KRASUCKI Laja (Léa) née BARSZCEWSKI

Par Daniel Grason

Née le 18 janvier 1903 à Wolomin (Pologne), morte en 1983 ; communiste ; militante de la Main d’œuvre immigrée.

Fille d’Enoch et Lynda Asman, Léa Krasucki vint travailler en France en 1928. Son mari Isaac, ouvrier tricoteur était militant de la CGTU et du Parti communiste. Elle était la mère d’Enoch (Henri) Krasucki, habitait 107 rue des Couronnes à Paris (XXe arr.). Le frère de Léa, Judas Barszcewski dit Ild Korman fut le fondateur de Solidarité.
Lors de filatures, des inspecteurs des Brigades spéciales l’identifièrent. Le 19 mars 1943 à 11 heures 25, elle était vue en compagnie de Fogiel Berkovic dans le square de la rue de Lagny à Paris (XXe arr.). Les policiers la nommèrent Lagny.
Elle a été interpellée par un inspecteur de la BS2 accompagné de deux gardiens de la paix du commissariat de Boulogne-Billancourt habillés en bourgeois, le 23 mars à 6 heures 15 du matin à son domicile clandestin situé au 6ème étage du 21 rue Pelleport (XXe arr.).
Lors de la perquisition du logement, les policiers saisissaient : deux faux récépissés de demandes de cartes d’identité d’étrangers, un document rédigé en yiddish, une quittance de la CPDE (compagnie des eaux) au nom de Gita Sfaneck 7, square de Gascogne (XXe arr.), un projet de tract, un feuillet dactylographié rappel à l’ordre aux membres du parti, des carnets de cotisations, une clef, un reçu de de location au nom de François Garnier, deux reçus au nom de Marcel Leblanc, ils concernaient la location d’un hangar 48 rue de Passy à Paris (XVIe arr.), une enveloppe contenant différents tracts en français, allemand et yiddish, et un certificat de baptême en blanc.
Elle a été emmenée dans les locaux des Brigades spéciales, fouillée par une femme policière. Elle ne portait sur elle ni tracts ni armes. Elle logeait sous le nom de Wanda Krasucki au 21, rue Pelleport. Un dossier à son nom était aux archives de la police, Léa Krasucki était inconnue aux archives de la Police Judiciaire, son mari Isaac était depuis janvier 1943 interné au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis).
Léa Krasucki était titulaire d’une carte d’étranger délivrée le 6 avril 1942 par la Préfecture de police, elle ne savait ni lire ni écrire le français, signait les documents administratif de son nom. Interrogée sur sa rencontre avec Fogiel Berkovic dans le square de la rue de Lagny, elle affirma : « Je ne connais pas la personne que vous me dites s’appeler Berkovic. Je ne l’ai jamais vue. Je n’ai jamais eu de rendez-vous au square de la rue de Lagny. »
Léa Krasucki maintint ses déclarations, elle ne connaissait pas Fogiel Berkovic et elle n’avait pas « participé à l’action clandestine du Parti communiste. Je n’ai jamais adhéré à cette organisation. » Quant aux documents saisis, elle affirma ils « ne sont pas ma propriété. Ils appartiennent à un homme que je connais depuis deux ans mais que je n’avais pas revu depuis cette date. Je l’ai retrouvé par hasard avant-hier. Il m’a demandé s’il pouvait me confier quelques papiers qu’il reviendrait chercher à mon domicile. J’ai accepté. […] J’ignorais que ces documents se rapportaient à une activité communiste. »
Lors de la perquisition du hangar 48 rue de Passy avaient saisis deux revolvers à barillet de petits calibres, un pistolet automatique calibre 6,35 mm sans chargeur ainsi que trente cartouches. Elle déclara « Je n’y suis mais allé. » Le signataire du contrat de location Marcel Leblanc habitait 4 rue des Carrières à Bagneux (Seine, Hauts-de-Seine). À cette adresse un pavillon d’un homme de 76 ans qui résidait dans un hospice de vieillards à Cachan (Seine, Val-de-Marne). Léa Krasucki détenait deux fausses cartes d’identités, l’une au nom de Wanda Krarucka, l’autre de Wanda Kuzieska, elle les acheta à un homme qu’elle ne connaissait pas. Léa Krasucki a été battue par des policiers au cours de son interrogatoire.
Léa Krasucki a été internée au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis). Le 23 juin 1943 elle était dans le convoi n° 55 à destination d’Auschwitz. Dans ce convoi de se trouvaient également son fils Henri et Samuel Radzinski. Ils étaient 1018 déportés, 518 furent gazés à l’arrivée, 283 hommes et 217 femmes furent sélectionnés. Quand l’armée Soviétique libéra le camp le 27 janvier 1945, 72 déportés de ce convoi étaient vivants dont Léa et Henri Krasucki ainsi que Samuel Radzinski.
Léa Krasucki comme d’autres militants juifs partirent en Pologne pour « construire le socialisme ». Beaucoup d’anciens militants de la Main-d’œuvre immigrée et FTP-MOI revinrent pour cause de campagnes antisémites du Parti ouvrier unifié polonais. Léa Krasucki rentra pour officiellement s’occuper de ses petits-enfants, Henri Krasucki et son épouse Micheline divorçaient.
Elle mourut en 1983.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209869, notice KRASUCKI Laja (Léa) née BARSZCEWSKI par Daniel Grason, version mise en ligne le 23 décembre 2018, dernière modification le 27 décembre 2018.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GB 125. –David Diamant, Par-delà les barbelés, Éd. par David Diamant, 1986. – Annette Wieviorka, Ils étaient juifs, résistants, communistes, Denoël, 1986.

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