’EM FTP 63 est donc en partie démantelé. En effet, l’arrestation d’un membre du PCF envoyé noyauter la Milice clermontoise entraîne l’arrestation de sept miliciens, suivie de vingt-deux FTP, alors qu’avait lieu la réunion du Comité Militaire Inter-Régional ce jour-là, dans la journée du 30 avril 1944 à Clermont-Ferrand. Parmi les personnes arrêtées par la police allemande, on compte : Paul Tagnard (Commissaire aux effectifs pour Clermont-Ferrand), Marc Baudoin (Commissaire aux Effectifs et bientôt retourné par le SD), Lucienne Tagnard. Lucien Armand, membre de l’état-major FTP départemental. Un Commissaire aux opérations ainsi que le Commissaire aux opérations de Saint-Étienne, Clovis Chirin alias Dupuy y échappent. Le lendemain, c’est au tour d’un commandant de Compagnie et du gannatois Rondat d’être arrêtés. Jean Ameurlain échappe à l’opération et rejoint l’Allier où il participe à la création du camp Casanova.
Lucienne Tagnard fut torturée et internée jusqu’au 18 juin avant d’être transférée au camp de Compiègne le 21 juin puis déportée le 2 juillet à Ravensbrück (Allemagne) jusqu’au au 10 juin 1945, date de son rapatriement. A son retour de déportation, malade et largement affaiblie, elle tarda à toucher une pension d’invalidité ce qui la mit dans la gène plusieurs années. Début 1949, sa situation n’était toujours pas réglée. Elle vécut à Vizille (Isère) puis à Buis-les-Baronnies (Drôme) après 1948. Elle s’installa comme commerçante en cycles, activité qu’elle avait assurée avec son mari avant guerre.
Ses services homologués en tant que FTP du Puy-de-Dôme vont du 10 janvier 1943 au 27 avril 1944. Elle a reçu le titre de Déportée et internée de la résistance” (DIR), et fut homologuée membre des Forces françaises de l’intérieur (FFI) avec le grade de sous-lieutenant. Elle reçut en 1947 la médaille de la Résistance.
Suite à leur arrestation, son mari fut déporté au camp de Flossenbürg (Allemagne) où il mourut le 15 octobre 1944.
Paulette Tagnard, leur fille, rejoignit elle-même la résistance, sous le nom de guerre Yolande. Elle se maria le 22 décembre 1945 avec celui qui avait été le supérieur de ses parents chez les FTP, Benoît Faur à Vizille (Isère).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209782, notice TAGNARD Lucienne, Alphonsine, née Balme [Pseudonyme dans la résistance : Eva] par Eric Panthou, Henri-Ferréol Billy, version mise en ligne le 19 décembre 2018, dernière modification le 29 avril 2020.

Par Eric Panthou, Henri-Ferréol Billy

Sources : SHD Vincennes, dossier Lucienne Balme : GR 16 P 29729 .— SHD Vincennes : 19 P 63/4 : FTPF état-major départemental du Puy-de-Dôme .— Arch. dép. de la Drôme : 1920 W, LM I 230 (non consulté) .— Arch. dép. du Rhône : 3808 W 244 (non consulté) .— Éveline et Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France : 1942-1944, Presses du Languedoc, 1987 .— La Résistance dans la Drôme - le Vercors, 2007. CD Rom .— JO Lois et décrets, 13 juillet 1947 .— Courriel de Françoise Marchelidon, présidente de l’Amicale des anciennes de Ravensbrück, à Eric Panthou, 19 décembre 2018 .— Courriel de Claude et Michel Seyve à Eric Panthou, 24 décembre 2018 .— état-civil Guillestre .— état-civil Corbie.

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