BAUDOIS Julien, Édmond [pseudonymes dans la résistance : Gilbert Chalier]

Par Eric Panthou

Né le 16 septembre 1920 à Saint-Jean d’Angély (Charente-Maritime), mort le 16 septembre 1999 à Vanves (Hauts-de-Seine) ; agent contractuel de la fonction publique ; résistant au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP), commissaire technique régional du Puy-de-Dôme et du Cantal, arrêté fin juillet 1944.

Julien Baudois est le fils de Julien, Sylvain Baudois, chocolatier, et Georgette Rose Duperray, sans profession. Il se maria le 29 juin 1945 à Chamalières (Puy-de-Dôme) avec Madeleine Jalladeaud, et se remaria à Maisons-Alfort le 1er juillet 1959 avec Antoinette Louise Demusois.
Il agit dès juillet 1940 clandestinement dans le XIVème arrondissement à Paris, distribuant avec des copains des tracts appelant la population à protester. Il fut arrêté suite à dénonciation une première fois le 16 décembre 1940. Il habitait alors chez ses parents, 60 rue du Théâtre, XV° arrondissement de Paris. Il était "fonctionnaire contractuel" selon la fiche qu’il remplit après guerre pour faire valoir ses droits de résistants. Il fut condamné le 13 mars 1941 par la 15ème Chambre du tribunal correctionnel de Paris à 3 mois de prison pour avoir organisé un comité d’aide aux jeunes chômeurs et avoir distribué des tracts. Il fut interné à la prison de la Santé puis à Fresnes.
A sa sortie en mars 1941, il rejoignit le Front national et y milita jusqu’à son arrivée dans le Puy-de-Dôme, date à laquelle il rejoignit les FTP le 5 mars jusqu’au 3 avril.
Il avait entre temps été arrêté le 14 juillet 1942 à Marseille lors d’une manifestation, mais libéré dès le lendemain. Il séjourna à Marseille (Bouches-du-Rhône), de novembre 1941 à mars 1944. Il participa à la fabrication et aux distributions de tracts, manifestations, etc.
Julien Baudois fut envoyé en Auvergne à partir du 5 mars 1944. Il fut membre de la formation Camp Gabriel-Péri ou 12e Bataillon comprenant 1103e, 1104e, 1105e et 1106e compagnie FTPF du Puy-de-Dôme. A partir du 4 avril 1944 et jusqu’au 18 mai, il devint Commandant de la 1ére Compagnie FTP. Puis il devint commissaire technique régional des FTP du Puy-de-Dôme et du Cantal, membre de l’Etat major FTP du Puy-de-Dôme avec fonction correspondant au grade de capitaine. Il devient agent de liaison de l’état-major de l’Inter A des FTP (Loire, Haute-Loire, Puy-de-Dôme, Allier).
Là, il participa à de nombreuses actions, selon l’attestation rédigée en sa faveur par un membre du Comité militaire national des FTP. Il a participé à l’organisation de détachements armés à Clermont-Ferrand, Aulnat, Thiers, Pont-du-Château, Orcet, à la destruction de pylônes haute-tension le 4 mai autour de Clermont-Ferrand, à l’organisation des ruptures de voies ferrées dans le Puy-de-Dôme afin d’isoler ce département en juillet 1944, au sabotage de la voie entre Riom et Clermont-Ferrand en juillet 1944.
Décision avait été prise de renforcer la 1èrem Compagnie FTP de Clermont-Ferrand par une équipe spéciale. A cet effet, Julien Baudois avait rendez-vous le 27 juillet 1944 avec Mazal à l’angle du boulevard Côté Blatin et de l’Avenue d’Aubières.
Au moment de rejoindre Mazal, Baudois fut arrêté par plusieurs Miliciens. Il ne détenait pas d’arme sur lui mais une forte somme d’argent car il devait ce jour payer plusieurs permanents. Son arrestation fait suite à celle de Jean Mazal, alias Léo Malterre, FTP de Manzat (Puy-de-Dôme). Ce dernier fut arrêté le 27 juillet à Clermont-Ferrand et la Milice trouva sur lui un carnet avec un rendez-vous prévu avec Julien Baudois, alias Gilbert Chalier. Quelques minutes après l’arrestation de Baudois, Maurice Montchamp, Commissaire aux effectifs régional (CER) se présenta. Baudois devait le présenter à Mazal. Les Miliciens ignorant qu’il avait rendez-vous, le laissèrent poursuivre son chemin après l’avoir fouillé.
