SERVOIR Pierre, Moïse [pseudonyme dans la résistance : Anatole ]

Par Vanessa Michel

Né le 28 février 1910 à Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine), mort en déportation le 28 janvier 1945 au camp de Allach à Dachau (Allemagne) ; menuisier chez Michelin à Clermont-Ferrand ; membre de la CGT ; résistant au sein des Francs-Tireurs et partisans (FTP).

Pierre Servoir est le fils de Joseph Servoir et de Marie Émilie Corda. Son père était mécanicien et sa mère couturière, ils vivaient à Boulogne-Billancourt.
Pierre Servoir épousa Jeanne Marguerite Barbecot le 24 octobre 1931 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Ils eurent deux enfants. Menuisier et employé de Michelin, il résidait dans le quartier de la Plaine où était installée une immense cité Michelin. Il était membre de la CGT.
Il fut engagé volontaire en juillet 1927 aux dépôts des équipages de la flotte de Toulon et renvoyé dans ses foyers en juillet 1932 . Soldat dans l’artillerie (de la classe 1930), Pierre Servoir fut mobilisé le 4 septembre 1939, puis démobilisé en janvier 1941. Malade, il fut hospitalisé en zone occupée par les Allemands et réussit à rentrer en zone libre .
Pierre Servoir rejoignit la Résistance début janvier 1944, sous les ordres de Louis Bazin alias Victor . Il fut directement affecté à la 1ère compagnie sédentaire FTP, au détachement Marat (celui qui a revendiqué l’attentat de la Poterne du 8 mars 1944, rue Montlosier à Clermont-Ferrand). Sous le nom de guerre d’ Anatole, il se spécialisa dans les actions de sabotage et participa à de nombreuses opérations.
Contrairement aux maquisards, les résistants sédentaires comme Servoir conservaient leur vie habituelle, en famille comme au travail. Selon la tactique des « gouttes de Mercure », ils se réunissaient seulement le temps d’une action - généralement à 3 membres- et se replaiient rapidement ensuite pour se refondre dans l’anonymat, rendant leur traque plus difficile.
Le 15 avril 1944, Anatole fut nommé à la tête d’un groupe de sabotages de 10 hommes.
Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1944, il réalisa un sabotage de voie ferrée sur la ligne « Clermont-Paris », avec trois camarades : André Pignol, Franciques Barraire et Joseph Fournier. Ils furent malheureusement contrôlés par la Feldgendarmerie, au carrefour des Fourches de Cébazat, sous prétexte qu’ils circulaient en dehors du couvre-feu.
Un témoin (jeune FTP en 1944), indiqua en 2013 que cette arrestation fut peut-être le résultat d’une dénonciation. Tous furent immédiatement arrêtés.
Transféré au SD, couramment appelé « Gestapo », avenue de Royat à Chamalières, Pierre Servoir, « Courageux et dévoué, excellent entraîneur d’hommes », violemment torturé, « ne parla pas et ne livra aucun de ses camarades » dit son dossier.
Il fut déporté à bord du dernier convoi parti du 92ème R.I., le 20 août 1944. Il parvint à jeter un papier sur le quai de la gare de Clermont lors de l’embarquement dans ces fameux wagons à bestiaux (chevaux en long : 8, hommes : 40). Un cheminot rapporta ce précieux petit papier à sa femme ; quelques mots émouvants par leur simplicité et leur assurance : « soigne bien les enfants, il n’y en aura pas pour longtemps ».
Sa femme était, lors de son départ, enceinte de leur troisième enfant.
Il fut transféré le 20 août 1944 de Clermont à Dijon puis Strasbourg, déporté de Strasbourg par le convoi du 30 août à Natzwiller-Struthof , évacué sur Dachau début septembre , affecté au kommando de travail d’Allach pour la firme BMW et différents chantiers de l’organisation Todt. Allach, était un important kommando du KL Dachau - situé à sa proximité et créé en mai 1944.
Pierre Servoir mourut le 28 janvier 1945, à Allach. Son corps n’a pas pu être identifié.
Il fut homologué caporal-chef , Déportés et internés de la résistance (DIR), Forces françaises de l’intérieur (FFI). Pierre Servoir figure sur la liste nominative des membres de la 1ère cie FFP du 8 janvier 1944 au 18 juillet 1944.
Son nom figure sur le Monument aux Morts 1939-1945 rue Diderot à Clermont-Ferrand ainsi que sur une plaque aux martyrs de la Fédération nationale CGT des produits chimiques à Montreuil.
Sur proposition de l’Association des Castors de Champratel, le nom de rue Pierre- Servoir fut adopté à l’unanimité par Gabriel Montpied et son conseil municipal (par arrêté préfectoral du 12 août 1966) et inaugurée en 1966.
En 2017, les Amis du Vieil Aulnat « qui ont cherché, creusé et rassemblé tout ce qui est rigoureusement conservé aux Archives départementales du Puy-de-Dôme », ont réalisé un livret intitulé « Pierre Servoir, un résistant clermontois ». Le recueil a été remis à sa famille, lors d’une cérémonie à Aulnat.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209949, notice SERVOIR Pierre, Moïse [pseudonyme dans la résistance : Anatole ] par Vanessa Michel, version mise en ligne le 28 décembre 2018, dernière modification le 21 juin 2020.

Par Vanessa Michel

SOURCES : SHD 19 P 63/51. Liste nominative des membres de la formation 1ère Compagnie, Clermont-Ferrand du département du Puy-de-Dôme, FTPF .— SHD Vincennes, dossier d’homologation FFI de Pierre Servoir : GR 16P 546545 .— « Les rues se souviennent- Pierre Servoir », Résistance d’Auvergne, ANACR du Puy-de-Dôme, n°21, janvier 1976 .— Livre Mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation .— Témoignage de R.B. Recueilli par Vanessa Michel — ; « La mémoire de Pierre Servoir ranimée », La Montagne, édition Clermont Métropole, 3 décembre 2017 .— Les Amis du Vieil Aulnat, Pierre Servoir, un résistant clermontois, 2017 .— MémorialGenweb .— Liste des camarades fusillés déportés ou sans nouvelles du syndicat des produits chimiques (Archives Henri Verde, UD CGT 63). — État-civil Boulogne-Billancourt.

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