BERTHELOT Émile

Par Benoit Willot

Né le 4 avril 1862 à Paris (XIe arr.), mort le 17 juin 1898 à Joinville-le-Pont (Seine, Val-de-Marne), employé d’une maison de bourse, syndicaliste, suicidé après son licenciement.

Émile Berthelot était le fils de Thérèse Jeanne Rousseau, marchande de vins, et de son époux François Berthelot, ébéniste. Il travailla dans une maison de bourse. Il épousa en avril 1886 à Paris (XIIe arr.) Marie, Désirée, Rosalie Gaucher, fille de marchands de fruits. Berthelot résidait alors avec son père à Charenton-le-Pont (Seine, actuel Val-de-Marne). Ils s’installèrent chez les parents de son épouse.
Au cours des années 1890, la famille déménagea à Joinville-le-Pont, dans le quartier nouveau en cours de développement de Polangis, avenue Jamin. Ils eurent semble-t-il une certaine aisance et hébergeaient, outre leur jeune fille, le père François Berthelot.

Sensible aux questions sociales, Émile Berthelot participa, en septembre 1895, à une Souscription organisée par le journal la Petite République au profit des « affamés de Carmaux » qui recueillit dans la commune de Joinville des dons de plus de 260 personnes en faveur des grévistes de la verrerie. La récolte fut assurée par la coopératrice Victoria Vaudémont et un militant radical-socialiste, Pierre, Jules Tireau avec le journaliste Henry Vaudémont. Deux mois plus tard, Berthelot réalisa une quête en faveur des victimes de la catastrophe de l’usine de Bi-Métal de Joinville-le-Pont, où une explosion de chaudière avait fait quatre victimes et mis les 200 ouvriers au chômage.

C’est une évolution législative qui allait bouleverser la vie d’Émile Berthelot. En juin 1898, une réorganisation du marché financier de Paris fut initiée par un amendement du député du Rhône Henry Fleury-Ravarin, inspiré par Georges Cochery, ministre des Finances du gouvernement Jules Méline. Ce texte transforma le privilège des agents de change en un monopole exclusif, les maisons de coulisse ou d’arbitrage de la place de Paris étant en conséquence forcées de mettre fin à leurs opérations.
Le rapporteur général du budget, Camille Krantz, député des Vosges, minimisait l’impact social de cette mesure à la tribune de l’Assemblée nationale : « Messieurs, on exagère... Nous ne devons pas ajouter foi aux petits papiers qui nous sont envoyés à profusion, touchant la situation des salariés ». Le quotidien financier La Cote de la Bourse, citant Jean de La Fontaine, y vit une forme de mépris des employés, « canaille, sotte espèce. »
En application des nouvelles règles, Émile Berthelot, âgé de 37 ans, fut congédié pour le 1er juillet 1898. Il n’attendit pas cette date et se suicida le 17 juin, se pendant le soir dans son logement à Joinville. Il fut découvert le matin par sa famille. Le Syndicat des employés de bourse et de banque, auquel il était affilié, annonça son décès dans un lettre ouverte au ministre, signée de son président, E. Payne, et de son secrétaire, Georges Astruc, conseiller municipal, antinationaliste d’Asnières (Seine, act. Hauts-de-Seine) : « C’est la première victime de la disparition du marché libre ». Le syndicat menait campagne depuis janvier 1897 contre ce qu’il estimait être une « atteinte au marché financier français par des mesures qui, du même coup, atteindraient cinq mille familles d’employés et renforceraient un monopole contraire en son principe à la doctrine républicaine et aux idées libérales dans toutes leurs nuances. »

Le quotidien de Clemenceau, La Justice y vit la « conséquence immédiate et navrante » de la réorganisation du marché : « Émile Berthelot (..) avait une situation qui paraissait brillante. Mais il avait une famille : sa femme, ses enfants. La maison de coulisse qui l’occupait, fermée par la volonté de Cochery le remercia. Il chercha un emploi et n’en trouva nulle part. La misère allait s’installer à son foyer ». La Cote de la Bourse considéra qu’il s’agissait du « premier résultat (…) d’une mesure qui n’a rien de progressiste. »
La fille d’Émile Berthelot, Blanche, se maria avec Henri Drevet, tapissier, résistant à l’occupation allemande de la France pendant la deuxième guerre mondiale et adjoint au maire de Joinville à la Libération et jusqu’en 1950.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209801, notice BERTHELOT Émile par Benoit Willot, version mise en ligne le 20 décembre 2018, dernière modification le 1er septembre 2021.

Par Benoit Willot

SOURCES : Arch. Dép. Paris (état-civil). — Arch. Dép. Val-de-Marne (état civil, recensements). — Bulletin municipal officiel Paris, quotidien, 28 novembre 1895. — La Petite République, quotidien, 14 septembre 1895. — XIXe siècle, quotidien, 22 juin 1898. — L’Aurore, quotidien, 20 juin 1898. — La Justice, quotidien, 1898. — Cote de la Bourse, quotidien, 1898. — Voix des communes, hebdomadaire, 14 septembre 1895.

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