Baudois fut emmené dans le bar du Midi, à proximité, où il fut frappé par les Miliciens puis menotté les bras dans le dois. Puis, ils le conduisirent en direction de la caserne de la Milice le long du boulevard Lafayette et du Cours Sablon. Arrivé à l’angle de l’Avenue d’Aubières, Baudois s’enfuit mais il fut blessé gravement par une balle dans la nuque et une autre à l’abdomen. Ce furent des GMR qui l’emmenèrent à l’Hôtel-Dieu pour être immédiatement opéré tandis que les Miliciens essayaient encore de le questionner. La balle entrée entre deux vertèbres cervicales aurait pu être mortelle. Elle entraîna au final une blessure bénigne. L’autre balle l’avait touché sérieusement. Après quelques jours, il put grâce à l’aide d’un dénommé Maurice, donner de ses nouvelles à son chef direct, le commissaire technique interrégional (CTIR), Louis Porte alias Jourdan. Un groupe de FTP, dirigés par un certain Nicolas, désarma les GMR le 20 août et emmenèrent Baudois dans une ambulance qu’ils avaient volée. Il fut envoyé en convalescence chez un résistant à Saint-Priest-des-Champs et ce n’est que fin septembre qu’il rejoignit son unité au 92ème RI à Clermont-Ferrand.
Après la spectaculaire libération de la maison d’arrêt par les FTP, Mazal remonta au maquis Camp Gabriel-Péri et fut jugé par un tribunal comprenant notamment le commandant Lucien, alias Robert Delmas, les capitaines Léon Dessagne et Vacher et il fut acquitté.
Néanmoins, Julien Baudois porta plainte vers 1946 contre Mazal, le considérant responsable de son arrestation. Baudois fut interné après son arrestation en 1944. Il affirme s’être évadé de l’Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand le 20 août, ce que confirme l’attestation du CMN alors que la Commission régionale statuant sur son statut d’interné résistant considère qu’il a été libéré par un groupe de FTP et ne s’est donc pas évadé. C’est cette version qui figure dans sa nécrologie parue dans le journal de l’ANACR. Lui-même donne cette version dans une lettre à l’ANACR 63 devant servir à la rédaction d’un article en 1986 sur son arrestation. Il reçut pourtant la médaille des évadés.
En octobre 1944, Chalier, put rejoindre Clermont-Ferrand et être incorporé au 92ème Régiment d’Infanterie. Il continua à agir dans sa formation jusqu’au 15 octobre 1944, date à laquelle il contracta un engagement pour la durée de la guerre. Il fut homologué lieutenant après guerre.
Julien Baudois a reçu le titre de RIF Résistance intérieure française, pour la période du 5 juillet 1940 au 4 mars 1944. Il a été homologué FFI. Sa durée des services homologuées comme FTP va du 5 mars au 28 août 1944. Peut-être s’agit-il d’une erreur puisque son arrestation daterait plutôt du 28 juillet 1944.
En 1950, il reçut le titre d’Interné résistant pour la période du 27 juillet au 20 août 1944. Il a aussi reçu en 1953 le titre d’interné politique pour la période du 16 décembre 1940 au 18 mars 1941.
Par décret du 17 mars 1949 il reçut la Légion d’Honneur.
Après guerre, il habita 1 boulevard de Belleville, dans le XI° arrondissement de Paris et rue du Théâtre, V° arrondissement en 1947. Il était membre de l’ANACR, responsable au service juridique. Il habitait Vanves avec son épouse au moment de son décès.
Le nom de Baudois est cité dans certaines sources comme celui d’un ancien cadre FTP retourné par la Gestapo après son arrestation et ayant participé à des interrogatoires et tortures. Il ne s’agit pas de Julien Baudois mais d’un dénommé Marc Baudois, orthographié par erreur Beaudois ou Baudouin, alias Maurice, vraisemblablement exécuté par les FTP à la fin de la guerre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209866, notice BAUDOIS Julien, Édmond [pseudonymes dans la résistance : Gilbert Chalier] par Eric Panthou, version mise en ligne le 23 décembre 2018, dernière modification le 14 avril 2021.

Par Eric Panthou

Source : AVCC, dossier Julien Baudois : AC 21 P 704055 (nc) .— SHD Vincennes, 19 P 63/5 : liste des membres de la formation Camp Gabriel-Péri ou 12e Bataillon comprenant 1103e, 1104e, 1105e et 1106e compagnie FTPF du Puy-de-Dôme .— SHD Vincennes, dossier de résistant de Julien Baudois : GR 16 P 38890 (nc) .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme : PV déposition de Jean Sanitas sur les conditions de son arrestation et de ses interrogatoires, 20 janvier 1949 .— Rapport sur Mazal-Chalier, papier à en-tête PCF Région Auvergne, non daté, 2 pages, archives privées Roger Champrobert, Clermont-Ferrand .— Mémoire des Hommes .— Nécrologie de Julien Baudois, Résistance d’Auvergne, n°115, janvier 2000. — Récit d’une arrestation, témoignage manuscrit de Julien Baudois pour la rédaction d’un article de l’ANACR 63, Résistance d’Auvergne, 11 avril 1986 (archives ANACR 63). — État-civil Saint-Jean-d’Angély et Vanves.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément